BIEN DANS MA PEAU

Bronzage écru, tongs râ­pées, li­bi­do hors contrôle... La de­vise de Cos­mo : plus on s’en fout, plus on rit !

Cosmopolitan (France) - - SOMMAIRE - Par Fio­na Sch­midt. Pho­to To­ny Kel­ly.

Bronzage écru, tongs râ­pées, li­bi­do hors contrôle… La de­vise de Cos­mo : plus on s’en fout, plus on rit ! Par Fio­na Sch­midt.

Mon bo­dy pas 100 % rea­dy

Avant, je pas­sais l’été en noir et en XXL, his­toire de ca­mou­fler tous les cours de gym que j’avais sé­chés. À la plage, je m’em­bal­lais dans mon pa­réo fa­çon McW­rap, avec la sa­lade, heu, les bras qui dé­passent. Et je lan­çais des re­gards au­tour de moi pour consta­ter que tout le monde sur cette plage était mieux gau­lé que moi, plus bron­zé, plus à l’aise, plus heu­reux, quoi… Cet été, je ne me fla­gelle pas avec les la­cets de mes baskets flam­bant neuves, car je me le dis et ré­pète : moi aus­si j’ai un corps prêt pour l’été. Vu que j’ai un tronc en­tou­ré de deux bras et deux jambes, et qu’on est en juillet. Et pour le cas bien im­pro­bable où cette mise à jour de mes bases en ana­to­mie ne suf­fi­rait pas à éclip­ser mes com­plexes, je me ra­dote que per­sonne n’échappe à la summer pa­ra­no. Coups de so­leil, trans­pi­ra­tion, ma­quillage qui coule, jambes gon­flées, marques de maillot asy­mé­triques, et que dire des taons et des mous­tiques… La moindre ba­lade court vê­tue en plein so­leil de­vient une épreuve de « Koh-Lan­ta » pour l’ego. La so­lu­tion : la confiance en soi. Donc je pose ce je­té de ca­na­pé avec le­quel je comp­tais m’ha­biller, j’en­file une te­nue summer friend­ly, je re­garde les mecs (ou le pay­sage) plu­tôt que les filles, et je dé­am­bule, gra­cieuse et sou­riante, jus­qu’à ce que Kate Midd­le­ton me fol­low.

Mon bronzage

Avant, je pré­pa­rais mon hâle dès le 15 mai avec un soin ma­niaque. Au moindre rayon de so­leil, je me pré­ci­pi­tais de­hors en ron­geant une ca­rotte, je mar­chais le vi­sage tour­né vers le ciel au risque de cho­per un tor­ti­co­lis (et des lam­pa­daires) et je pre­nais des bains d’au­to­bron­zant pour évi­ter d’en­ta­mer le mois d’août avec un teint de mé­duse. Une fois en va­cances, j’ar­ri­vais à la plage avec une malle de crèmes so­laires grâce aux­quelles j’en­dui­sais chaque cen­ti­mètre car­ré de mon corps et j’at­tra­pais des crampes à force de bron­zer les doigts de pied en éven­tail pour évi­ter les marques. À la fin de l’été, j’étais plus bron­zée qu’une mer­guez ou­bliée sur un bar­be­cue, signe que je m’étais vrai­ment bien amu­sée. Non ? Cet été, je laisse à Do­nald Trump le plai­sir de ga­gner le grand che­lem du bronzage, et les rides qui vont avec, y com­pris à l’in­té­rieur de la tête. Je choi­sis un in­dice de crème so­laire

AVANT, J’AT­TRA­PAIS DES CRAMPES À FORCE DE BRON­ZER LES DOIGTS DE PIED EN ÉVEN­TAIL POUR ÉVI­TER LES MARQUES. À LA FIN DE L’ÉTÉ, J’ÉTAIS PLUS BRON­ZÉE QU’UNE MER­GUEZ OU­BLIÉE SUR UN BAR­BE­CUE, SIGNE QUE JE M’ÉTAIS VRAI­MENT BIEN AMU­SÉE. NON ?

qui cor­res­pond à mon type de peau, et je la laisse vivre sa vie : si j’ai la marque du maillot, tant mieux, si j’ai pas la marque, tant mieux aus­si, Kris­ten Ste­wart, Scar­lett Jo­hans­son ou Em­ma Stone ne l’ont pas non plus. La seule marque qui compte en va­cances, c’est celle de l’oreiller sur la joue, signe qu’on s’est bien re­po­sée… ou qu’on s’est bien écla­tée à ne pas du tout se re­po­ser.

Mes al­lers-re­tours dans l’eau

Avant, j’al­lais na­ger à 6 heures du mat ou à 6 heures du soir pour être sûre de ne croi­ser per­sonne sur la plage, pas même une mouette. Je lon­geais la plage avec ma ser­viette nouée au­tour des reins, que je po­sais sur un ro­cher tel­le­ment au bord de la mer qu’elle fi­nis­sait par tom­ber de­dans. J’hé­si­tais alors à me plan­quer der­rière un bou­quet d’algues fa­çon Jean-Claude Dusse, et je mar­chais en crabe jus­qu’à mon pa­ra­sol, les mains en étoile pla­quées sur le haut des cuisses. Bref, j’avais l’air d’une cruche. En­fin, d’une am­phore. Cet été, j’ar­rête d’al­ler me bai­gner avec la tête que je fais sur le fau­teuil du den­tiste lors­qu’il dit : « Ne vous in­quié­tez pas, ça ne fait pas mal. » Je me re­dresse, je bombe la poi­trine, je rentre le ventre, et je sors de l’eau comme si je ve­nais d’être peinte par Bot­ti­cel­li. Sans ra­jus­ter mon maillot trem­pé sur mes fesses en ti­rant bien jus­qu’aux mol­lets, évi­dem­ment.

Ma des­ti­na­tion

Avant, je si­mu­lais le jet lag pour qu’on ne me soup­çonne pas d’avoir pas­sé un mois chez ma­mie, qui a le mau­vais goût d’ha­bi­ter sur le même fu­seau ho­raire que moi. Je di­sais que j’al­lais dans le Sud même quand je par­tais dans la Creuse, qui est au sud de Pa­ris, que je sache. Ou alors je ré­pon­dais : « En Bre­tagne. ET SI, IL FAIT SU­PER BEAU, KESSEKYA ! » sur le ton de l’ado à qui l’on de­mande comment s’est pas­sé son contrôle de maths. Cet été, je dis que je vais à Li­moges si je vais à Li­moges et à Los An­geles si je vais à Los An­geles, avec le même ton dé­ta­ché de celle que l’avis des gens ne concerne pas. Na­tu­rel­le­ment, si pour une rai­son ou une autre je reste à la mai­son, je l’an­nonce sans prendre l’air de l’ado pri­vé de sor­tie après le ré­sul­tat de son contrôle de maths, et je me ré­jouis de pou­voir re­dé­cou­vrir la ré­gion comme une tou­riste.

Mon look

Avant, j’étais sexy parce que c’était l’été, et qu’il fal­lait bien ren­ta­bi­li­ser toutes ces na­no-fringues tel­le­ment plus chères au ki­lo que les sweats over­size dans les­quels je vis toute l’an­née. Je pas­sais donc la jour­née et/ou la soi­rée à ti­rer sur ma jupe pour la ral­lon­ger de quelques mil­li­mètres, et je met­tais une heure à ren­trer chez moi à pe­tits pas de pi­geon an­xieux, parce qu’il était hors de ques­tion de prendre un vé­lo ou même de le­ver la main pour hé­ler un taxi. Cet été, je cherche avant tout à être à l’aise, parce que rien n’est moins sexy qu’une fille en apnée dans une robe plus mou­lante qu’un pré­ser­va­tif. Je pri­vi­lé­gie donc les ma­tières lé­gères qui ne se froissent pas au moindre bat­te­ment de cils et les su­per­po­si­tions qui s’adaptent à toutes les va­ria­tions cli­ma­tiques. J’évite le blanc qui ne le reste ja­mais long­temps et je n’ai au­cun scru­pule à tro­quer mes ta­lons de 10

contre des tongs en ca­ou­tchouc. Parce que plus je fais flip flop quand je marche, plus c’est les va­cances.

Mes che­veux

Avant, l’été était un vrai cau­che­mar pour mes che­veux : la cha­leur les fait fri­sot­ter, l’air sec les rend cas­sants, le sel et la crème so­laire leur donnent une tex­ture de mo­quette en soldes… J’es­sayais bra­ve­ment de mé­na­ger la sus­cep­ti­bi­li­té de mes che­veux avec l’op­ti­misme can­dide d’un domp­teur de lion af­fa­mé : je lis­sais, j’en­dui­sais de soins, je tres­sais, j’at­ta­chais, je priais sainte Bru­shing. Comme le reste de l’an­née, le chant des ci­gales en moins. Cet été, cas­quette. À l’en­vers comme chez Guc­ci, vi­sière de­vant comme chez Off-White, de cô­té comme chez Cha­nel. Et si quel­qu’un y trouve à re­dire, je ré­ponds : « Parle à mon Karl. »

Ma pa­resse in­tel­lec­tuelle

Avant, j’or­ga­ni­sais un plan­ning d’ac­ti­vi­tés pour « pro­fi­ter à fond » de la ré­gion, alors que je rê­vais se­crè­te­ment de m’ar­ri­mer au pa­ra­sol, la main en po­si­tion Play­mo­bil au­tour d’un cock­tail. Au lieu de quoi, je met­tais le ré­veil à 8 heures pour at­ta­quer les dix der­niers No­bel que je n’avais pas eu le temps de lire les neuf der­nières an­nées, al­ler voir une cha­pelle du xixe siècle, un ate­lier de pein­ture sur ga­lets, une fa­brique de li­queur de mûre, une char­mante cas­cade blot­tie au fond d’une ado­rable val­lée in­ac­ces­sible à qui­conque n’est pas un mou­flon… Je pro­fi­tais à fond, mais j’avais bi­zar­re­ment en­vie d’en col­ler une au pre­mier qui me de­man­dait si je m’étais re­po­sée. Cet été, je me tourne sept fois les pouces avant de faire le moindre ef­fort, sur­tout si en temps nor­mal, j’ai un point de cô­té en nouant mes la­cets. Pro­fi­ter, c’est bien. Ris­quer le cla­quage neu­ro­nal en li­sant autre chose que la carte des cock­tails du bar de la plage ou le vieux Cos­mo grec d’avril 2011 trou­vé dans la loc, ce se­rait bal­lot.

Mon rythme de vie gé­ria­trique

Avant, je n’osais pas avouer à la can­to­nade que j’irais bien au lit, plu­tôt qu’au Ma­cum­ba jus­qu’aux pre­mières lueurs de l’aube. Alors je le­vais les bras sous la boule à fa­cettes et je me sen­tais comme une dinde à un ré­veillon ve­gan. Je me ré­veillais le len­de­main à 8 h 30, alerte et dis­po­sée à trem­per mes bis­cottes dans ma chi­co­rée, au lieu de quoi j’ava­lais deux Eu­phy­tose pour faire la grasse mat et me ré­veiller comme les autres à mi­di, en si­mu­lant une gueule de bois que je n’avais ja­mais, vu que je ne bois que du cidre, et en­core, juste pour mon an­ni­ver­saire. Cet été, je ne m’ex­cuse pas d’avoir en­vie de me re­po­ser pen­dant mes va­cances. Sor­ry de ne pas pas­ser mes après-mi­di à cher­cher du wi­fi le smart­phone ten­du au bout du bras, et mes nuits à pi­co­ler comme une Porsche Cayenne. Moi je suis là pour dé­con­nec­ter vrai­ment, écou­ter les oi­seaux, faire la sieste et des confi­tures. Qui m’aime me suive au ter­rain de pé­tanque.

Ma li­bi­do

Avant, c’était sys­té­ma­tique, les plombs de ma ti­mi­di­té sau­taient dès que le ther­mo­mètre dé­pas­sait les 20 °C, et la voi­ture, le péage de Lyon. J’avais en­vie de faire l’amour tout le temps, un peu par­tout, avec un peu tout le monde. Mais comme je ne vou­lais pas pas­ser pour une nym­pho, je dé­col­lais mon re­gard de la chute de reins du bar­man en ra­jus­tant mon col Clau­dine, et j’at­ten­dais que toute la mai­son­née dorme – sur­tout mon mec – pour me ca­res­ser dis­crè­te­ment sous les draps, his­toire de cal­mer l’ap­pé­tit des pa­pillons car­ni­vores qui me dé­vo­raient le ventre. Cet été, je prends les choses en main, mé­ta­pho­ri­que­ment ou moins mé­ta­pho­ri­que­ment. Parce qu’on est en 2017, parce qu’il est grand temps de bri­ser le pla­fond de verre sexuel, parce que si je suis avec un mon­sieur, il y a fort à pa­rier qu’il en­cou­ra­ge­ra cette belle initiative, et parce que si je suis seule… Ma foi, res­ter seule en été avec une li­bi­do pa­reille, ce se­rait un peu comme al­ler à la piz­ze­ria pour man­ger une sa­lade, pas vrai ?

AVANT, JE PRO­FI­TAIS DE MES VA­CANCES À FOND, MAIS J’AVAIS BI­ZAR­RE­MENT EN­VIE D’EN COL­LER UNE AU PRE­MIER QUI ME DE­MAN­DAIT SI JE M’ÉTAIS RE­PO­SÉE.

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