L’AL SACE, AU- DEL À D E S AP­PA­RENCES

Detours en France - - La Une -

Fiez-vous aux ap­pa­rences et vous pas­se­rez à cô­té de cer­taines vé­ri­tés. Alors, fer­mez les yeux pour chas­ser les pré­ju­gés…

Oui, les ci­gognes ont sus­pen­du leur vol mi­gra­toire pour s’en­ra­ci­ner au som­met des clo­chers des jo­lis heims (vil­lages). Oui, ces co­quets vil­lages alignent leurs im­pec­cables mai­sons à co­lom­bages, d’où ruis­sellent des cas­cades de gé­ra­niums. Oui, une cer­taine ri­gueur – « toute ger­ma­nique », raillent les es­prits cha­grins –, une ap­pli­ca­tion au tra­vail et une pro­bi­té en par­tie hé­ri­tée du pro­tes­tan­tisme plaisent tout au­tant qu’elles peuvent aga­cer.

Oui, les des­sins pa­trio­tiques de Han­si et ses en­fants por­tant la Schlup­kapp

(coiffe « aux grandes oreilles ») ont im­pri­mé dans l’ima­gi­naire col­lec­tif des cli­chés te­naces : ceux d’une « Al­sace heu­reuse ». Oui, trois fois oui, l’ap­pé­tence pour la bonne chère des Al­sa­ciens n’est pas une vue de l’es­prit. En­trez dans une wins­tub, à Stras­bourg ou Col­mar, et abreu­vez-vous de la carte des bières ! Dans ce que le gas­tro­nome Gilles Pud­lows­ki dé­signe comme « des conser­va­toires du sa­voir-man­ger et du sa­voir-boire lo­caux », que ceux qui ré­sistent à une flam­me­kueche (tarte flam­bée), à un bi­be­lass­kas aux herbes (fro­mage blanc), à un bae­ckeofe (po­tée aux trois viandes) ou à un kou­gel­hopf, lèvent la main ! Ici, où tra­di­tion et re­li­gion ont par­tie liée, l’art de la table et ce­lui de bien s’y te­nir en disent long sur l’âme du pays.

Il est temps de rou­vrir vos yeux… À re­bours de notre époque dé­rai­son­nable, où l’étran­ger est re­gar­dé du coin de l’oeil quand ce n’est pas de tra­vers,

l’al­sace n’a ja­mais eu peur de « l’autre », quand bien même cet « autre » for­çait un peu sa porte ! Ce qui a fait dire au pro­vo­cant des­si­na­teur stras­bour­geois To­mi Un­ge­rer que « l’al­sace, c’est comme les toi­lettes : c’est tou­jours oc­cu­pé ! » Pour être ima­gée, la vi­sion n’est pas fausse ! Les Celtes s’y ins­tal­lèrent. La guerre de Trente Ans a im­po­sé les Sué­dois qui pillèrent le pays. Quant aux Ger­mains, c’est « mal­gré eux » que les Al­sa­ciens… Bref, de par sa si­tua­tion géo­gra­phique – il est lo­vé contre les reins du Rhin, de l’al­le­magne, de la Lor­raine, de la Suisse –, le pays a été vi­si­té, par­cou­ru, en­va­hi. La gran­deur de l’al­sace est d’être par­ve­nue à s’adap­ter, à s’ap­puyer sur le ter­reau fer­tile de ses tra­di­tions pour de­ve­nir un car­re­four hos­pi­ta­lier, où le mot ac­cueil est bien plus qu’une po­li­tesse.

Ré­su­mons.

Mon pro­pos n’étant pas de dé­fi­nir exac­te­ment l’al­sace et l’al­sa­cien, je cède vo­lon­tiers la pa­role au pam­phlé­taire mo­sel­lan Fré­dé­ric Hof­fet : « Tout ce qu’on dit sur cette belle ré­gion est su­jet à contes­ta­tion. Et l’in­verse aus­si… »

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