L’évo­lu­tion des forces ar­mées al­gé­riennes

DSI - - ARMÉES - Par Laurent Tou­chard, his­to­rien mi­li­taire, cher­cheur sur les ques­tions de dé­fense. Il vient de pu­blier Forces ar­mées afri­caines 2016-2017

Pour peu éle­vé qu’il soit, le risque d’une guerre entre l’al­gé­rie et le Maroc n’est pas non plus à écar­ter to­ta­le­ment. Cette juste sub­ti­li­té à pro­pos des no­tions de risque, me­nace et dan­ger, trop sou­vent confon­dues, est une des ca­rac­té­ris­tiques de la ré­flexion stra­té­gique al­gé­rienne.

En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’une me­nace est faible qu’elle n’existe pas. De fait, les bud­gets de dé­fense de l’al­gé­rie (en­vi­ron 11 mil­liards de dol­lars pour 2016-2017) ne sont pas in­co­hé­rents, correspondant à la per­cep­tion d’un en­vi­ron­ne­ment com­plexe. En dé­pit de l’ab­sence de

«livre blanc de la dé­fense» et d’une si­tua­tion po­li­tique faite d’in­cer­ti­tudes et de ten­dance à l’im­mo­bi­lisme, la ré­flexion stra­té­gique n’est pas sans dy­na­misme. Et si elle semble bri­dée, elle n’est pas non plus neu­tra­li­sée.

La per­cep­tion des me­naces et l’éva­lua­tion du risque de les voir se concré­ti­ser

En rai­son de sa si­tua­tion géo­gra­phique et de son his­toire (2), l’al­gé­rie (1) ap­pré­hende des me­naces po­ten­tielles

po­ly­morphes, avec des pro­ba­bi­li­tés plus ou moins éle­vées de les voir se concré­ti­ser. Au pre­mier rang de cel­les­ci fi­gure le Maroc. Même si une guerre conven­tion­nelle entre les deux États est peu pro­bable, des confron­ta­tions de plus basse in­ten­si­té ne sont pas ir­réa­listes. Des ten­sions po­li­tiques, gé­né­rées par la si­tua­tion au Sa­ha­ra oc­ci­den­tal ou ra­vi­vées par de sub­stan­tielles aug­men­ta­tions des bud­gets de dé­fense pour­raient dé­gé­né­rer en «conflit feu­tré» (plu­tôt que «lar­vé»). Les ca­pa­ci­tés A2AD de la Dé­fense

(3)

Aé­rienne du Ter­ri­toire (DAT), qui monte en puis­sance, don­ne­raient alors un avan­tage à Al­ger. Autre me­nace ex­té­rieure dont le risque est tout aus­si in­fime : la pos­si­bi­li­té d’une in­ter­ven­tion de L’OTAN contre l’al­gé­rie. Pour ab­surde que pa­raisse cette hy­po­thèse, Al­ger a ob­ser­vé très at­ten­ti­ve­ment l’in­ter­ven­tion contre la Libye en 2011. Elle est de­ve­nue un cas d’école, tout par­ti­cu­liè­re­ment pour la DAT. Là en­core, la me­nace ota­nienne est ana­ly­sée

(4) comme po­ly­morphe : elle peut al­ler du tir de mis­siles de croi­sière de­puis la Mé­di­ter­ra­née à des ac­tions aé­riennes le long des côtes al­gé­riennes ou contre des ob­jec­tifs dans le ter­ri­toire, avec des pé­né­tra­tions de­puis la mer ou de­puis des pays tels que le Tchad, le Ni­ger ou le Ma­li. En­fin, des en­sei­gne­ments sont éga­le­ment ti­rés des en­ga­ge­ments ar­més sous l’égide des Russes ou des « Ota­niens » et de leurs al­liés res­pec­tifs au Proche-orient et plus par­ti­cu­liè­re­ment en Sy­rie. Cette dé­fiance en­vers L’OTAN n’em­pêche pas l’al­gé­rie d’en­tre­te­nir des rap­ports cour­tois avec elle.

Le risque d’une in­ter­ven­tion étran­gère est consi­dé­ré en lien avec la pos­si­bi­li­té d’une si­tua­tion ré­vo­lu­tion­naire telle que les «prin­temps arabes». Les troubles que connaît le Rif ma­ro­cain de­puis l’au­tomne 2016 sont à l’image de ce que l’al­gé­rie ap­pré­hende, avec des re­ven­di­ca­tions so­ciales po­ten­tiel­le­ment conta­gieuses, jus­qu’à des émeutes graves. En­fin, mal­gré d’in­dé­niables ré­sul­tats, l’al­gé­rie lutte tou­jours contre le phé­no­mène dji­ha­diste. Le risque ter­ro­riste existe dans les villes, et plus en­core dans les zones ru­rales, ac­ci­den­tées et dé­ser­tiques où l’ar­mée tente de confi­ner les dji­ha­distes, mal­gré l’ef­fi­ca­ci­té des ren­sei­gne­ments et des forces de sé­cu­ri­té. « Ter­ro­gué­rilla » et gué­rilla consti­tuent quant à elles des dan­gers, no­tam­ment aux fron­tières avec le Ma­li, le Ni­ger, la Libye et la Tu­ni­sie. Aux dji­ha­distes s’ajoutent des tra­fi­quants di­vers n’hé­si­tant pas à ou­vrir le feu sur les forces de sé­cu­ri­té, en par­ti­cu­lier les gardes-fron­tières.

L’ar­mée de terre : une or­ga­ni­sa­tion sur le prin­cipe de la « double doc­trine »

L’ar­mée Na­tio­nale Po­pu­laire (ANP) fonc­tion­ne­sur­le­prin­ci­ped’une«double doc­trine », fon­dée sur l’ap­pré­cia­tion des me­naces et des dan­gers. L’or­ga­ni­sa­tion de l’ar­mée de terre tra­duit cette ap­proche. Dans l’op­tique de conflits de haute ou basse in­ten­si­té contre un ad­ver­saire tel que le Maroc, la struc­ture di­vi­sion­naire pré­vaut. Le pays n’aligne ain­si pas moins de cinq di­vi­sions : deux blin­dées (1re et 8e), deux d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée (12e et 40e), fa­çon­nées sur des ta­bleaux d’ef­fec­tifs et de do­ta­tion gran­de­ment ins­pi­rés de ceux des di­vi­sions ex-so­vié­tiques (5), plus une pa­ra­chu­tiste. S’y ajoutent de très nom­breuses bri­gades qui dé­pendent no­tam­ment des sept ré­gions mi­li­taires, soit au moins une blin­dée, trois d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée, deux d’in­fan­te­rie mo­to­ri­sée et une ving­taine de ba­taillons d’in­fan­te­rie. Vien­nen­ten­fi­nau­moins­deux­ba­taillons d’ar­tille­rie, sept ba­taillons an­ti­aé­riens et quatre ba­taillons du gé­nie. La 17e di­vi­sion pa­ra­chu­tiste est à

(6) la char­nière entre guerre ré­gu­lière et opé­ra­tions moins conven­tion­nelles et peut être consi­dé­rée comme re­le­vant des « forces spé­ciales ». Dans les faits, la confu­sion existe entre les élé­ments de « forces spé­ciales » et « com­man­dos ». Ain­si, l’uni­té in­clut cinq ré­gi­ments pa­ra-com­man­dos (1er, 4e, 5e, 12e et 18e) qui in­tègrent quelques élé­ments dont le rôle se rap­proche de ce­lui des forces spé­ciales. Par ailleurs, la di­vi­sion com­prend un ré­gi­ment de forces spé­ciales, le 104e ré­gi­ment de ma­noeuvre opé­ra­tion­nel, qui in­clut au moins un élé­ment à vo­ca­tion contre-ter­ro­riste. L’ANP com­prend éga­le­ment le 25e ré­gi­ment de re­con­nais­sance, pré­sen­té à rai­son

comme une uni­té de forces spé­ciales. En dé­pit de son nom, le 9e ré­gi­ment com­man­do s’ap­pa­rente lui aus­si à

(7) ce type d’uni­té. De­puis la re­struc­tu­ra­tion (8), il dé­pend di­rec­te­ment du chef d’état-ma­jor, consti­tuant l’uni­té ar­mée du Dé­par­te­ment du Ren­sei­gne­ment de l’ar­mée (DRA). Consi­dé­rés comme des uni­tés d’élite, trois ba­taillons de po­lice mi­li­taire (85e, 90e et 93e) ont sou­vent été en­ga­gés contre les dji­ha­distes. Ils se­raient dé­ployés en cas de troubles graves à l’ordre pu­blic. En­fin, le pays dis­pose d’une forte bri­gade de la Garde ré­pu­bli­caine, en­vi­ron 6 000 hommes étant char­gés, entre autres, de la pro­tec­tion pré­si­den­tielle. La qua­li­té des Grandes Uni­tés (GU) est cor­recte,

(9) voire très bonne pour la 17e di­vi­sion pa­ra­chu­tiste. Elle est ex­cel­lente pour les uni­tés com­man­dos et re­mar­quable pour celles de forces spé­ciales. Bien que L’ANP soit une force de conscrip­tion, la no­tion de pro­fes­sion­na­li­sa­tion est une de ses «marques». Cette no­tion est re­la­tive et ne se ré­sume pas à l’idée de « sol­dats de mé­tier » : pour l’al­gé­rie, elle im­plique que les ef­fec­tifs aient, en règle gé­né­rale, un ni­veau d’ins­truc­tion cor­rect afin que les per­son­nels puissent ain­si être bien for­més à leurs mis­sions et spé­cia­li­sés. La no­tion de

(10) pro­fes­sion­na­li­sa­tion en Al­gé­rie se tra­duit aus­si par l’exis­tence d’un corps des sous-of­fi­ciers, qui est res­pec­té au sein de la hié­rar­chie, contrai­re­ment à ce qui pré­vaut, par exemple, dans l’ar­mée égyp­tienne. L’ANP aligne des élé­ments de sou­tien ex­trê­me­ment ef­fi­cients. En toute lo­gique, les ma­té­riels en ser­vice sont glo­ba­le­ment bien en­tre­te­nus. Des ef­forts de stan­dar­di­sa­tion conco­mi­tants à leur mo­der­ni­sa­tion sont en­tre­pris. Par exemple, l’al­gé­rie pos­sède quatre types de chars dif­fé­rents : T-90, T-72, T-62 et T-55 qui se­ront ra­me­nés à deux, avec les T-90 et T-72. L’idée de pro­fes­sion­na­li­sa­tion se concré­tise éga­le­ment dans le champ opé­ra­tion­nel. Le concept de guerre en ré­seau est dé­ve­lop­pé au sein des GU, en pa­ral­lèle avec le dé­ve­lop­pe­ment des ca­pa­ci­tés in­ter­armes. Des exer­cices sont or­ga­ni­sés aus­si sou­vent que pos­sible. En plus d’en­traî­ner, ils offrent des images pu­bliques de la puis­sance al­gé­rienne et va­lident ou rodent le concept de guerre en ré­seau, etc.

Les ma­té­riels de l’ar­mée de terre

Les choix réa­li­sés concer­nant les ma­té­riels en ser­vice, les ac­qui­si­tions et les mo­der­ni­sa­tions tra­duisent la « double doc­trine ». Les GU in­tègrent l’es­sen­tiel du ma­té­riel ter­restre lourd. Le rôle d’une grande par­tie de ces vé­hi­cules, no­tam­ment des chars de ba­taille, fait peu de doute : ils sont prin­ci­pa­le­ment des­ti­nés à in­ter­ve­nir dans le cadre d’af­fron­te­ments conven­tion­nels de haute in­ten­si­té, même s’ils pour­raient être en­ga­gés lors d’opé­ra­tions contre les dji­ha­distes (11). L’ad­ver­saire en­vi­sa­gé est donc le Maroc, qui est le seul autre État de la ré­gion à dis­po­ser

d’im­por­tants moyens blin­dés et mé­ca­ni­sés. L’am­bi­tion de ren­for­cer le parc de chars le confirme plus en­core. Mos­cou offre ain­si la pos­si­bi­li­té à Al­ger d’as­sem­bler lo­ca­le­ment 200 T-90S (12). Les T-90 dé­jà en ser­vice sont pour leur part mo­der­ni­sés avec le dis­po­si­tif an­ti­mis­sile Sh­to­ra-1. Dans le même temps, les ca­pa­ci­tés an­ti­chars sont-elles aus­si amé­lio­rées avec l’achat du SPM-2 Ti­gr do­té du mis­sile an­ti­char Kor­net-em. Il faut y voir une ré­ponse aux propres choix ma­ro­cains de se pro­cu­rer 600 mis­siles Tow-2a,et200m-1a1dont­la­li­vrai­son est en cours. La pro­duc­tion sous li­cence de trans­ports de troupes Fuchs 2 (13), d’ori­gine al­le­mande, est in­té­res­sante à bien des égards : in­dus­triel­le­ment, elle re­pré­sente un bond en avant pour l’in­dus­trie al­gé­rienne ; opé­ra­tion­nel­le­ment, les Fuchs rem­placent les vieux blin­dés, en par­ti­cu­lier les BTR-60 et OT-64 et ga­ran­tissent une stan­dar­di­sa­tion ac­crue du parc al­gé­rien, hé­té­ro­gène. Mé­ca­ni­que­ment très fiables, les Fuchs 2 ont l’avan­tage de bé­né­fi­cier d’une grande mo­bi­li­té opé­ra­tive, su­pé­rieure à celle de blin­dés che­nillés. Leurs contraintes d’en­tre­tien sont éga­le­ment moindres. En outre, les blin­dés à roues consomment en gé­né­ral moins de car­bu­rant… Concep­tuel­le­ment, des uni­tés do­tées de Fuchs peuvent être en­ga­gées à l’oc­ca­sion de troubles ci­vils. En ef­fet, des en­gins de ce type sont per­çus comme «moins pro­vo­ca­teurs» que des che­nillés, vis-à-vis des émeu­tiers, mais sur­tout des images re­layées sur les ré­seaux so­ciaux et par les mé­dias étran­gers. À no­ter qu’une des fai­blesses de l’ar­mée de terre ré­side dans le dé­faut de blin­dés de type MRAP.

Pour ce qui est des vé­hi­cules blin­dés de com­bat d’in­fan­te­rie, ceux-ci com­prennent des BMP-1, dont une par­tie mo­der­ni­sée aux stan­dards Be­rez­hok (14), ain­si que des BMP-2, eux aus­si mo­der­ni­sés. L’achat de 100 BMP-3 est si­gna­lé, la réa­li­té de cette com­mande étant in­cer­taine. Des té­moi­gnages of­fi­cieux font état du mé­con­ten­te­ment à pro­pos de ces vé­hi­cules et de leur concept hy­bride «bon à tout», mais aus­si «mé­diocre en tout». En re­vanche, les BMP-1 mo­der­ni­sés et sur­tout les BMP-2 donnent sa­tis­fac­tion, la «ner­vo­si­té » et l’agi­li­té de ce der­nier étant ap­pré­ciée dans les zones dé­ser­tiques. L’ar­tille­rie bé­né­fi­cie de l’en­trée en ser­vice des au­to­mo­teurs chi­nois PLZ-45. En­fin, l’al­gé­rie dé­ve­loppe sa pro­duc­tion d’ar­me­ment lé­ger et de mu­ni­tions, avec l’im­plan­ta­tion de trois usines li­vrées par la Ser­bie (15). Celles-ci fa­bri­que­ront, no­tam­ment, toute une pa­no­plie de fu­sils Zas­ta­va. Ces équi­pe­ments com­ble­ront pro­gres­si­ve­ment des dé­fi­ciences en la ma­tière, avec une ANP es­sen­tiel­le­ment do­tée d’armes lé­gères certes rus­tiques, mais qui ga­gne­raient à être mo­der­ni­sées (sys­tèmes de vi­sée, al­lé­ge­ment des armes, etc.).

L’ar­mée de l’air

L’ar­mée de l’air dis­pose d’im­por­tants moyens de trans­port stra­té­gique, avec une dou­zaine d’il-76, ain­si que de cinq IL-78MP ra­vi­tailleurs, no­tam­ment uti­li­sés lors de la mise en place de L’AMISOM, en So­ma­lie. Ils donnent à l’al­gé­rie une ca­pa­ci­té de trans­port et de sou­tien lo­gis­tique à longue dis­tance in­édite en Afrique, que ne pos­sède pas même l’égypte. Cette ca­pa­ci­té est com­plé­tée par une quin­zaine de C-130 et sur­tout six C295M par­ti­cu­liè­re­ment per­for­mants. Grâce à ces ap­pa­reils, Al­ger peut dé­ployer des élé­ments pa­ra­chu­tistes et des forces spé­ciales loin et sans dé­lai. Quant aux moyens de ren­sei­gne­ment élec­tro­nique et ISR, s’ils sont ho­no­rables, ils res­tent li­mi­tés au re­gard des be­soins. Ceux-ci sont tels que les six Beech 1900D et les six King Air 350ER ne suf­fisent pas, au moins un des Beech 350ER étant éga­le­ment uti­li­sé pour des mis­sions de pa­trouille ma­ri­time. Le pays pos­sède des ca­pa­ci­tés of­fen­sives si­gni­fi­ca­tives, al­lant des chas­seurs-bom­bar­diers aux hé­li­co­ptères d’at­taque. D’im­por­tants ef­forts de mo­der­ni­sa­tion sont consen­tis, avec l’achat d’ap­pa­reils so­phis­ti­qués : d’après la Rus­sie, Al­ger au­rait ain­si com­man­dé 12 bom­bar­diers Su-34 Full­back (16). L’ar­mée de l’air al­gé­rienne est en me­sure de dé­truire une co­lonne de pick-up dji­ha­distes comme de par­ti­ci­per à des ac­tions aé­riennes dé­fen­sives, et même of­fen­sives, d’en­ver­gure. La dé­fense aé­rienne joue pour sa part un rôle de plus en plus grand. Grâce à l’ac­qui­si­tion de S-300 PMU-2 (SA-20B Gar­goyle)

(17) et S-400 Triumph (SA-21 Grow­ler), en ac­cord avec les le­çons ti­rées de l’in­ter­ven­tion en Libye, l’al­gé­rie a pour­sui­vi le dé­ve­lop­pe­ment de sa ca­pa­ci­té A2AD, qui lui per­met de rayon­ner élec­tro­ni­que­ment, dans un « es­pace fluide », bien au-de­là de ses fron­tières. Elle pour­rait ain­si dé­clen­cher une «di­plo­ma­tie du ra­dar» en cas de ten­sions avec le

Maroc ou avec L’OTAN, à l’image de ce qu’a pra­ti­qué la Sy­rie contre la Tur­quie. L’illu­mi­na­tion ra­dar d’ap­pa­reils étran­gers, sur le sol ma­ro­cain ou au-des­sus de la Mé­di­ter­ra­née, au­rait alors va­leur d’aver­tis­se­ment à peu de frais…

La flotte d’hé­li­co­ptères d’at­taque bé­né­fi­cie de l’ar­ri­vée des MI-28NE, vus comme plus ef­fi­cients que les lourds Mi-24. Bien que mo­der­ni­sés, ces der­niers ont été dé­ce­vants à In Ame­nas. Le MI-28NE est plus agile, plus adap­té à la lutte contre les élé­ments dji­ha­distes en pick-up. Sans sur­prise, Al­ger porte aus­si de l’at­ten­tion à la ver­sion na­vale du KA-52. Des voi­lures tour­nantes de ce type pour­raient en ef­fet être em­bar­quées sur le Ka­laat Beni Abbes. En­fin, tou­jours dans le cadre de la lutte contrein­sur­rec­tion­nelle, Al­ger a ex­pri­mé un cer­tain in­té­rêt pour le gun­ship

(18) Prae­to­rian de Leo­nar­do. Le po­ten­tiel aé­ro­mo­bile est pour l’es­sen­tiel re­pré­sen­té par des hé­li­co­ptères de trans­port et d’as­saut Mi-171 et Mi-171sh, ceux-ci étant en cours de mo­der­ni­sa­tion. Ils oeuvrent au pro­fit des uni­tés d’in­ter­ven­tion (no­tam­ment les élé­ments de la 17e di­vi­sion pa­ra­chu­tiste), l’al­gé­rie ayant en­gran­gé une bonne ex­pé­rience des ac­tions hé­li­por­tées et des ma­noeuvres d’en­ve­lop­pe­ment ver­ti­cal contre les dji­ha­distes. Les per­son­nels sont dans leur en­semble com­pé­tents. Des ef­forts de pro­fes­sion­na­li­sa­tion ont été faits, les sys­tèmes d’armes ont été mo­der­ni­sés et les pro­cé­dures ont évo­lué. Ce­pen­dant, des la­cunes sub­sistent en ma­tière de for­ma­tion, avec pour consé­quence de tra­giques ac­ci­dents (19). Néan­moins, elles n’ef­facent pas les pro­grès ac­com­plis de­puis une di­zaine d’an­nées : les pi­lotes de chasse ont vu leurs heures de vol aug­men­ter ; la dé­fense aé­rienne a ga­gné en ef­fi­ca­ci­té avec une sou­plesse plus pro­non­cée que par le pas­sé, no­tam­ment dans la sy­ner­gie entre l’avia­tion de chasse, les bat­te­ries de mis­siles sol-air et les contrô­leurs au sol de la DAT; les sa­voir-faire sont dé­ve­lop­pés et en­tre­te­nus grâce à des exer­cices fré­quents (20), au cours des­quels d’im­por­tants moyens sont mis en oeuvre. L’avia­tion, en par­ti­cu­lier avec ses SU-30MKA et Su-24, ain­si qu’avec ses hé­li­co­ptères, par­ti­cipe aus­si à des exer­cices in­ter­armes d’en­ver­gure.

La ma­rine

En 2017, la ma­rine al­gé­rienne pour­suit sa mu­ta­tion amor­cée dans le cou­rant des an­nées 2000 : alors flotte dé­pas­sée de «pays mi­neur al­lié de L’URSS », elle est de­ve­nue un ou­til na­val ef­fi­cient, com­pre­nant des per­son­nels bien for­més et des moyens mo­dernes. Les bâ­ti­ments les plus an­ciens ont quant à eux été mo­der­ni­sés. Cette mu­ta­tion est sur­ve­nue avec l’ac­qui­si­tion, en 1987, de deux sous-ma­rins Type 877 Ki­lo puis avec l’achat de

(21) deux autres Ki­lo amé­lio­rés an­non­cé en 2006. Quatre ans plus tard, les deux pre­miers Ki­lo sont mo­der­ni­sés. Tou­jours en 2010, les sub­mer­sibles com­man­dés en 2006 sont li­vrés. En 2014 deux autres Ki­lo Pro­jet 636 Var­sha­vyan­ka, par­ti­cu­liè­re­ment ef­fi­caces dans la lutte an­ti­na­vire en eaux peu pro­fondes ou re­la­ti­ve­ment peu pro­fondes – qui conviennent très bien aux at­ter­rages al­gé­riens – sont ac­quis à leur tour.

Par ailleurs, dès 2008, l’al­gé­rie s’est in­té­res­sée au dé­ve­lop­pe­ment de ses ca­pa­ci­tés am­phi­bies, en com­plé­ment du po­ten­tiel de son avia­tion de trans­port stra­té­gique. Elle a alors en­vi­sa­gé l’achat d’un bâ­ti­ment am­phi­bie po­ly­va­lent de­vant pou­voir par­ti­ci­per à des opé­ra­tions hu­ma­ni­taires avec des ca­pa­ci­tés mé­di­cales, per­mettre de me­ner des dé­bar­que­ments en tous points du lit­to­ral mé­di­ter­ra­néen et, avec des

(22) hé­li­co­ptères adap­tés, ser­vir de pla­te­forme an­ti-sous-ma­rine si né­ces­saire. La décision fut prise en 2011 de com­man­der au moins un LPD de la classe San Gior­gio, le Ka­laat Beni Abbes.

La pé­riode 2011-2012 consti­tue une sé­quence clé de la mu­ta­tion na­vale

al­gé­rienne : Al­ger s’est pro­cu­ré deux cor­vettes Pro­jet 20382, type Ti­gr en 2011 puis a si­gné, en 2012, un contrat pour deux fré­gates Me­ko A200, ain­si que pour trois cor­vettes lance-mis­siles C28A qui se­ront amé­lio­rées avec des sys­tèmes élec­tro­niques oc­ci­den­taux après leur li­vrai­son (23). Spé­cia­li­sés dans la lutte an­ti­na­vire, ces bâ­ti­ments ont une bonne ré­pu­ta­tion. Quant aux Me­ko A200, elles re­pré­sentent une puis­sance non né­gli­geable. L’ac­qui­si­tion de mis­siles de dé­fense cô­tière est en­vi­sa­gée. Ils s’ajou­te­raient aux quelques SSC-6 si­gna­lés comme étant en ser­vice, en rem­pla­ce­ment

(24) des vieux CSS-C-2.

En guise de conclu­sion

Mal­gré des fai­blesses stra­té­giques (in­suf­fi­sance de la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale), opé­ra­tives (mé­thode de confi­ne­ment des dji­ha­distes, qui pré­sente des atouts, mais éga­le­ment des dé­fauts) et tac­tiques (équi­pe­ments vieillis­sants des forces sur le ter­rain), l’ap­ti­tude al­gé­rienne à «in­ven­ter» sa propre lutte contre-in­sur­rec­tion­nelle est em­blé­ma­tique d’une in­tel­li­gence en ma­tière d’ap­pré­hen­sion des ques­tions de dé­fense. Elle se tra­duit mi­li­tai­re­ment par des forces ar­mées opé­ra­tion­nelles, de plus en plus pro­fes­sion­nelles, qui s’ins­crivent dans une lo­gique de mo­der­ni­sa­tion, mais aus­si d’ac­qui­si­tion per­ma­nente de sa­voir­faire. L’al­gé­rie ne se contente pas d’em­pi­ler des com­mandes d’armes : elle achète des équi­pe­ments en adé­qua­tion avec sa per­cep­tion de l’en­vi­ron­ne­ment géos­tra­té­gique et avec les doc­trines dé­ve­lop­pées à l’aune de ces per­cep­tions.

Un Mi-28 des­ti­né à l’al­gé­rie, mais en­core aux cou­leurs russes. (© Rost­ver­tol)

Le T-90 consti­tue le « poing blin­dé » de L’ANP. (© D.R.)

Le SU-30MKA est vir­tuel­le­ment iden­tique au MKI in­dien en photo, à l’ex­cep­tion du sys­tème de na­vi­ga­tion, qui n’est pas d’ori­gine is­raé­lienne. (© DOD)

Deux lan­ceurs S-300 ukrai­niens. Ren­for­cés par des SA-17/BUK-M2E, ils confèrent à Al­ger une ca­pa­ci­té d’in­ter­dic­tion aé­rienne im­por­tante. (© Pop­suie­vych/shut­ter­stock)

Un sous-ma­rin russe de type Ki­lo (le sous-type Var­sha­vyan­ka). Avec un to­tal de six sous-ma­rins à terme, l’al­gé­rie dis­po­se­ra d’une vé­ri­table ca­pa­ci­té. (© D.R.)

Une des cor­vettes de type C28 des­ti­nées à la ma­rine al­gé­rienne. (© D.R.)

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