Le War­rior, mon­ture de l’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée bri­tan­nique

DSI - - CONCEPTS - Par Pierre Pe­tit, spé­cia­liste des ques­tions de dé­fense

Pi­lier du com­bat in­ter­armes mo­derne, l’as­so­cia­tion chars de ba­taille­vé­hi­cules de com­bat d’in­fan­te­rie a été réa­li­sée de ma­nière in­égale au sein des dif­fé­rentes ar­mées mé­ca­ni­sées. Du­rant le se­cond conflit mon­dial, seuls les Al­le­mands et les Américains ont sai­si l’im­por­tance de pro­té­ger cor­rec­te­ment leur in­fan­te­rie en pro­dui­sant des vé­hi­cules se­mi-che­nillés adap­tés. Au dé­but de la guerre froide, les dé­ve­lop­pe­ments sont ti­mides. Il faut at­tendre l’ap­pa­ri­tion du BMP-1 so­vié­tique dans les an­nées 1960 pour as­sis­ter à une prise de conscience des ar­mées oc­ci­den­tales sur la né­ces­si­té im­pé­rieuse de se do­ter d’un vrai vé­hi­cule de com­bat d’in­fan­te­rie.

Au Royaume-uni, au dé­but des an­nées 1950, ap­pa­raît l’al­vis Sa­ra­cen. Il suc­cède alors au vé­né­rable Bren­car­rier, bien peu pro­té­gé, et au Ram, peu adap­té au trans­port de per­son­nels. Il est sui­vi au cours de la dé­cen­nie sui-

vante par le FV432 Tro­jan, clone du M-113 amé­ri­cain, qui s’ap­pa­rente plus à un vé­hi­cule de trans­port de troupes che­nillé qu’à un vé­hi­cule de com­bat d’in­fan­te­rie pro­pre­ment dit. Au mi­lieu des an­nées 1960, le constat est amer pour l’état-ma­jor bri­tan­nique : le Sa­ra­cen et le Tro­jan sont dans l’in­ca­pa­ci­té de ri­va­li­ser avec la puis­sance de feu du nou­veau vé­hi­cule so­vié­tique

sur­ar­mé. Il est temps pour le Royau­meu­ni, comme pour bon nombre de pays oc­ci­den­taux, de se do­ter d’un vé­ri­table vé­hi­cule de com­bat d’in­fan­te­rie.

Un dé­ve­lop­pe­ment long

C’est en 1967 qu’est émise la de­mande de l’ar­mée bri­tan­nique concer­nant le be­soin du fu­tur vé­hi­cule. Elle est im­mé­dia­te­ment sui­vie par une étude

de fai­sa­bi­li­té di­li­gen­tée par le MOD (Mi­nis­try of Defence), qui va cou­rir de 1968 à 1971 et don­ner nais­sance au pro­jet in­dus­triel dé­nom­mé «Pro­ject De­fi­ni­tion 1 ». Ce pro­jet est me­né à bien de 1972 à 1976 par le Mi­li­ta­ry Ve­hicles and Engineering Es­ta­blish­ment de Che­ter­sy, in­té­gré de nos jours à la Defence Re­search Agen­cy. Le concept is­su de ces re­cherches n’a rien de com­mun avec les Sa­ra­cen et Tro­jan. Les in­gé­nieurs de Che­ter­sy construisent un pre­mier dé­mons­tra­teur rou­lant de 30 t, mû par un mo­teur Die­sel de 750 ch. Il est pro­té­gé par un blin­dage com­po­site de nou­velle gé­né­ra­tion de type Chob­ham et ar­mé du ca­non de 30 mm RARDEN (Royal Ar­ma­ment, Re­search and De­ve­lop­ment Es­ta­blish­ment and En­field) ins­tal­lé dans une tou­relle bi­place.

En 1976, les clauses du cahier des charges sont ar­rê­tées et les ap­pels d’offres lan­cés au­près de dif­fé­rentes firmes, dont le bri­tan­nique GKN San­key qui va rem­por­ter le mar­ché. Entre 1977 et 1979 dé­bute la phase «Pro­ject De­fi­ni­tion 2» au cours de la­quelle le fu­tur vé­hi­cule est dé­nom­mé MCV-80 (Me­cha­ni­zed Com­bat Ve­hicle). Trois pro­to­types sont construits, qui sor­ti­ront vain­queurs de la confrontation avec le M-2 Brad­ley amé­ri­cain. Qua­torze autres sont alors pro­duits en co­opé­ra­tion avec Al­vis, qui vont par­cou­rir au to­tal 200 000 km lors d’es­sais di­vers. L’un d’entre eux prend part en no­vembre 1984 à l’exer­cice « Lion­heart » qui se tient en Allemagne, où il va dé­mon­trer d’ex­cel­lentes ca­pa­ci­tés en tout-ter­rain.

Adop­té en 1985, le MCV-80 prend la dé­no­mi­na­tion of­fi­cielle de FV510 War­rior. La pro­duc­tion est lan­cée en jan­vier 1986 chez GKN, sur le tout nou­veau site de Tel­ford, dans le Sh­rop­shire, où elle s’y pour­sui­vra jus­qu’en 1995. En 1988, GKN, char­gé de la construc­tion des caisses, est ab­sor­bé par Al­vis, qui lui-même re­join­dra en sep­tembre 2004 BAE Sys­tems Land Sys­tems, créé au même mo­ment. Les tou­relles sont pro­duites par Vi­ckers Defence Sys­tems, à New­castle-upon­tyne, et la mo­to­ri­sa­tion est four­nie par Per­kins En­gines.

La com­mande ini­tiale du MOD est de 1 053 exemplaires, toutes ver­sions confon­dues, des­ti­nés à rem­pla­cer les FV432 en do­ta­tion au sein des 13 ba­taillons d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée et du BATUS (Bri­tish Ar­my Trai­ning Unit Suf­field), au Ca­na­da. La pre­mière tranche com­prend 290 en­gins, dont 170 en ver­sion com­bat d’in­fan­te­rie. Le pre­mier War­rior est re­mis de ma­nière of­fi­cielle en mai 1987 et, un an plus tard, le 1st Bn Gre­na­dier Guards ap­par­te­nant à la BAOR (Bri­tish Ar­my Of the Rhine), alors dé­ployé en Allemagne du Nord, est la pre­mière uni­té opé­ra­tion­nelle à per­ce­voir le nou­veau vé­hi­cule. En 1993, des coupes bud­gé­taires en­traînent la dis­so­lu­tion de cinq ré­gi­ments, fai­sant chu­ter la com­mande à 791 exemplaires, soit le nombre dé­fi­ni­tif de War­rior pro­duits pour les Bri­tan­niques.

Les ver­sions du War­rior

La flotte de War­rior est ac­tuel­le­ment consti­tuée de six ver­sions prin­ci­pales. Le FV510, des­ti­né au com­bat d’in­fan­te­rie, re­pré­sente l’es­sen­tiel de la pro­duc­tion avec 492 vé­hi­cules, par­mi les­quels 105 exemplaires en ver­sion an­ti­char ou TRIGAT MR (Third Ge­ne­ra­tion An­ti Tank Me­dium Range) ar­més du mis­sile amé­ri­cain Ja­ve­lin. Son train de rou­le­ment se com­pose de six ga­lets en alu­mi­nium, d’un bar­bo­tin à l’avant, d’une pou­lie de ten­sion à l’arrière et de trois rou­leaux por­teurs. Le sys­tème de sus­pen­sions com­prend des barres

de tor­sion et deux amor­tis­seurs hy­drau­liques sur les pre­mier et sixième ga­lets. Les che­nilles TR 30, pro­duites par As­trum, ont une lar­geur de 46 cm. La caisse est consti­tuée de plaques de blin­dage mé­ca­no­sou­dées en alu­mi­nium. Ses di­men­sions sont de 6,34 m de long, 3 m de large, 1,99 m de hau­teur pour une garde au sol de 0,49 m. Le pi­lote, à l’avant gauche, ac­cède à son poste par un vo­let équi­pé d’un épi­scope unique, rem­pla­cé par un in­ten­si­fi­ca­teur de lu­mière pour la conduite noc­turne. À sa droite est im­plan­té le groupe mo­to­pro­pul­seur (GMP) qui s’ar­ti­cule au­tour d’un mo­teur V8 Die­sel Per­kins Con­dor CV-8 TCA de 550 ch cou­plé à une boîte de vi­tesses au­to­ma­tique Al­li­son X-300-4B à quatre vi­tesses avant et deux arrière.

Il per­met aux 28 t du War­rior en ordre de com­bat d’at­teindre la vi­tesse de 75 km/h en marche avant et 48 km/h en arrière, vi­tesse at­teinte en 16 s. Les 770 l de ga­soil em­bar­qués au­to­risent une au­to­no­mie de 600 km. Les ca­pa­ci­tés de fran­chis­se­ment du War­rior sont de 2,5 m pour une tran­chée, 60 % pour une pente, 40 % pour un dé­vers, 1,30 m pour un gué et 0,75 m pour un obs­tacle ver­ti­cal. Au centre, la tou­relle bi­place abrite le chef de bord à droite et le ti­reur à gauche. À l’ori­gine, ils dis­posent cha­cun d’une lu­nette de tir avec in­ten­si­fi­ca­tion de lu­mière Thales Ra­ven dont le gros­sis­se­ment est de 8 en voie jour et de 6 en voie nuit. Le ca­non de 30 mm RARDEN ali­men­té à 250 coups est im­plan­té au centre et une mi­trailleuse lé­gère de 7,62 mm L9A1 Chain Gun ali­men­tée à 2000 coups est mon­tée en co­axiale. Huit pots fu­mi­gènes de 66 mm com­plètent l’ar­me­ment dé­fen­sif. Dans le com­par­ti­ment arrière, sur­mon­té par deux trappes de toit et de deux épi­scopes ro­ta­tifs, prennent place sept fan­tas­sins équi­pés, quatre à droite et trois à gauche. Ils y ac­cèdent par une porte mo­to­ri­sée mu­nie d’une pe­tite fe­nêtre blin­dée. Vivres et mu­ni­tions sont em­bar­qués pour 48 h de com­bat. Le FV510 est de plus do­té d’un sys­tème de sur­pres­sion NBC. Le FV511 de com­man­de­ment, li­vré à 84 exemplaires, est des­ti­né aux états-ma­jors de ré­gi­ment et de com­pa­gnie. À part des équi­pe­ments ra­dio spé­ci­fiques, le FV511 est sem­blable ex­té­rieu­re­ment au FV510. Seules les quatre em­bases d’an­tenne sur la tou­relle et la porte d’ac­cès du com­par­ti­ment arrière à deux bat­tants per­mettent de les dif­fé­ren­cier. L’équi­page se com­pose d’un pi­lote, d’un ti­reur, d’un chef de bord et de trois opé­ra­teurs ra­dio.

Les105exem­plai­res­defv512m­crv (Me­cha­ni­zed Com­bat Repair Ve­hicle) sont des­ti­nés aux équipes du REME (Royal Elec­tri­cal and Me­cha­ni­cal En­gi­neers). Ils sont au nombre de sept dans chaque ré­gi­ment, dont un dans chaque com­pa­gnie. Le FV512 se ca­rac­té­rise par l’ab­sence de tou­relle. Une grue hy­drau­lique d’une ca­pa­ci­té de le­vage de 6,5 t est mon­tée l’arrière gauche de la caisse. Elle sert à re­ti­rer un GMP de Chal­len­ger ou de War­rior, ou tout autre élé­ment d’un vé­hi­cule. Lors de son uti­li­sa­tion, le FV512 dis­pose d’un sys­tème de ver­rouillage des sus­pen­sions et d’un sta­bi­li­sa­teur té­les­co­pique pla­cé à l’arrière gauche afin d’équi­li­brer l’en­semble. Dans le com­par­ti­ment arrière se trouve un mo­teur auxi­liaire à trois cy­lindres four­nis­sant l’éner­gie né­ces­saire à la grue et à un com­pres­seur hy­dro­pneu­ma­tique qui ali­mente une vaste pa­lette d’ou­tils : mar­teau, tour­ne­vis, scie et meu­leuse. L’ar­me­ment est consti­tué d’une mi­trailleuse lé­gère de 7,62 mm L9A1 ali­men­tée à 4 000 coups ins­tal­lée dans une tou­relle mo­no­place, à droite sur le toit. L’équi­page se com­pose d’un pi­lote, d’un chef de bord et de trois mé­ca­ni­ciens qui em­barquent grâce à une porte unique dont la par­tie su­pé­rieure est in­dé­pen­dante de la par­tie in­fé­rieure. Le FV512 est équi­pé d’un sys­tème de sur­pres­sion NBC col­lec­tive et de la cli­ma­ti­sa­tion.

Très proche du FV512, le FV513 a été pro­duit jus­qu’en 1990 à 39 exemplaires. Opé­rant en tan­dem avec le FV512 au sein des uni­tés de main­te­nance, il est des­ti­né aux mis­sions de re­mor­quage. Le FV513 com­porte deux treuils : un à l’avant de la caisse, do­té d’un câble de 100 m, avec une puis­sance de trac­tion de 20 t (38 t avec l’em­ploi de pou­lies de mou­flage) et un autre à l’arrière, d’une force de trac­tion de 12,5 t et do­té d’un câble de 200 m. Ex­té­rieu­re­ment, le

FV513 est ai­sé­ment iden­ti­fiable grâce à sa pro­émi­nente bêche d’an­crage mon­tée à la poupe de la caisse. Elle est dé­ployée lors des ma­noeuvres de force, ef­fec­tuées grâce au treuil arrière. En 1995, une com­mande de 2,84 mil­lions d’eu­ros est pas­sée au­près de la firme Rey­nolds Bough­ton concer­nant l’achat de 45 re­morques T4 HMT (High Mo­bi­li­ty Trai­ler) à deux es­sieux. Trac­tée par les FV512 et les FV513, la ca­pa­ci­té d’em­port de la T4 HMT est de 8,25 t, au­to­ri­sant le trans­port de deux GMP de War­rior ou un seul de Chal­len­ger 2.

Les ver­sions d’ar­tille­rie com­prennent deux mo­dèles dis­tincts : le FV514 des­ti­né à l’ob­ser­va­tion et le FV515 pour le com­man­de­ment. Le pre­mier pro­to­type du FV514, dé­si­gné aus­si MAOV (Me­cha­ni­zed Ar­tille­ry Ob­ser­va­tion Ve­hicle), est ter­mi­né en 1988 et les li­vrai­sons dé­butent en 1991. Les 52 exemplaires pro­duits sont des­ti­nés aux For­ward Ob­ser­va­tion Of­fi­cers (FOO) des ré­gi­ments d’ar­tille­rie, à rai­son de trois vé­hi­cules par bat­te­rie. Le FV514 em­barque dans son com­par­ti­ment arrière des moyens de trans­mis­sion per­for­mants ain­si que des équi­pe­ments spé­ci­fiques comme le ter­mi­nal de trans­mis­sion de don­nées BATES (Bat­tle­field Ar­tille­ry Tar­get En­ga­ge­ment Sys­tem), un sys­tème GPS, et le ra­dar MSTAR (Man­por­table Sur­veillance and Tar­get Ac­qui­si­tion Ra­dar) Ra­cal. Ca­pable de dé­tec­ter des ob­jec­tifs au-de­là de 20 km, le Ra­cal est un ra­dar à im­pul­sion dop­pler uti­li­sé soit au som­met d’un mât érec­tile de 2 m, mon­té à l’arrière gauche de la caisse, soit au sol sur un af­fût tri­pode. L’équi­page se com­pose d’un pi­lote, de trois trans­met­teurs dans le com­par­ti­ment arrière, et de deux FOO en tou­relle, dont l’un fait of­fice de chef de bord. Ces deux per­son­nels uti­lisent des moyens de dé­tec­tion op­tique per­for­mants comme la lu­nette voie jour/nuit avec té­lé­mètre la­ser in­té­grée Ra­ven d’un gros­sis­se­ment de 8 et la lu­nette d’ob­ser­va­tion ther­mique Os­prey. Le ca­non de 30 mm RARDEN est rem­pla­cé par un ca­non fac­tice en bois afin de li­bé­rer un maxi­mum d’es­pace dans la tou­relle pour les équi­pe­ments. L’ar­me­ment d’au­to­dé­fense est consti­tué d’une mi­trailleuse lé­gère de 7,62 mm L9A1 et d’un lance-ro­quettes an­ti­char LAW de 94 mm.

Pro­duit à 19 exemplaires à par­tir de 1990, le FV515 BCV (Bat­te­ry Com­mand Ve­hicle) est des­ti­né aux bat­te­ries D’AS90 Bra­ve­heart. Quatre FV 515 sont af­fec­tés dans chaque ré­gi­ment, à rai­son d’un vé­hi­cule par bat­te­rie, se­con­dé par trois FV514. Ex­té­rieu­re­ment si­mi­laire à ce der­nier, le FV515 est dé­pour­vu de sys­tèmes d’ac­qui­si­tion et de dé­tec­tion. Seuls de­meurent les équi­pe­ments de trans­mis­sion et la mi­trailleuse lé­gère de 7,62 mm L9A1 ain­si que deux lu­nettes Ra­ven pour l’ob­ser­va­tion. D’autres ver­sions ont été tes­tées, mais n’ont pas été re­te­nues, comme celle d’ap­pui ar­mée d’un mor­tier de 81 mm et la ver­sion sa­ni­taire, dont cinq exemplaires ont été réa­li­sés à par­tir de FV514 et en­voyés sur les théâtres ira­kien et af­ghan. Ces mis­sions d’ap­pui et de lo­gis­tique doivent être as­su­rées par les FV432 Tro­jan jus­qu’en 2025.

À l’ex­port, seul le Ko­weït s’est por­té ac­qué­reur du War­rior, dé­nom­mé «De­sert War­rior». En août 1993, un contrat est si­gné avec BAE Sys­tems por­tant sur l’achat de 254 en­gins dé­cli­nés en quatre ver­sions, dont la prin­ci­pale est la FV510, sui­vie des 511, 512 et 513. Le De­sert War­rior est équi­pé d’une tou­relle amé­ri­caine Del­co si­mi­laire à celle du LAV-25. Elle est ar­mée du ca­non de 25 mm ATK M-242 sta­bi­li­sé

et de deux rampes de mis­siles TOW à gui­dage ther­mique mon­tées de part et d’autre. La pro­tec­tion est ren­for­cée par l’ajout d’un blin­dage ad­di­tion­nel, dé­ve­lop­pé par la firme ca­na­dienne Al­can, vis­sé sur le blin­dage struc­tu­rel de l’avant et des flancs de la caisse. Il est don­né pour ré­sis­ter aux mu­ni­tions per­fo­rantes de 14,5 mm.

D’autres mo­di­fi­ca­tions sont ap­por­tées comme l’ins­tal­la­tion d’un vo­let pi­lote do­té de trois épi­scopes, d’un GPS, de l’air condi­tion­né et d’un sys­tème de pro­tec­tion NBC col­lec­tif. En no­vembre 1994, les huit pre­miers exemplaires sont li­vrés afin de com­men­cer l’ins­truc­tion au Royaume-uni. Il fau­dra at­tendre juin 1995 pour voir les vé­hi­cules de la pre­mière tranche af­fec­tés en uni­té. En mars 2009, un contrat de 314 mil­lions de dol­lars est si­gné avec l’agence de co­opé­ra­tion amé­ri­caine pour adap­ter une nou­velle conduite de tir sur les De­sert War­rior. En fé­vrier 2013, LMUK est man­da­té pour en­ta­mer un programme de mo­der­ni­sa­tion de la flotte.

La mo­der­ni­sa­tion

De nos jours, dans le cadre de la ré­or­ga­ni­sa­tion de l’ar­mée bri­tan­nique «mo­dèle 2020», il ne reste plus que 482 War­rior, toutes ver­sions confon­dues. Ils sont prin­ci­pa­le­ment af­fec­tés au sein des six ré­gi­ments d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée ré­par­tis par paire dans les trois bri­gades blin­dées de la 3rd Di­vi­sion. Chaque ré­gi­ment com­prend 45 War­rior, à rai­son de 14 pour cha­cune des trois com­pa­gnies de « Rifle ». Chaque com­pa­gnie, d’un ef­fec­tif de 100 per­son­nels, se di­vise en trois sec­tions de quatre War­rior, et d’une sec­tion de main­te­nance avec un War­rior de dé­pan­nage et un de ré­pa­ra­tion. Deux War­rior de com­man­de­ment sont des­ti­nés au com­man­dant d’uni­té et à l’of­fi­cier ad­joint. Le re­li­quat ré­gi­men­taire est af­fec­té à la com­pa­gnie de com­man­de­ment ain­si qu’à celle d’ap­pui. Les six ré­gi­ments d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée ac­tuel­le­ment do­tés de War­rior sont le 1st Mer­cian Rgt (Bul­ford) et le 1st Royal Rgt of Fu­si­li­sers (Tid­worth) ap­par­te­nant à la 1st Ar­mou­red Inf Bri­gade (Tid­worth) ; les 1st Yorkshire Rgt (War­mins­ter) et 1st Royal Welsh (Tid­worth) pour la 12nd Ar­mou­red Inf.bri­gade (Bul­ford) ; et les 1st Prin­cess of Wale’s Rgt (Bul­ford) et 5th « The Rifles » (Bul­ford) de la 20th Amou­red Inf.bri­gade (Bul­ford).

Au cours de sa car­rière, le War­rior va faire l’ob­jet de dif­fé­rents pro­grammes de mo­der­ni­sa­tion afin de pro­lon­ger sa mise en ser­vice au sein des forces bri­tan­niques jus­qu’en 2035. Ces pro­grammes vont prin­ci­pa­le­ment s’ap­puyer sur les re­tours d’ex­pé­rience des théâtres d’opé­ra­tions sur les­quels le War­rior a été en­ga­gé : guerre du Golfe 1991 (opé­ra­tion « Gran­by » pour les Bri­tan­niques, au cours de la­quelle trois ont été dé­truits par des tirs fra­tri­cides) ; ex-you­go­sla­vie (Croa­tie 1992, Bos­nie 1995, et Ko­so­vo en 1999) ; opé­ra­tion « Te­lic » en Irak à par­tir de 2003 ; opé­ra­tion « Her­rick » en Af­gha­nis­tan entre 2002 et 2014. Les pre­mières mo­di­fi­ca­tions sont réa­li­sées en 1991 lors de la pre­mière guerre du Golfe, où 250 à 300 War­rior dé­montrent une très grande fia­bi­li­té en mi­lieu dé­ser­tique en par­cou­rant un to­tal de 330 000 km avec un taux de dis­po­ni­bi­li­té proche de 95%. La mo­di­fi­ca­tion la plus im­por­tante concerne la pro­tec­tion avec la si­gna­ture le 19 oc­tobre 1990 d’un contrat avec Vi­ckers Defence Sys­tem por­tant sur l’achat de kits ad­di­tion­nels de blin­dage com­po­site de type Chob­ham qui se­ront ins­tal­lés pour le 24 fé­vrier 1991, dé­but de l’of­fen­sive gé­né­rale. D’autres adap­ta­tions moins spec­ta­cu­laires vont être ap­por­tées comme l’ins­tal­la­tion d’un GPS sur les vé­hi­cules des chefs de sec­tion ain­si que sur les FV512 de dé­pan­nage, amé­lio­rant gran­de­ment les dé­lais d’in­ter­ven­tion. Un sys­tème de cli­ma­ti­sa­tion va être dé­ve­lop­pé et tes­té, mais ar­ri­ve­ra trop tard pour être ins­tal­lé sur les War­rior en­ga­gés dans le dé­sert ira­kien.

En 2001, Thales est contac­té par la Defence Pro­cu­re­ment Agen­cy (DPA) dans le cadre du programme BGIT (Bat­tle Group Ther­mal Ima­ging) dont le but est d’équi­per un cer­tain nombre de vé­hi­cules de ca­mé­ras ther­miques cou­plées à la nou­velle lu­nette ti­reur sta­bi­li­sée Thales Stag DA. Un contrat de 237 mil­lions d’eu­ros porte sur la li­vrai­son de deux tranches

dis­tinctes de vé­hi­cules. La pre­mière, ou « Group 1 », concerne la mo­der­ni­sa­tion de 361 War­rior FV510 et 146 vé­hi­cules de re­con­nais­sance Sci­mi­tar. La se­conde, ou «Group 2», com­prend uni­que­ment les War­rior de dé­pan­nage et de main­te­nance FV512 et FV513. En juin 2004, l’in­te­gra­ted Pro­duct Team, bu­reau dé­pen­dant de la DPA, man­date le consortium fran­co-bri­tan­nique CTA In­ter­na­tio­nal (BAE Sys­tems, Nex­ter) afin de mettre au point pour dé­cembre 2006 un War­rior équi­pé d’une tou­relle bi­place MTIP 1 (Man­ned Tur­ret In­te­gra­tion Programme) ar­mée du ca­non de 40 mm Case Te­les­co­ped Ar­ma­ment Sys­tem (CTAS). En 2005 est lan­cé le programme de mo­der­ni­sa­tion WLIP (War­rior Le­tha­ly Im­pro­ve­ment Programme) pour un mon­tant de 947 mil­lions d’eu­ros. Le WLIP vise à équi­per 449 FV510 et à en trans­for­mer 125 autres en Ar­mou­red Bat­tle-group Sup­port Ve­hicle (ABSV). Le WLIP prend en compte les re­tours d’ex­pé­rience de l’in­va­sion de l’irak en 2003, qui mettent en lu­mière cer­taines fai­blesses, comme une in­suf­fi­sance de pro­tec­tion et une do­ta­tion en ar­me­ment non sta­bi­li­sé.

En juin 2010, BAE Sys­tems pré­sente le kit de blin­dage TES (H) – pour Theatre Entry Stan­dard (Her­rick) –, des­ti­né aux War­rior en­ga­gés en Af­gha­nis­tan. Ce kit com­prend une pro­tec­tion de type bar ar­mour conju­gué à des élé­ments de blin­dage ré­ac­tif mo­du­laires ain­si qu’un ren­for­ce­ment du plan­cher de la caisse, plus par­ti­cu­liè­re­ment au ni­veau du poste de pi­lo­tage. Le poids sup­plé­men­taire en­gen­dré par le TES (H) né­ces­site l’ins­tal­la­tion de nou­velles sus­pen­sions et barres de tor­sion ain­si que des freins en car­bone re­froi­dis par bain d’huile is­sus de la com­pé­ti­tion au­to­mo­bile. Soixante-dix War­rior ont été équi­pés de ce kit pour un mon­tant de 56 mil­lions d’eu­ros.

Au dé­but de l’an­née 2010, BAE Sys­tems et Lock­heed Mar­tin UK INSYS (LMUK) entrent en lice afin de sa­tis­faire un nou­veau programme qui re­groupe ceux dé­jà ci­tés : le WCSP (War­rior Ca­pa­bi­li­ty Sus­tain­ment Programme). Il a pour but de mo­der­ni­ser la flotte de War­rior afin que ces der­niers puissent dé­truire un BMP-3 russe à une dis­tance de 2 000 m. Le WCSP en­globe le WLIP, re­nom­mé WFLIP (War­rior Figh­ta­bi­li­ty & Le­tha­li­ty Im­pro­ve­ment), le WEEA (War­rior En­han­ced Elec­tro­nic Ar­chi­tec­ture), le WMPS (War­rior Mo­du­lar Pro­tec­tion Sys­tem) et L’ABSV évo­qué pré­cé­dem­ment. Les deux concur­rents ne partent pas d’une feuille blanche. En ef­fet, la fi­liale bri­tan­nique de Lock­heed Mar­tin a en­ta­mé de­puis no­vembre 2007 des es­sais avec un pre­mier pro­to­type ar­mé du ca­non ATK Mk 44 de 30 mm cou­plé à une ca­mé­ra ther­mique Ca­the­rine MP de troi­sième gé­né­ra­tion. BAE Sys­tems a de son cô­té pré­sen­té en 2008 à Eu­ro­sa­to­ry sa tou­relle MTIP 2 (Man­ned Tur­ret In­te­gra­tion Programme) ar­mée du ca­non de 40 mm CTAS sé­lec­tion­né pour l’am­bi­tieux programme FRES (Fu­ture Ra­pid Ef­fect Sys­tem – de nos jours Ajax Scout) vi­sant à rem­pla­cer la fa­mille des CVRT (Scor­pion, Sci­mi­tar, Spar­tan, Sul­tan, etc.) à bout de souffle.

Si la tou­relle pro­po­sée par LMUK est sé­lec­tion­née dès 2009, la pré­fé­rence de l’ar­me­ment va au ca­non fran­co­bri­tan­nique CTAS. L’in­té­gra­tion de ce­lui-ci dans la tou­relle est un vé­ri­table dé­fi pour les in­gé­nieurs de LMUK qui tra­vaillent dé­jà sur celle de l’ajax, pro­duite par Ge­ne­ral Dy­na­mics et ar­mée du même ca­non. Outre le fait que le sys­tème de double ali­men­ta­tion de l’arme doit être re­vu, les in­gé­nieurs doivent faire face à des pro­blèmes im­por­tants de fissures de la caisse en alu­mi­nium, en­gen­drées par l’aug­men­ta­tion du poids de la tou­relle et un plus grand re­cul du ca­non. Il faut en­tiè­re­ment re­pen­ser la tou­relle. La mise en pro­duc­tion du War­rior WCSP, qui de­vait ini­tia­le­ment dé­bu­ter en 2016 pour une en­trée en ser­vice pré­vue en 2018, est re­pous­sée à oc­tobre 2020, car la prio­ri­té est don­née au programme Ajax Scout. Ce dé­lai de quatre ans de­vrait per­mettre aux in­gé­nieurs de LMUK de ré­soudre les pro­blèmes évo­qués, qui contri­buent à faire ex­plo­ser les bud­gets : au 31 mars 2016, un peu plus de 400 mil­lions d’eu­ros avaient dé­jà été en­glou­tis dans le programme WCSP. En sep­tembre 2016, une pre­mière tranche consti­tuée de 12 War­rior WCSP (7 FV510, 2 FV511, 1 FV512, 1 FV513 et 1 FV514) est ter­mi­née. Les es­sais dé­butent en jan­vier 2017, mais la nou­velle lu­nette pro­po­sée par Thales ne semble pas faire l’una­ni­mi­té. Elle de­vrait être rem­pla­cée sous peu par une lu­nette is­raé­lienne pro­duite par El­bit pour équi­per les 380 War­rior concer­nés par le programme WCSP.

Un War­rior au cours d’un exer­cice, mon­trant sa confi­gu­ra­tion gé­né­rale, clas­sique pour un vé­hi­cule de com­bat d’in­fan­te­rie. (© Crown Co­py­right)

Conçu pour la guerre froide, le War­rior de­vrait ce­pen­dant voir sa car­rière se pour­suivre jusque dans les an­nées 2030, voire au-de­là, une fois les der­niers trains de mo­der­ni­sa­tion ef­fec­tués. (© Crown Co­py­right)

Un FV510 peu avant le lan­ce­ment de l’opé­ra­tion « Te­lic », en 2003. On note le blin­dage ad­di­tion­nel po­si­tion­né sur les flancs. (© DOD)

Le FV512, do­té de sa grue hy­drau­lique. (© DOD)

Pro­to­type du War­rior WCSP, do­té de sa tou­relle de 40 mm CTAS. (© Lock­heed Mar­tin UK)

Des War­rior do­tés de bar ar­mour dans le Hel­mand. La pro­tec­tion du vé­hi­cule a fait l’ob­jet d’une grande at­ten­tion ces der­nières an­nées. (© Crown Co­py­right)

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