Tran­si­tion ca­pa­ci­taire dif­fi­cile pour la ma­rine in­dienne

DSI - - SOMMAIRE - Par Jo­seph Hen­ro­tin, char­gé de re­cherche au CAPRI

Se po­si­tion­nant en­core au dé­but des an­nées 2000 comme la force la plus na­tu­rel­le­ment sus­cep­tible d’of­frir un contre­poids à la mon­tée en puis­sance de la ma­rine chi­noise, la ma­rine in­dienne est dans une si­tua­tion com­plexe. Si Yan­nick Smal­dore le mon­trait pour ce qui concerne l’aé­ro­na­vale, c’est éga­le­ment le cas pour les forces de sur­face et sous-ma­rines.

Les forces sous-ma­rines étant plus par­ti­cu­liè­re­ment abor­dées dans notre hors­sé­rie no 59 (1), nous nous concen­tre­rons ici sur celles de sur­face, qui ont évo­lué com­pa­ra­ti­ve­ment à nos pré­cé­dents ar­ticles (2). À l’ins­tar des autres com­po­santes des ar­mées in­diennes, elles su­bissent les affres d’une culture où pré­do­mine la len­teur dé­ci­sion­nelle, dans un contexte mar­qué par la re­cherche de mon­tée en puis­sance de l’in­dus­trie lo­cale. Or cette der­nière doit elle-même par­ve­nir à com­pen­ser son re­tard. Un bon exemple en la ma­tière est l’évo­lu­tion de la flotte de des­troyers. La ma­rine in­dienne re­çoit ain­si cinq Ra­j­put, une ver­sion mo­di­fiée des Ka-

shin so­vié­tiques, entre 1980 et 1987 (3). Les bâ­ti­ments ont été construits sur place, à Vis­kha­pat­nam, et cette ex­pé­rience per­met de conce­voir la classe Del­hi (Pro­ject-15), de 6 700 t.p.c., dont trois exem­plaires entrent en ser­vice entre 1997 et 2001 (4). L’ap­proche adop­tée, in­cré­men­tale, donne un ré­sul­tat tech­ni­que­ment sa­tis­fai­sant, mais lent : la tête de classe a été mise sur cale en 1987 pour être ad­mise au ser­vice dix ans plus tard. Cette len­teur touche éga­le­ment le Pro­ject-15a, classe Kol­ka­ta, de 7 100 t.p.c. Si le de­si­gn du bâ­ti­ment est lar­ge­ment re­vu – tout comme les cap­teurs et les sys­tèmes d’armes, qui com­binent les mis­siles an­ti­aé­rien Ba­rak-8 et an­ti­na­vire/an­ti-terre Brah­mos –, des re­tards ont éga­le­ment été ob­ser­vés (5). Ain­si, il a fal­lu près de 11 ans entre la mise sur cale et l’en­trée

en ser­vice opé­ra­tion­nelle de la tête de classe ; et en­vi­ron 10 ans pour les deux autres uni­tés.

En tout état de cause, il n’est pas im­pos­sible que la classe qui leur suc­cé­de­ra connaisse les mêmes affres. Trois Vi­sa­kha­pat­nam (Pro­ject-15b) ont été mis sur cale entre oc­tobre 2013 et mai 2017 – la construc­tion d’une qua­trième uni­té étant éga­le­ment pla­ni­fiée – après avoir été com­man­dés en 2009. Là aus­si, l’ap­proche adop­tée est in­cré­men­tale : il s’agit de faire évo­luer les Kol­ka­ta, en conser­vant une puis­sance de feu si­mi­laire (32 Ba­rak-8, 16 Brah­mos). En re­vanche, le ca­non de 76 mm se­rait rem­pla­cé par un de 127 mm. La pre­mière uni­té a été lan­cée en 2015, mais, confor­mé­ment à l’ap­proche in­dienne, n’avait pas en­core re­çu ses su­per­struc­tures ni un

cer­tain nombre d’équi­pe­ments. Il est donc dou­teux qu’elle entre en ser­vice en juillet 2018, comme alors an­non­cé. Compte te­nu de la pro­chaine sor­tie de ser­vice des Ra­j­put, dont le plus an­cien au­ra at­teint 40 ans en 2020, la struc­ture de forces in­dienne du­rant la pro­chaine dé­cen­nie tour­ne­rait donc au­tour de dix uni­tés, dont trois sor­ti­raient de ser­vice à par­tir des an­nées 2030. La so­lu­tion consis­te­rait à aug­men­ter le nombre de bâ­ti­ments de chaque classe, de ma­nière à main­te­nir les sa­voir-faire. Mais cette ra­tio­na­li­té se heurte à son tour à celle de la re­cherche de nou­velles ca­pa­ci­tés, né­ces­si­tant à chaque fois une nou­velle classe…

La ques­tion des fré­gates

À bien des égards, ce qui est vrai pour les des­troyers l’est éga­le­ment pour les fré­gates. Évo­lu­tion des Lean­der bri­tan­niques, les six Nil­gi­ri, construites sur place avec l’as­sis­tance bri­tan­nique, ont quit­té le ser­vice, après un peu plus de 30 ans à la mer, entre 1996 et 2013. Elles ont ce­pen­dant don­né lieu à deux évo­lu­tions, les Go­da­va­ri (trois uni­tés, dont une, ad­mise en 1988, est en­core en ser­vice) et les Brah­ma­pu­tra, avec trois uni­tés ad­mises entre 2000 et 2005, après avoir été mises sur cale entre 1989 et 1998. Ces deux classes ren­voient à des na­vires ASM, qui ac­cueillent deux hé­li­co­ptères lourds et sont do­tés de 4Ss-n-2styx(go­da­va­ri)ou16ss-n-25 Switch­blade (Brah­ma­pu­tra), en plus de 24 mis­siles Ba­rak, d’un ca­non de 76 mm et D’AK-630 de dé­fense rap­pro­chée. Reste qu’à la fin des an­nées 2000, seules 11 uni­tés sont en ser­vice : les six Go­da­va­ri/brah­ma­pu­tra et cinq Nil­gi­ri.

Pour contrer l’ur­gence qui se pro­fi­lait, dès la fin des an­nées 1990, six Tal­war – une évo­lu­tion du de­si­gn, alors pro­po­sé, de la Kri­vak III – ont été com­man­dées, en deux temps, en Rus­sie. Mises sur cale à Saint-pé­ters­bourg et Ka­li­nin­grad entre 1999 et 2008, elles ont été ad­mises au ser­vice entre 2003 et 2013 – au terme de dé­lais plus rai­son­nables donc – et dé­placent 3 850 t (6). Une troi­sième sé­rie, d’abord de trois, puis de quatre bâ­ti­ments, de­vait être com­man­dée en 2012. Elle ne l’a pas en­core été, les né­go­cia­tions ayant re­pris à par­tir de 2015, l’an­nonce d’une si­gna­ture pro­chaine étant fré­quem­ment évo­quée. Com­pa­ra­ti­ve­ment aux bâ­ti­ments pré­cé­dents, les Tal­war montrent un net ac­crois­se­ment ca­pa­ci­taire, avec un em­port de 8 mis­siles Brah­mos ou SS-N-27 Sizz­ler et de 12 SA-N-12 pour

la dé­fense aé­rienne. Il n’est pas im­pos­sible que plu­sieurs des six bâ­ti­ments ini­tia­le­ment com­man­dés par la Rus­sie – mais dont les tur­bines ne se­ront pas four­nies par l’ukraine, qui les pro­duit – soient fi­na­le­ment ache­tés par l’inde.

Pour l’inde, l’ac­qui­si­tion des Tal­war n’a pas uni­que­ment per­mis de com­pen­ser, ra­pi­de­ment et à bon compte, le re­trait des Nil­gi­ri. Il s’agis­sait éga­le­ment de bé­né­fi­cier de trans­ferts de tech­no­lo­gies qui ont ser­vi à son propre pro­gramme de fré­gates de nou­velle gé­né­ra­tion, les Shi­va­lik (Pro­ject-17). Trois uni­tés ont été mises sur cale, entre 2001 et 2003. Ce sont cette fois des bâ­ti­ments de 6 200 t et d’une lon­gueur de 142 m ; des di­men­sions et un dé­pla­ce­ment mar­quant une rup­ture avec les de­si­gns pré­cé­dents. Construites dans les chan­tiers Ma­za­gon, elles sont en­trées en ser­vice entre 2010 et 2012 et sont do­tées de 8 SS-N-27 ou Brah­mos en plus de 32 Ba­rak-1 et de SA-N-12. Com­pa­ra­ti­ve­ment aux Tal­war, elles em­barquent deux hé­li­co­ptères et non plus un seul. Comme pour les Kol­ka­ta, plu­sieurs des cap­teurs sont d’ori­gine is­raé­lienne (7). Et, de même, les bâ­ti­ments doivent ser­vir de base à une nou­velle classe, le Pro­ject-17a, de 6 670 t.

Do­tées d’un ra­dar AESA à faces planes d’ori­gine is­raé­lienne et ayant des formes plus fur­tives que les Shi­va­lik, les P17A doivent en­trer en ser­vice avant 2025. Reste, ce­pen­dant, que la pre­mière uni­té n’a été mise sur cale qu’en dé­cembre 2017, ce qui fait dou­ter du res­pect des dé­lais. En ta­blant sur une du­rée moyenne de dix ans de construc­tion, la pre­mière n’en­tre­rait en ser­vice – sauf évo­lu­tion no­table des pra­tiques des chan­tiers – qu’en 2027, en sa­chant que sept uni­tés sont pla­ni­fiées. In fine, l’in­cer­ti­tude au­tour des com­mandes de­vant en­core être réa­li­sées et celle des rythmes de construc­tion adop­tés rendent toute ana­lyse pros­pec­tive du sys­tème de force dif­fi­cile. Elle pré­sente,

en fonc­tion des hy­po­thèses re­te­nues, de fortes am­pli­tudes : en 2025, comme le montre le ta­bleau ci-contre, la ma­rine in­dienne pour­rait ali­gner de 19 à 27 grandes uni­tés de com­bat de sur­face.

Cor­vettes et pa­trouilleurs et auxi­liaires

Les chan­tiers in­diens semblent ce­pen­dant plus aptes à la construc­tion de pe­tites uni­tés. Du point de vue des cor­vettes, les quatre Khu­kri, de 1 420 t.p.c. ont ain­si été ad­mises au ser­vice entre 1989 et 1991, après des mises sur cale in­ter­ve­nues entre 1985 et 1986. Leurs suc­ces­seurs, les Ko­ra, de 1 470 t.p.c., ont été re­çus entre 1998 et 2004, les mises sur cale in­ter­ve­nant en deux vagues, en 1990 et 1995-1997. Entre-temps, les chan­tiers in­diens ont bé­né­fi­cié de l’aide sud-co­réenne pour six Su­ka­nya, ad­mis entre 1989 et 1993. Ce sont ce­pen­dant des bâ­ti­ments de pa­trouille as­sez simples, uni­que­ment do­tés d’un ca­non de 40 mm et de mi­trailleuses. Par ailleurs, Mos­cou four­nis­sait 13 cor­vettes de type Ta­ran­tul (classe Veer lo­ca­le­ment), dont huit ont été construites en Inde. Elles ont été ad­mises au ser­vice entre 1987 et 1995 (10 uni­tés) ; puis en 1997 et 2002 pour les trois res­tantes, do­tées de 12 SS-N-25 et dont un exem­plaire fut per­du en 2006. Seules dix res­tent en ser­vice, mais il avait ini­tia­le­ment été ques­tion de 35 bâ­ti­ments.

Un pro­gramme na­tio­nal de cor­vette ASM, les Ka­mor­ta, de 3300 t.p.c., a éga­le­ment été mis en place. Les mises sur cale sont in­ter­ve­nues entre 2006 et 2012 et les ad­mis­sions en 2014, 2016 et 2017 – la der­nière uni­té ayant été lan­cée en mai 2015. Il était ini­tia­le­ment ques­tion d’un bâ­ti­ment ar­mé avec 8 SS-N-27 et 16 Ba­rak-1, en plus d’un ca­non de 76 mm, de tor­pilles et de l’em­port d’un hé­li­co­ptère. Ce­pen­dant, les mis­siles n’ont fi­na­le­ment pas été ins­tal­lés. Le sec­teur des pa­trouilleurs touche his­to­ri­que­ment de pe­tits bâ­ti­ments, ache­tés en URSS ou en Is­raël (res­pec­ti­ve­ment des Pauk II et des Su­per Dvo­ra) ou construits sur place, avec un dé­pla­ce­ment maxi­mal de 260 t.p.c. Un pro­gramme plus am­bi­tieux a ce­pen­dant été lan­cé dans les an­nées 2000, dé­bou­chant sur quatre ad­mis­sions au ser­vice en deux ans (2013-2014). Les Sa­ryu dé­placent 2215 t.p.c., peuvent être do­tés d’un 76 mm et ac­cueillir un hé­li­co­ptère Dh­ruv. Les bâ­ti­ments sont eux-mêmes des évo­lu­tions de la classe San­kalp de pa­trouilleurs garde-côtes, qui ont connu un cer­tain suc­cès (8). Un nou­veau pro­gramme, dit « New OPV » Pro­ject-21 (NOPV) porte sur cinq bâ­ti­ments de 2 000 t.p.c. do­tés d’un 76 mm et éga­le­ment ca­pables d’ac­cueillir un hé­li­co­ptère. Les deux pre­mières uni­tés ont été lan­cées en 2015 et de­vraient en­trer en ser­vice avant 2020.

D’autres sec­teurs ont pu évo­luer, no­tam­ment le ra­vi­taille­ment, avec l’ad­mis­sion au ser­vice, en 2011, de deux Dee­pak construits en Ita­lie, qui per­mettent d’épau­ler l’adi­tya (construit sur place et ad­mis en 2000) et le Jyo­ti construit à Saint-pé­ters­bourg et ad­mis en 1996. Le do­maine am­phi­bie, lui, reste sous-in­ves­ti : de­puis l’ad­mis­sion du Ja­la­sh­wa en 2007, un an­cien LPD amé­ri­cain de classe Aus­tin, les seules ad­mis­sions ont été des trans­ports de chars de classe Shar­dul, évo­lu­tion à peine plus lourde des Ma­gar. Mais un autre sec­teur est de­ve­nu réel­le­ment pro­blé­ma­tique : en 1997, dans les ro­mans Sur ordre de Tom Clan­cy, les 12 chas­seurs de mines in­diens de classe Pon­di­cher­ry per­met­taient de contrer le mi­nage du dé­troit d’or­muz. Or leur rem­pla­ce­ment par des bâ­ti­ments sud-co­réens (Kan­gnam Cor­po­ra­tion) construits à Goa a été une vé­ri­table sa­ga : lan­cé en 2004, le pro­gramme de­vait comp­ter 24 bâ­ti­ments – une cible en­suite ra­me­née à 12 –, mais il a été an­nu­lé puis re­lan­cé à plu­sieurs re­prises. Der­nier évé­ne­ment en date, l’an­nu­la­tion de jan­vier 2018 se pro­duit alors que seuls quatre Pon­di­cher­ry sont en­core en ser­vice. En mars de cette an­née, trois autres quit­taient la flotte, lais­sant la ma­rine in­dienne avec une seule uni­té…

Un dis­po­si­tif com­pen­sa­toire

La struc­ture de force de la ma­rine in­dienne est donc dans une pos­ture d’au­tant plus dé­li­cate que son avan­tage com­pa­ra­tif s’érode au fur et à me­sure des pro­grès réa­li­sés par la Chine. C’est certes le cas du strict point de vue des bâ­ti­ments, mais éga­le­ment de leurs équi­pe­ments. Les élec­tro­ni­ciens in­diens ont ef­fec­tué des pro­grès in­té­res­sants ces der­nières an­nées, mais la ma­rine in­dienne ne peut tou­jours pas se pas­ser de l’aide is­raé­lienne. Dans le même temps, il est clair que les pro­grès chi­nois en ma­tière de cap­teurs ont été plus im­por­tants, plus ra­pides et ont concer­né plus de ca­té­go­ries de sys­tèmes. Si Del­hi main­tien un avan­tage avec son mis­sile an­ti­na­vire/an­ti-terre Brah­mos, non seule­ment as­sez peu sont em­bar­qués à la mer – au mieux, 16 par des­troyer, avec as­sez peu d’uni­tés au to­tal –, mais la Chine pro­gresse

aus­si sur le sec­teur des en­gins an­ti­na­vires su­per­so­niques. Qua­li­ta­ti­ve­ment et quan­ti­ta­ti­ve­ment, Del­hi se­ra donc éga­le­ment dé­pas­sée dans un do­maine où elle avait pour­tant un peu d’avance.

La po­si­tion in­dienne est d’au­tant plus dé­li­cate que la Chine conti­nue de main­te­nir des liens très étroits avec le Pa­kis­tan, ri­val tra­di­tion­nel de l’inde, no­tam­ment dans le do­maine des sous­ma­rins (9). D’un point de vue na­val, la ma­rine in­dienne conti­nue d’avoir le dessus, en qua­li­té et en quan­ti­té, mais sa consoeur pa­kis­ta­naise est in­dé­nia­ble­ment ca­pable de lui dis­pu­ter la maî­trise des mers ; une si­tua­tion d’au­tant plus com­plexe que, si Is­la­ma­bad et Pé­kin peuvent co­or­don­ner leurs stra­té­gies, Del­hi n’est cer­tai­ne­ment pas dans une po­si­tion si­mi­laire. Ce­pen­dant, les exer­cices in­ter­na­tio­naux avec des ma­rines al­liées se sont mul­ti­pliés ces der­nières an­nées, tout comme les liens po­li­tiques entre les ca­pi­tales se sont res­ser­rés. Les re­la­tions avec L’ASEAN en gé­né­ral, et avec Sin­ga­pour en par­ti­cu­lier, se sont in­ten­si­fiées. Le rap­pro­che­ment, en­ta­mé dès les an­nées 2010, avait dé­jà dé­bou­ché sur des ac­cords avec le Viet­nam quant à l’uti­li­sa­tion de ses ins­tal­la­tions de main­te­nance, par exemple (10). De même, les exer­cices se sont mul­ti­pliés, de­puis les tra­di­tion­nels «Va­ru­na» avec la France (de­puis 2001) jus­qu’aux «Ma­la­bar». Ont ain­si par­ti­ci­pé à la der­nière édi­tion en date, fin 2017, les États-unis, mais aus­si Sin­ga­pour et le Ja­pon, sor­ti de sa «ré­serve na­vale» de­puis 2015. Point im­por­tant, la por­tée des exer­cices s’est ac­crue avec le temps (11). « Va­ru­na 2015 » a ain­si vu l’en­ga­ge­ment du Charles de Gaulle et « Ma­la­bar 2017 », ce­lui du Ni­mitz, mais aus­si de l’izu­mo ja­po­nais. Il faut ajou­ter que l’inde par­ti­cipe aux opé­ra­tions de lutte contre la pi­ra­te­rie dans le golfe d’aden de­puis oc­tobre 2008, ce qui lui four­nit de nom­breuses oc­ca­sions d’in­ter­agir et de s’en­traî­ner avec des ma­rines étran­gères.

Les ac­tions po­li­ti­co-opé­ra­tion­nelles per­mettent ain­si de com­pen­ser une po­si­tion géos­tra­té­gique in­grate, l’inde pou­vant être gê­née par des ac­tions po­ten­tiel­le­ment co­or­don­nées à l’ouest comme à l’est. Au de­meu­rant, il convient de ne pas sur­es­ti­mer les contraintes géo­gra­phiques. D’une part, par dé­fi­ni­tion, le pro­fes­sion­na­lisme des ma­rines est un puis­sant fac­teur de com­pen­sa­tion : une ma­rine sert à ma­noeu­vrer, en par­ti­cu­lier lors­qu’elle se dé­fi­nit comme hau­tu­rière, ce qui est le cas de l’inde. D’autre part, il est sans doute né­ces­saire de ré­pé­ter – au risque de la tri­via­li­té – que mers et océans sont im­menses et que si les cap­teurs mo­dernes tendent à contrac­ter l’es­pace per­çu, ils ne per­mettent pas de do­mi­ner l’es­pace réel. En la ma­tière, Del­hi a tou­jours fer­me­ment dé­fen­du une rhé­to­rique de né­ces­saire maî­trise de l’océan In­dien, tout en af­fir­mant l’im­por­tance du main­tien de la sé­cu­ri­té au long des prin­ci­pales lignes de com­mu­ni­ca­tion, dé­troit de Ma­lac­ca in­clus. Elle a ain­si mul­ti­plié les ac­cords avec les pays de la ré­gion, no­tam­ment le Sri Lan­ka – au­près du­quel elle a ache­té nombre de ve­dettes –, mais aus­si ceux du pour­tour de l’océan In­dien.

Des sta­tions ra­dars ont ain­si été po­si­tion­nées au nord de Ma­da­gas­car, à Mau­rice et dans les Sey­chelles, et conti­nuent d’être en­tre­te­nues par l’inde. Dans ce der­nier cas, un pro­jet de base per­ma­nente est évo­qué

de­puis la fin des an­nées 2000, mais n’a pas été concré­ti­sé. Un ac­cord a bien été si­gné en jan­vier 2018 entre New Del­hi et Vic­to­ria, mais le Par­le­ment lo­cal n’en­tend pas le ra­ti­fier. Plus ré­cem­ment, en mars, un autre était si­gné avec la France : les deux États, qui co­opèrent fré­quem­ment, pour­ront mu­tuel­le­ment uti­li­ser leurs bases. Sont ain­si in­clus Mayotte et la Réunion, mais éga­le­ment Dji­bou­ti et, pos­si­ble­ment, la Nou­velle-ca­lé­do­nie et la Po­ly­né­sie. Le maillage sé­cu­ri­taire de New Del­hi dans l’océan In­dien se ren­force donc, d’au­tant plus que des ac­cords si­mi­laires ont été si­gnés avec le Sul­ta­nat d’oman. À l’est, cette fois, l’inde main­tient bien en­ten­du une pré­sence et conduit des opé­ra­tions dans les îles An­da­man-et-ni­co­bar, qui font par­tie de son ter­ri­toire na­tio­nal. Elle mène éga­le­ment ré­gu­liè­re­ment des opé­ra­tions de pa­trouille en mer de Chine mé­ri­dio­nale.

In fine, la si­tua­tion de la ma­rine in­dienne est pa­ra­doxale. D’un cô­té, elle fait face à un réel dé­fi ca­pa­ci­taire. Des pro­ces­sus po­li­ti­co-bu­reau­cra­tiques lourds cou­plés à la vo­lon­té d’im­po­ser le « make in In­dia » per­mettent certes de main­te­nir un mi­ni­mum de ca­pa­ci­tés, mais guère de les aug­men­ter. Dans le cas des sous-ma­rins, faute de dé­ci­sion, elles sont en nette ré­gres­sion. Ce dé­fi ca­pa­ci­taire est aus­si un dé­fi hu­main : la for­ma­tion et le main­tien des com­pé­tences s’avèrent dé­li­cats. Ces der­nières an­nées, nombre d’hommes ont été per­dus – de même que plu­sieurs bâ­ti­ments – du fait de col­li­sions ou

(12) d’ac­ci­dents. Le sous-ma­rin Ari­hant lui-même, fier­té de la flotte, a été en­dom­ma­gé lors­qu’un pan­neau a été mal sou­qué, en 2017, né­ces­si­tant des ré­pa­ra­tions à quai d’une du­rée de plus de 10 mois. D’un autre cô­té, l’inde n’est pas seule : sa stra­té­gie di­plo­ma­tique et la mul­ti­pli­ca­tion des ac­cords in­ter­na­tio­naux lui per­mettent de com­pen­ser par­tiel­le­ment ses dé­fi­cits, et de conser­ver une ca­pa­ci­té d’in­fluence.

Le ra­vi­tailleur INS Jyo­ti avec le My­sore (classe Del­hi, en haut) et le Ran­jit (classe Ra­j­put/ka­shin, en bas).(© D.R.)

Un des­troyer de classe Kol­ka­ta tire un mis­sile su­per­so­nique Brah­mos. (© D.R.)

Une fré­gate de classe Shi­va­lik. Seules trois uni­tés ont été construites, mais sept autres d’un type plus avan­cé doivent suivre. (© D.R.)

La cor­vette Ka­mor­ta à la mer. Pour l’ins­tant, elle ne dis­pose que d’un ca­non de 76 mm, de lance-ro­quettes ASM RBU et de ca­nons de dé­fense rap­pro­chée. (© D.R.)

Une cor­vette de classe Ko­ra.Leur dé­ve­lop­pe­ment a bé­né­fi­cié des en­sei­gne­ments is­sus de la classe Khu­kri, mais aus­si de la classe Veer. (© US Na­vy)

Le Sa­ryu, tête de sa classe D’OPV. Son prin­ci­pal ar­me­ment est son ca­non de 76 mm. (© D.R.)

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