Meu­rice Meat-free

Esprit Veggie - - Sommaire - PROPOS RECUEILLIS PAR LUC PARINY

C’est l’hu­mo­riste qui monte. En quelques an­nées, Guillaume Meu­rice a su fé­dé­rer un pu­blic de fi­dèles qui suit avec dé­lec­ta­tion ses chro­niques très peu po­li­ti­que­ment cor­rectes

sur les ondes de France In­ter. Il nous ra­conte son quo­ti­dien de vé­gé­ta­rien.

Es­prit Veggie : Quel type de vé­gé­ta­rien êtes-vous ?

Guillaume Meu­rice : JE SUIS UN VÉ­GÉ­TA­RIEN TO­LÉ­RANT. ÇA NE ME DÉ­RANGE PAS QUE QUEL­QU’UN MANGE DU CA­DAVRE D’ANI­MAL À CÔ­TÉ DE MOI. EN RE­VANCHE, PEN­DANT SA DÉ­GUS­TA­TION, JE M’AR­RANGE POUR LUI PLA­CER SUBREPTICEMENT SOUS LES YEUX UNE VI­DÉO D’UN ABAT­TOIR FIL­MÉ PAR L214 POUR QU’IL SOIT BIEN IN­FOR­MÉ DE CE QU’IL MANGE. ET BON AP­PÉ­TIT BIEN SÛR !

EV : Com­ment s’est faite votre tran­si­tion vers le « meat-free »?

GM : « MEAT-FREE » ? JE NE CONNAIS­SAIS PAS L’EXPRESSION. JE SUIS AS­SEZ NUL DANS LA LANGUE DE SHA­KES­PEARE ET DE DO­NALD TRUMP. LA TRAN­SI­TION S’EST FAITE AS­SEZ TRAN­QUILLE­MENT. JE MANGEAIS DÉ­JÀ TRÈS PEU DE VIANDE ET PUIS, SUITE À QUELQUES DIS­CUS­SIONS AVEC DES AMIS VÉ­GÉ­TA­RIENS, J’EN SUIS VE­NU À PRENDRE DÉ­FI­NI­TI­VE­MENT CONSCIENCE QUE LES STEAKS TARTARES PRO­DUISENT IN­FI­NI­MENT PLUS DE MAL-ÊTRE QUE LES NA­VETS (SAUF LES BRON­ZÉS 3).

EV : As­so­ciez-vous le végétarisme à d’autres choix?

GM : AU­TANT QUE FAIRE SE PEUT. J’ES­SAYE D’ÊTRE LE PLUS CO­HÉ­RENT POS­SIBLE DANS MA

« Force est de consta­ter que l’es­pèce au­to­pro­cla­mée la plus évo­luée de la bio­sphère a tou­jours du mal à per­ce­voir la dif­fé­rence

entre un ra­dis et un mé­rou. »

CONSOM­MA­TION EN GÉ­NÉ­RAL. MÊME SI JE N’AI PAS EN­CORE TROU­VÉ UN OR­DI­NA­TEUR BIO, NI DE LO­GE­MENT NEUTRE ÉCO­LO­GI­QUE­MENT, NI DE BANQUE TO­TA­LE­MENT RES­PON­SABLE. D’AILLEURS « BANQUE RES­PON­SABLE », N’EST-CE PAS UN OXY­MORE, AU MÊME TITRE QUE « JOUR­NA­LISTE SPOR­TIF » OU « TÉ­LÉ RÉA­LI­TÉ »??

EV : Le mi­lieu des jour­na­listes est ré­pu­té pour être plu­tôt ama­teur de bonne chère. Votre végétarisme est-il source de com­men­taires ?

GM : JE FRÉ­QUENTE TRÈS PEU LE MI­LIEU DES JOUR­NA­LISTES CAR JE SUIS HU­MO­RISTE. JE NE DIS PAS QUE LES JOUR­NA­LISTES NE SONT PAS DRÔLES. DI­SONS QU’ILS LE SONT SOU­VENT À LEUR DÉ­PENS, MAIS ON N’EST PAS LÀ POUR PAR­LER DE BFM TV.

EV : Quel re­gard por­tez-vous sur le dé­ve­lop­pe­ment du végétarisme en France ?

GM : LES MEN­TA­LI­TÉS ÉVO­LUENT. LEN­TE­MENT MAIS ELLES ÉVO­LUENT TOUT DE MÊME. CHAN­GER LES HA­BI­TUDES, C’EST LONG. TANT MIEUX, LE CHAN­GE­MENT N’EN SE­RA QUE PLUS PÉ­RENNE. L’AN­TI-SPÉCISME FAIT SON CHE­MIN. ON EN­TEND TOU­JOURS « OUI, MAIS VOUS MET­TEZ LES HOMMES ET LES ANI­MAUX SUR LE MÊME PLAN! ». C’EST FAUX, PAR­FOIS L’ÊTRE HU­MAIN EST BIEN ENDESSOUS. PAR EXEMPLE, JE PRÉFÈRE UNE BLATTE HÉMIPLÉGIQUE À UN TO­RE­RO EN PLEINE SAN­TÉ.

EV : Par­fois dans les médias on lit des com­men­taires as­sez déso­bli­geants en­vers les vé­gé­ta­riens. Com­ment l’ex­pli­quez-vous ?

GM : PAR LA CULPA­BI­LI­TÉ, PAR­FOIS IN­CONS­CIENTE, RES­SEN­TIE PAR L’AU­TEUR DE CES COM­MEN­TAIRES. SOU­VENT, LORSQUE TU DIS SIM­PLE­MENT À QUEL­QU’UN QUE TU ES VÉ­GÉ­TA­RIEN, TU AS L’IM­PRES­SION QUE LA PER­SONNE EN­TEND « ES­PÈCE DE TÊTE DE CUL, JE CONCHIE TA FA­MILLE SUR 200 GÉ­NÉ­RA­TIONS ». ALORS QUE CE N’EST PAS CE QUE TU AS DIT. PAR­FOIS C’EST CE QUE TU PENSES, MAIS SEULE­MENT QUAND TU PARLES AU PDG DE MON­SAN­TO.

EV : Cer­tains vé­gé­ta­riens prennent leur choix très au sé­rieux. Trou­vez-vous qu’il faut être ca­pable de gar­der un peu d’hu­mour ?

GM : BEAU­COUP DE GENS PRENNENT LEURS CHOIX ET LEURS OPI­NIONS TRÈS, DONC TROP, AU SÉ­RIEUX. JE PENSE QU’IL NE FAUT JA­MAIS OU­BLIER QUE L’HU­MOUR C’EST TOU­JOURS RE­LA­TIF ET QUE ÇA PEUT ÊTRE PER­ÇU DIF­FÉ­REM­MENT SE­LON À QUI ON S’ADRESSE. PAR EXEMPLE, SI ON TRAITE UN CRS DE BLAI­REAU, LES BLAI­REAUX AU­RONT DES RAI­SONS DE SE PLAINDRE.

EV : On an­nonce l’ou­ver­ture d’un site de ren­contre pour ve­gan. Un com­men­taire? GM : IL ME SEMBLE TOU­JOURS STU­PIDE DE CATÉGORISER LES IN­DI­VI­DUS EN FONC­TION DE LEURS RE­LI­GIONS, COU­TUMES, PRA­TIQUES ALI­MEN­TAIRES... EN LA MA­TIÈRE, JE PENSE QUE « L’AMOUR EST EN­FANT DE BO­HÈME, IL N’A JA­MAIS JA­MAIS CONNU DE LOI » (DANS LA VER­SION CAR­MEN, PAS DANS LA VER­SION DSK).

EV : Que pen­sez-vous de la conver­sion toute ré­cente au végétarisme de cer­taines sommités de la haute cui­sine fran­çaise, comme Alain Du­casse ou Joël Ro­bu­chon ?

GM : C’EST UNE BONNE NOU­VELLE, ÉVI­DEM­MENT! PRO­CHAINE ÉTAPE : QUE LA GAS­TRO­NO­MIE FRAN­ÇAISE S’OUVRE AU FÉ­MI­NISME. PARCE QU’ON VIT DANS UNE SO­CIÉ­TÉ QUI CONSI­DÈRE QUE LES FEMMES ONT LEUR PLACE EN CUI­SINE MAIS UNI­QUE­MENT À LA MAI­SON. EN RE­VANCHE, DÈS QU’IL S’AGIT DE FAIRE LE KÉ­KÉ ET DON­NER DANS LE PRES­TIGE, ON NE TROUVE QUA­SI QUE DES HOMMES COMME MAÎTRES (BIEN NOM­MÉS) QUEUES.

EV : Être vé­gé­ta­rien au quo­ti­dien, est-ce fa­cile pour vous?

GM : OUI, SAUF QUAND LES GENS TE DISENT « OUI MAIS VOUS MAN­GEZ DU POIS­SON N’EST-CE PAS ? ». FORCE EST DE CONSTA­TER QUE L’ES­PÈCE AU­TO­PRO­CLA­MÉE LA PLUS ÉVO­LUÉE DE LA BIO­SPHÈRE A TOU­JOURS DU MAL À PER­CE­VOIR LA DIF­FÉ­RENCE ENTRE UN RA­DIS ET UN MÉ­ROU. ALORS QU’IL Y EN A AU­TANT QU’ENTRE UN SÉ­NA­TEUR ET L’UTI­LI­TÉ SO­CIALE.

EV : Avez-vous des ma­ga­sins, des épi­ce­ries ou des res­tau­rants où vous ai­mez vous rendre?

GM : J’AIME ME RENDRE DANS LES BUF­FA­LO GRILL POUR VO­MIR SUR LES PLATS QU’ILS PRÉ­PARENT EN CUI­SINE. J’AI AR­RÊ­TÉ PARCE QUE JE ME SUIS REN­DU COMPTE QUE ÇA LES REN­DAIT MEILLEURS.

EV : Les re­pas vé­gé­ta­riens à la can­tine et au res­tau U sont-ils pour bien­tôt?

GM : SOUS LA PRES­SION DES CONSOM­MA­TEURS, INEXO­RA­BLE­MENT. SI LES GENS MAN­GEAIENT DES CLOUS, LE CA­PI­TA­LISME, DANS TOUTE SON AMORALITÉ, S’ADAPTERAIT DANS LA MI­NUTE. IL Y AU­RAIT DES CLOUS DE DIF­FÉ­RENTES SA­VEURS, COU­LEURS, TEX­TURES. LA PREUVE, LE MAR­CHÉ S’EST BIEN ADAP­TÉ AU FAIT QUE LES GENS NE RECHIGNENT PAS À MAN­GER DE LA MERDE.

EV : Di­riez-vous que man­ger vé­gé­ta­rien est une joie ?

GM : JE DI­RAIS QUE VIVRE EST UNE JOIE. DE MÊME QUE MOU­RIR, C’EST UN PEU NUL. OUI, JE PRÉ­PARE LE CONCOURS DE MISS FRANCE (QUI EST D’AILLEURS UNE AUTRE MA­NIÈRE DE CONSI­DÉ­RER UN ÊTRE VI­VANT UNI­QUE­MENT COMME DE LA VIANDE).

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