Re­vue de livre - l’or rouge

Une en­quête de longue ha­leine nous ra­conte l’in­croyable sa­ga de la to­mate in­dus­trielle : des champs chi­nois aux in­dus­triels na­po­li­tains, jus­qu’aux li­néaires de la grande dis­tri­bu­tion et aux étals des mar­chés afri­cains. Quand le pire de la mon­dia­li­sa­tion

Esprit Veggie - - Sommaire - PAR MAX PARINY

En­quête sur la to­mate in­dus­trielle

L’en­quête me­née pen­dant deux ans par Jean-Bap­tiste ma­let est exem­plaire à plus d’un titre. DES PLAINES ÉCRA­SÉES DE SO­LEIL DU XINJIANG AUX USINES DE TRANS­FOR­MA­TION DU SUD DE L’ITA­LIE ; DES CULTURES INTENSIVES ET TO­TA­LE­MENT MÉCANISÉES DE LA CA­LI­FOR­NIE DU SUD AUX ÉTALS DES MAR­CHÉS AFRI­CAINS, OÙ LE CONCEN­TRÉ DE TO­MATE EST PAR­FOIS VEN­DU À LA CUILLÈRE, CE JOUR­NA­LISTE NOUS RA­CONTE PAR LE DÉ­TAIL LE PHÉ­NO­MÈNE DE LA MON­DIA­LI­SA­TION DE L’ÉCO­NO­MIE. MAIS DANS SON LIVRE POINT D’EN­VO­LÉES OU DE PLAIDOIRIES GÉNÉRIQUES POUR OU CONTRE LA MON­DIA­LI­SA­TION. DANS LA MEILLEURE TRA­DI­TION DU JOUR­NA­LISME D’IN­VES­TI­GA­TION, L’AU­TEUR A FAIT PLU­SIEURS FOIS LE TOUR DE LA PLA­NÈTE ET S’EST REN­DU DANS TOUS LES HAUTS LIEUX QUI STRUCTURENT LE BUSINESS MONDIALISÉ DE LA TO­MATE D’IN­DUS­TRIE : L’OUEST DE LA CHINE, LE SUD DE L’ITA­LIE ET LES VAL­LÉES AGRI­COLES DE LA CA­LI­FOR­NIE DU SUD. SON LIVRE NE S’EN TIENT QU’AUX FAITS ET REGOR-GE DE DATES, DE LIEUX, DE NOMS, DE CHIFFRES. ET CES CHIFFRES SONT POUR LE MOINS IM­PRES­SION­NANTS. en moins de 20 ans, la Chine s’est im­po­sée comme l’ac­teur do­mi­nant dans la pro­duc­tion de la to­mate D’IN­DUS­TRIE ET DE SON PRIN­CI­PAL PRO­DUIT : LE CONCEN­TRÉ DE TO­MATE. SCELLÉES DANS DES BA­RILS DE LA MÊME TAILLE QUE CEUX DE PÉ­TROLE, PUIS EN­TAS­SÉES PAR MIL­LIERS DANS DES CONTAI­NERS, DES QUAN­TI­TÉS PHÉNOMÉNALES DE CONCEN­TRÉ DE TO­MATE DE QUA­LI­TÉ TRÈS VA­RIABLE ET À LA TRA­ÇA­BI­LI­TÉ PLUS QU’ALÉA­TOIRE SONT ACHEMINÉES PAR BA­TEAU VERS L’EU­ROPE ET L’AFRIQUE, OÙ LE CONCEN­TRÉ EST MIS EN BOÎTE ET COMMERCIALISÉ.

mais pour­quoi ce pas de deux, de double mou­ve­ment? POUR­QUOI NE PAS CONDI­TION­NER DI­REC­TE­MENT LE CONCEN­TRÉ EN CHINE, LÀ OÙ IL EST PRO­DUIT? POUR LA SIMPLE ET BONNE RAI­SON QUE LA LÉ­GIS­LA­TION COM­MER­CIALE DE L’UNION EU­RO­PÉENNE, SI TATILLONNE ET EXI­GEANTE DANS DE NOM­BREUX AUTRES DO­MAINES, AUTORISE À APPOSER LA QUA­LI­FI­CA­TION DE MADE IN FRANCE OU MADE IN ITALY À DU CONCEN­TRÉ 100% CHI­NOIS, À CONDI­TION QUE LA MISE EN BOÎTE SOIT EF­FEC­TUÉE SUR LE SOL EU­RO­PÉEN. AIN­SI, VOUS POU­VEZ EN TOUTE BONNE FOI ACHE­TER UNE BOÎTE DE SAUCE TO­MATE « PRO­VEN­ÇALE » DE LA MARQUE LE CA­BA­NON QUI NE CONTIENT QUE DU PRO­DUIT CHI­NOIS (CF. LES EX­TRAITS DANS L’EN­CA­DRÉ CI-CONTRE).

Ven­du dans le monde en­tier, ET TRÈS CONSOM­MÉ DANS LES PAYS ÉMER­GENTS, LE CONCEN­TRÉ DE TO­MATE FAIT DÉ­SOR­MAIS L’OB­JET D’UNE GUERRE DES PRIX IM­PI­TOYABLE, QUI N’EST PAS SANS RAP­PE­LER CELLE DU TEX­TILE QUI A LAMINÉ LES IN­DUS­TRIES EU­RO­PÉENNES IL Y A UNE VING­TAINE D’AN­NÉES. LA RÉ­DUC­TION DES COÛTS DE PRO­DUC­TION PER­MET DE BAIS­SER UL­TÉ­RIEU­RE­MENT LES PRIX D’UN PRO­DUIT QUI EST DÉ­JÀ PAR­MI LES PLUS ABOR­DABLES ET DE GA­GNER DES PARTS DANS UN MAR­CHÉ TO­TA­LE­MENT MONDIALISÉ. COM­MENT RÉ­DUIRE LES COÛTS DE PRO­DUC­TION? J.-B. MA­LET A OB­SER­VÉ DE SES PROPRES YEUX, EN PRE­NANT PAR­FOIS DES RISQUES PER­SON­NELS, LES TROIS GRANDES SO­LU­TIONS MISES EN OEUVRE : LA MÉCANISATION DE LA PRO­DUC­TION (UNE SPÉ­CIA­LI­TÉ CALIFORNIENNE POUR L’INS­TANT) QUI PER­MET D’ABATTRE RADICALEMENT LES COÛTS EN MAIN D’OEUVRE ; L’EX­PLOI­TA­TION DES TRA­VAILLEURS

ven­du dans le monde en­tier, et très consom­mé dans les pays émer­gents, le concen­tré de to­mate fait dé­sor­mais

l’ob­jet d’une guerre des prix im­pi­toyable

QUI AS­SURENT LA RÉ­COLTE, PRA­TI­QUÉE SYS­TÉ­MA­TI­QUE­MENT DANS LE SUD DE L’ITA­LIE, OÙ UNE BONNE PAR­TIE DU MAR­CHÉ DU TRA­VAIL EST CONTRÔ­LÉE PAR LE CRIME OR­GA­NI­SÉ ; LA BAISSE DE LA QUA­LI­TÉ DU CONCEN­TRÉ (SPÉ­CIA­LI­TÉ CHI­NOISE) QUI EST « COU­PÉ » AVEC DES ADDITIFS EN­CORE MOINS CHERS QUE LA TO­MATE, COMME DE LA POUDRE DE CA­ROTTES, DES FIBRES DE SO­JA, DE L’AMIDON OU DES CO­LO­RANTS. AIN­SI ON PEUT TROU­VER, NO­TAM­MENT SUR LES ÉTALS DES MAR­CHÉS AFRI­CAINS, DES BOÎTES DE CONCEN­TRÉ DE TO­MATE NE CONTE­NANT QUE 50% DE TO­MATE! EN­CORE UNE FOIS, CETTE PRA­TIQUE EST PAR­FAI­TE­MENT LÉ­GALE, SI LE POUR­CEN­TAGE DE CONCEN­TRÉ EST IN­DI­QUÉ SUR LA BOÎTE.

L’au­teur de cette en­quête n’a pas mé­na­gé sa peine et a ar­pen­té la pla­nète SUR LES TRACES DU BUSINESS MON­DIAL DU CONCEN­TRÉ DE TO­MATE. ON PEUT TOUT DE MÊME LUI RE­PRO­CHER DE NE PAS AVOIR POUS­SÉ SES PÉRÉGRINATIONS JUS­QU’À BRUXELLES, AU SIÈGE DE L’UNION EU­RO­PÉENNE, POUR ES­SAYER DE COM­PRENDRE POUR­QUOI UNE LÉ­GIS­LA­TION SI LAXISTE PER­MET DE JOUER AVEC LA VÉRITÉ ET DE FAUSSER LE JEU DE LA CONCUR­RENCE EN PRO­PO­SANT AUX CONSOM­MA­TEURS DU CONCEN­TRÉ CHI­NOIS « MADE IN PRO­VENCE ».

On re­ferme le livre de Jean-Bap­tiste ma­let en cher­chant à com­prendre QUI SONT LES GA­GNANTS DE CET IM­MENSE PUZZLE PLA­NÉ­TAIRE. CER­TAI­NE­MENT PAS LA MAIN D’OEUVRE CHI­NOISE OU ITALIENNE, SOUS-PAYÉE ET EXPLOITÉE DANS DES CONDI­TIONS PROCHES DE L’ES­CLA­VAGE. CER­TAI­NE­MENT PAS NON PLUS LES CONSOM­MA­TEURS, AUX­QUELS ON VEND DES CONCEN­TRÉS EN LES TROMPANT EN TOUTE LÉ­GA­LI­TÉ SUR L’ORI­GINE RÉELLE DU PRO­DUIT. SEULS QUELQUES GRANDS IN­DUS­TRIELS ET TRANS­FOR­MA­TEURS SEMBLENT PRO­FI­TER PLEI­NE­MENT DU TRA­FIC DE CETTE NOU­VELLE MAR­CHAN­DISE MONDIALISÉE QUE L’ON A FORT OPPORTUNÉMENT AP­PE­LÉE L’OR ROUGE.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.