Ren­contre - LA PRÉ­SI­DENTE DE L’AVF SANS FAUX-SEMBLANTS

Dé­ter­mi­née et confiante, la jeune pré­si­dente de l’As­so­cia­tion Vé­gé­ta­rienne de France, ÉLODIE VIEILLE BLAN­CHARD, s’est vo­lon­tiers prê­tée à nos ques­tions sur le de­ve­nir du vé­gé­ta­risme. En­tre­tien sans faux-semblants.

Esprit Veggie - - Sommaire - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR VIR­GI­NIE MONLUC

es­prit Veg­gie : pou­vez-vous nous pré­sen­ter l’aVF? élodie Vieille Blan­chard : L’AVF EXISTE DE­PUIS 22 ANS ET SE PROFESSIONNALISE DE­PUIS PEU. L’AS­SO­CIA­TION AC­COM­PAGNE LES PER­SONNES SUR LES AXES DE LA NU­TRI­TION, DE LA CUI­SINE. VOU­LOIR CHAN­GER D’ALI­MEN­TA­TION, C’EST BIEN, Y PAR­VE­NIR EST PLUS COM­PLI­QUÉ. IL Y A BEAU­COUP D’OBS­TACLES. LES DIS­COURS SUR LA NU­TRI­TION SONT ARCHAÏQUES, DÉCOURAGEANTS, ET NE SONT PAS OU­VERTS AUX MODES DE VIE VÉ­GÉ­TA­RIEN ET VE­GAN. L’AVF AIDE CEUX QUI LE SOU­HAITENT, SOU­TIENT LES EN­TRE­PRISES, LES CANTINES DANS LA MISE EN PLACE DE ME­NUS VÉ­GÉ­TA­RIENS ET TRA­VAILLE AVEC LE SEC­TEUR AGROA­LI­MEN­TAIRE, NO­TAM­MENT DANS LE CADRE D’UNE AC­TI­VI­TÉ DE LA­BEL­LI­SA­TION. eV : avez-vous un par­te­na­riat avec la très mé­dia­tique as­so­cia­tion L214? éVB : ON TRA­VAILLE AVEC EUX SUR LE TER­RAIN DANS CER­TAINES RÉ­GIONS, MAIS NOUS AVONS DES STRA­TÉ­GIES DIF­FÉ­RENTES. ILS SONT PLU­TÔT DANS LES IMAGES-CHOCS, LE « POUR­QUOI » ET NOUS SOMMES DANS LE « COM­MENT ». NOUS AVONS UN PAR­TAGE DES TÂCHES, ON AP­PRÉ­CIE LEUR TRA­VAIL, NOUS SOMMES COM­PLÉ­MEN­TAIRES. eV : Vous ne ver­sez pas dans le sen­sa­tion­nel, quelles sont vos mé­thodes ? éVB : AS­SO­CIA­TION DE TER­RAIN, AVEC DES DÉ­LÉ­GA­TIONS, DES GROUPES DANS NOMBRE DE VILLES, NOUS APPORTONS UN SOU­TIEN AU QUO­TI­DIEN, DE LA CONVI­VIA­LI­TÉ. NOTRE SITE IN­TER­NET EST BIEN CONNU DES VÉ­GÉ­TA­RIENS. POUR LES IN­FOR­MA­TIONS SUR LA NU­TRI­TION, NOUS AVONS UNE COM­MIS­SION « NU­TRI­TION SAN­TÉ » COM­PO­SÉE DE MÉ­DE­CINS. NOUS FAI­SONS UN TRA­VAIL DE DO­CU­MEN­TA­TION, D’AC­COM­PA­GNE­MENT. LORS DE LA COP 21, NOUS AVONS GA­GNÉ LE CON­COURS My po­si­tive im­pact OR­GA­NI­SÉ PAR LA FON­DA­TION N. HU­LOT, AVEC UN PRO­JET QUI PER­MET DE LUT­TER CONTRE LE DÉRÈGLEMENT CLI­MA­TIQUE GRÂCE AU VÉ­GÉ­TA­RISME.

« Chan­ger les idées et les com­por­te­ments ce n’est pas la même chose, il faut du temps pour que le chan­ge­ment s’ins­talle »

eV : em­ma­nuel ma­cron a choi­si ni­co­las Hu­lot, comme mi­nistre d’état de la tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire, ce­la vous rend-il op­ti­miste? éVB : LORS DE LA RE­MISE DE NOTRE PRIX EN 2015, NOUS AVONS IN­TER­PEL­LÉ N. HU­LOT SUR LA QUES­TION DE LA TRAN­SI­TION VERS UN MONDE PLUS VÉ­GÉ­TA­RIEN. IL Y AVAIT, À NOS CÔ­TÉS, DES ÉLE­VEURS QUI AVAIENT PRÉ­SEN­TÉ DES PRO­JETS D’ÉLE­VAGE POUR RÉ­DUIRE LES GAZ À EF­FET DE SERRE. N. HU­LOT A EU DES PRISES DE PO­SI­TION DI­VERSES ET CONTRADICTOIRES, SUR SA VO­LON­TÉ OU NON-VO­LON­TÉ D’AL­LER VERS LE VÉ­GÉ­TA­RISME. VI­SI­BLE­MENT, IL NE SOU­HAITE PAS SE PO­SI­TION­NER ENTRE LES VÉ­GÉ­TA­RIENS ET LES ÉLE­VEURS, LE NU­CLÉAIRE ET LES ÉNER­GIES RE­NOU­VE­LABLES. IL ADOPTE EN PER­MA­NENCE UNE POS­TURE DE SYN­THÈSE ENTRE LES AC­TEURS. J’ES­PÈRE QU’IL AI­DE­RA À PRO­MOU­VOIR LE MODE DE VIE VÉ­GÉ­TA­RIEN, À LUI FAIRE PLUS DE PLACE, ON L’ES­PÈRE PLUS OF­FEN­SIF...

eV : On parle de plus en plus de vé­gé­ta­risme, du vé­ga­nisme, avez-vous l’im­pres­sion que les choses avancent ou que c’est juste une mode? éVB : LE DÉ­CA­LAGE ENTRE LE POUR­CEN­TAGE DE GENS QUI SE DÉ­CLARENT VÉ­GÉ­TA­RIENS ET CEUX QUI LE SONT VRAI­MENT A TOU­JOURS EXIS­TÉ. QUAND DANS UNE PO­PU­LA­TION 8% SE DÉ­CLARENT VÉ­GÉ­TA­RIENS, SEULS 2 OU 3% LE SONT. CE­PEN­DANT LES PER­SONNES QUI SE RE­VEN­DIQUENT COMME TEL ET QUI NE LE SONT PAS, ONT CHAN­GÉ LEUR CONSOM­MA­TION, ONT UNE IMAGE PO­SI­TIVE DU VÉ­GÉ­TA­RISME. AC­TUEL­LE­MENT UNE FRAC­TION SI­GNI­FI­CA­TIVE DE LA PO­PU­LA­TION SOU­HAITE DE­VE­NIR VÉ­GÉ­TA­RIENNE, UNE FRAC­TION EN­CORE PLUS SI­GNI­FI­CA­TIVE A RÉ­DUIT SA CONSOM­MA­TION DE PRO­DUITS ANI­MAUX, ON PEUT DONC PAR­LER D’UNE TEN­DANCE DE FOND. DES GROUPES ALI­MEN­TAIRES DÉ­VE­LOPPENT DES GAMMES VÉGÉTARIENNES ET VÉ­GANES, ILS VEULENT ÊTRE LA­BEL­LI­SÉS. CE N’EST PAS PAR MODE OU HUMANISME, MAIS PARCE QU’IL Y A UNE VRAIE DE­MANDE, C’EST UN SI­GNAL FORT, LES CHOSES BOUGENT EN­FIN! CHAN­GER LES IDÉES ET LES COM­POR­TE­MENTS CE N’EST PAS LA MÊME CHOSE, IL FAUT DU TEMPS POUR QUE LE CHAN­GE­MENT S’INS­TALLE.

eV : pour­quoi de­vient-on vé­gé­ta­rien en 2017 ? éVB : LES GENS DE­VIENNENT VÉ­GÉ­TA­RIENS PAR RE­FUS DE PAR­TI­CI­PER À L’EX­PLOI­TA­TION DES ANI­MAUX, PUIS POUR DES CONSI­DÉ­RA­TIONS ÉCO­LO­GISTES, PUIS VIENNENT DES PRÉ­OC­CU­PA­TIONS DE SAN­TÉ. LES DEUX DER­NIÈRES RAI­SONS CONTRI­BUENT SUR­TOUT À UNE RÉ­DUC­TION DE LA CONSOM­MA­TION DE VIANDE.

eV : Où se si­tue la France par rap­port aux autres pays eu­ro­péens? éVB : LA FRANCE EST TRÈS À LA TRAÎNE, 3% DE VÉ­GÉ­TA­RIENS, C’EST TRÈS IN­FÉ­RIEUR AU ROYAU­MEU­NI (13%), À L’AL­LE­MAGNE (10%), MAIS LES CHOSES BOUGENT. L’OFFRE ÉVO­LUE TRÈS VITE DANS LES GRANDES VILLES OÙ NOMBRE DE LIEUX VÉ­GÉ­TA­RIENS ET VÉ­GANES AP­PA­RAISSENT, SIGNE D’UNE SO­CIÉ­TÉ EN MOU­VE­MENT.

eV : Quel mes­sage aimeriez-vous faire pas­ser pour que la pla­nète aille mieux? éVB : POUR NOUS LE CHAN­GE­MENT EST POS­SIBLE. DE­VE­NIR VÉ­GÉ­TA­RIEN OU VÉGANE N’EST PAS UN PAR­COURS SE­MÉ D’EM­BÛCHES, C’EST BÉ­NÉ­FIQUE ET AGRÉABLE. ON A TOUT À GA­GNER À CHAN­GER SES HA­BI­TUDES ALI­MEN­TAIRES. EN AL­LANT VERS UNE ALI­MEN­TA­TION PLUS VÉ­GÉ­TALE, ON GAGNE EN SAN­TÉ, EN PLAI­SIR, EN DÉ­COU­VRANT DE NOU­VELLES SA­VEURS. ON SE SENT BIEN, CAR ON CHOI­SIT UN MODE DE VIE RES­PEC­TUEUX ET ÉTHIQUE, IL NE FAUT PAS EN AVOIR PEUR, AU CONTRAIRE C’EST TRÈS ENTHOUSIASMANT !

EV : Vous êtes une scien­ti­fique de haut ni­veau, com­ment de­vient-on pré­si­dente de l’aVF? éVB : PRÉ­OC­CU­PÉE PAR L’ÉCO­LO­GIE DE­PUIS LONG­TEMPS, TOU­CHÉE PAR LES DIS­COURS DES LAN­CEURS D’ALERTES DES AN­NÉES 70, EN­GA­GÉE DANS LE MI­LIEU AS­SO­CIA­TIF ET UN PAR­TI PO­LI­TIQUE, J’AI RÉ­DI­GÉ UNE THÈSE SUR L’HIS­TOIRE DES SCIENCES AU­TOUR DE LA CROIS­SANCE ET DE LA DÉCROISSANCE. CES EN­GA­GE­MENTS NE DÉBOUCHAIENT PAS SUR UNE AC­TION POR­TEUSE D’ES­POIR. J’ÉTAIS VÉ­GÉ­TA­RIENNE, JE SUIS DE­VE­NUE VÉGANE ET J’AI VOU­LU M’EN­GA­GER POUR LE VÉ­GA­NISME QUI EST, SE­LON MOI, UN CHAN­GE­MENT POS­SIBLE, QUI PEUT AD­VE­NIR À L’ÉCHELLE D’UNE SO­CIÉ­TÉ. JE NE SUIS PAS OP­TI­MISTE POUR TOUT, MAIS SUR CE PLAN-LÀ JE PENSE QUE L’ON PEUT AC­CÉ­LÉ­RER LA TRAN­SI­TION ET J’AI DÉ­CI­DÉ DE M’EN­GA­GER. ADHÉ­RENTE DE L’AVF DE­PUIS 2003, JE SUIS DE­VE­NUE BÉ­NÉ­VOLE, JE SUIS REN­TRÉE AU CA EN 2013, L’AS­SO­CIA­TION TRA­VER­SAIT UNE CRISE, JE ME SUIS RE­TROU­VÉE PRÉ­SI­DENTE SUITE À LA DÉ­MIS­SION DE MA PRÉDÉCESSEUSE.

eV : Quel est le livre que vous re­com­man­de­riez aux per­sonnes qui hé­sitent en­core à évo­luer vers le vé­gé­ta­risme ? éVB : IL EXISTE BEAU­COUP D’OU­VRAGES DE QUA­LI­TÉ. MAR­TIN PAGE, RO­MAN­CIER, A RÉ­CEM­MENT PU­BLIÉ UN ES­SAI SUR SA TRAN­SI­TION VERS LE VÉ­GA­NISME, Les ani­maux ne sont pas

co­mes­tibles. CE N’EST PAS UN TRAI­TÉ OU QUELQUE CHOSE D’ACA­DÉ­MIQUE, L’AU­TEUR PARLE À LA PRE­MIÈRE PER­SONNE, EX­PLIQUE COM­MENT IL A CHAN­GÉ DE MODE DE VIE. C’EST RAS­SU­RANT D’AVOIR QUEL­QU’UN QUI VOUS PREND PAR LA MAIN. JE SUIS PLUS CONVAIN­CUE PAR CE GENRE D’OU­VRAGE, QUE PAR DES OPUS AVEC DES CHIFFRES. LE VÉ­GÉ­TA­RISME C’EST UNE AVEN­TURE PER­SON­NELLE.

©ALICEDAGUZÉ

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