ROUTES DE RÊVE

Hen­ry Catch­pole s’est une nou­velle fois en­dor­mi. Il a rê­vé d’ita­lie.

EVO (France) - - Evo Et Vous Sommaire - Par HEN­RY CATCH­POLE ET PA­TRICK GAR­CIA

Le vi­sage bai­gné par une tiède lu­mière de fin d’après-mi­di au prin­temps en Ita­lie. Vous ve­nez de ter­mi­ner un re­pas à base de pâtes fraîches comme seuls les Ita­liens savent le faire. Alors que vous vous aban­don­nez sur une chaise longue po­sée sur la ter­rasse pour ad­mi­rer les col­lines à perte de vue sur­mon­tées pour la plu­part de tours qui se dé­tachent sur le ciel d’un bleu pur, vos yeux se ferment pour en­ta­mer une pe­tite sieste…

Lorsque vous ou­vrez les yeux, vous vous sen­tez tou­jours aus­si fa­ti­gué, comme si vous étiez de­bout de­puis l’aube. Vous vous sur­pre­nez à ob­ser­ver un vi­sage dans un pe­tit mi­roir cir­cu­laire. Un vi­sage qui semble être le vôtre… mais qui a la cou­leur de ce­lui d’un pan­da! Votre main passe sur votre joue et laisse une trace d’huile et de crasse. Une forte odeur d’es­sence à proxi­mi­té vous fait fré­mir les na­rines, vous re­gar­dez au­tour de vous et aper­ce­vez des gouttes d’es­sence gi­cler sur la car­ros­se­rie rouge au mo­ment où un mé­ca­ni­cien ra­bat vio­lem­ment le bou­chon du ré­ser­voir. Vous réa­li­sez alors que tout le monde vous re­garde fixe­ment et que le mé­ca­ni­cien hurle et re­mue ses bras éner­gi­que­ment.

Ins­tinc­ti­ve­ment, vous dé­mar­rez le mo­teur, at­tra­pez la boule mé­tal­lique au bout du le­vier pour l’en­ga­ger en haut à gauche de la grille sur le pre­mier rap­port. L’adré­na­line qui ir­rigue vos muscles vous pousse à mettre trop de gaz, ce qui al­lume tout de suite les pneus ar­rière qui vous pro­pulsent tout de même sur les pa­vés. Le gron­de­ment ré­sonne entre les grands bâ­ti­ments, le son du V12 em­plit les rues puis vous pas­sez de­vant une sta­tue et re­con­nais­sez la place de la veille. Vous êtes dans Flo­rence!

Per­sonne n’est as­sis à vos cô­tés mais quelque chose en vous sait où vous de­vez vous di­ri­ger. Vous dé­pas­sez une pe­tite au­to por­tant le nu­mé­ro 116 sur son flanc. Les bâ­ti­ments se ra­ré­fient et laissent place à de beaux pay­sages, la route com­mence à s’éle­ver vers le re­dou­table Col de Fu­ta. Vous at­ta­quez là comme un ha­bi­tué, avec une vi­tesse et un en­ga­ge­ment qui de­vraient pour­tant vous ef­frayer.

Le com­por­te­ment de l’au­to est do­mi­né par son mo­teur si­tué à l’avant et alors que la poupe glisse dans un vi­rage vous réa­li­sez que vous contrô­lez l’es­sieu De Dion ar­rière avec la pé­dale du mi­lieu. Une épingle ap­proche et votre pied se dé­place sur la droite pour frei­ner tout en pres­sant la pé­dale cen­trale pour conser­ver du gaz et des­cendre deux vi­tesses. Cette dis­po­si­tion pour­rait être trou­blante mais, alors que la puis­sance du vent aug­mente et que le gé­mis­se­ment de la trans­mis­sion s’in­ten­si­fie ce­la vous semble éton­nam­ment na­tu­rel. Alors que le ton­nerre passe de­vant lui, un jeune spec­ta­teur as­sis sur un mur de pierres crie “Fer­ra­ri” avec en­thou­siasme. L’au­to dé­colle lé­gè­re­ment sur une bosse.

Vous avez l’im­pres­sion d’être sur vos terres alors que vous fon­cez vers Bo­logne à plus de 270 km/h sur cette por­tion rec­ti­ligne et plane. Vous gui­dez l’au­to pour une halte ra­pide en pleine ville, la pen­dule vous in­dique que vous avez quit­té Flo­rence il y a moins d’une heure. Les muscles re­lâ­chés pour quelques mi­nutes, vos bras res­tent dou­lou­reux à force de tra­vailler le grand vo­lant de bois. La ligne d’ar­ri­vée des Migle Millia si­tuée à Bres­cia n’est plus très loin main­te­nant.

Un mé­ca­ni­cien ac­court avec une bou­teille d’eau et du ca­fé. « Ac­qua ? Caf­fè ? » de­mande-t-il. Mais éton­nam­ment, au­cune ur­gence dans sa voix. Vous ou­vrez les yeux. « Si­gnore ? Oh, scu­sa, je n’avais pas vu que vous dor­miez », mur­mure le ser­veur, pe­naud. Ce n’était qu’un rêve…

VOUS AT­TA­QUEZ ICI COMME UN HA­BI­TUÉ, AVEC UNE VI­TESSE ET UN EN­GA­GE­MENT EFFRAYANTS

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