LA FACE CA­CHÉE DE LA LUNE

GP Racing - - Lachroniquedemichaelscott -

Le so­leil et la lune... Les mo­tifs du jour et de la nuit sur le casque de Rossi sont connus de tous. Et le cô­té sombre, il nous l’a mon­tré en re­mer­ciant son chef mé­ca­ni­cien, Jer­ry Bur­gess. Tou­te­fois, on pour­ra re­con­naître à Va­len­ti­no une cer­taine dé­li­ca­tesse, lors­qu’on l’a vu af­fi cher un air hon­teux, la nouvelle ayant fi ltré de son en­tou­rage, avant même qu’il n’ait eu le temps d’aver­tir l’in­té­res­sé. Lui, son com­plice de tou­jours, ce­lui qui l’avait me­né sept fois au titre de cham­pion du monde, après en avoir fait de même à cinq re­prises avec Mick Doo­han, et une fois aux cô­tés de Wayne Gard­ner avant lui. Un geste aus­si élé­gant que d’aban­don­ner sa grand- mère sur une aire d’au­to­route, en somme... C’est en tout cas comme ça que tout le monde l’a pris. Bur­gess est une fi gure res­pec­tée, la plus éta­blie des ins­ti­tu­tions sur la voie des stands, à la réus­site in­éga­lée. Une icône, si vous pré­fé­rez. Et quand on pra­tique l’ico­no­clasme, il n’existe que deux ma­nières d’ap­pré­hen­der la chose. La plu­part choi­sit la plus évi­dente. Pré­tex­tant qu’il s’agis­sait là d’un acte déses­pé­ré, d’un dé­lire per­son­nel, l’évic­tion d’un homme qui se noie. Im­pos­sible d’ac­cu­ser la mo­to – vu les ré­sul­tats que Jorge en ob­tient. Im­pos­sible d’ac­cu­ser le pi­lote. S’il avait, ne se­rait- ce qu’une seule fois dou­té de lui- même, Rossi ne se­rait pas Rossi. Ça ne peut donc qu’être la faute de la grand- mère. Il fal­lait s’en sé­pa­rer. Pour réa­li­ser de meilleurs chro­nos. Der­rière son sou­rire tou­jours char­mant, son at­ti­tude dé­con­trac­tée, le no­nuple cham­pion du monde s’est mon­tré aus­si im­pi­toyable que sur la piste. « Dans les jour­naux, on parle souv ent, dit Bur­gess, de ces spor­tifs qui changent de coach ou de per­sonnes proches en fi n de car­rière. » On lui a de­man­dé com­bien de fois cette mé­thode avait payé. Une ques­tion res­tée sans ré­ponse. Rossi a tou­jours été bon lors­qu’il s’agis­sait de prou­ver que quel­qu’un avait tort. Ce qu’il a fait cette an­née en­core. Mal­heu­reu­se­ment, ce sont les op­ti­mistes qu’il a dé­çus, en ne dé­cro­chant qu’une qua­trième place fi nale au clas­se­ment gé­né­ral et en de­vant bien sou­vent se battre pour la gar­der. En gé­né­ral, ce sont les ra­bat- joie qui trinquent. La ma­noeuvre du géant Hon­da pour vaincre Ya­ma­ha, l’out­si­der, fi n 2003, étant un bon exemple ( pour Bur­gess, au­tant que pour Rossi, Hon­da les ayant em­pê­ché de mon­ter sur la Yam’ avant le dé­but d’an­née). Un évé­ne­ment vieux de 10 ans dé­jà... Et il y a 10 ans, Mar­quez en avait 11... Ce­la dit, une fois la « tra­hi­son » de Rossi di­gé­rée, quelques élé­ments de son his­toire nous amènent à at­té­nuer ce ju­ge­ment un peu abrupt. De­puis sa jambe cas­sée en 2010, il n’a pas eu la tâche fa­cile. Ce cham­pion­nat est donc re­ve­nu à son co­équi­pier Lo­ren­zo. Le coup de grâce. « C’est lui ou c’est moi » , avait- il dit à Ya­ma­ha. C’était lui. Per­sonne ne pou­vait pré­voir le dé­sastre chez Du­ca­ti. En­core moins Rossi et son bras droit Bur­gess, qui, comme on s’en sou­vient tous, avait pré­dit qu’il n’au­rait be­soin que d’une courte pé­riode pour ré­gler les pro­blèmes hé­ri­tés d’un Sto­ner en­clin aux chutes. Ce der­nier est cer­tai­ne­ment re­ve­nu pour s’en prendre mé­cham­ment à ses che­villes. En étroite col­la­bo­ra­tion avec l’usine, l’en­tre­prise a connu un re­vi­re­ment qui au­ra du­ré deux ans. Ni Bur­gess, ni Rossi ne sont par­ve­nus à y chan­ger quoi que ce soit. La seule com­pen­sa­tion qu’ils aient pu trou­ver, c’est que la Du­ca­ti a conti­nué d’évo­luer dans la mau­vaise di­rec­tion après leur dé­part. On es­pé­rait beau­coup de son re­tour chez Ya­ma­ha, sur « ma Ya­ma­ha M1 » , mais il a re­trou­vé une mo­to qui avait sub­ti­le­ment chan­gé par rap­port à cet âge d’or où c’était l’usine tout en­tière qui gra­vi­tait au­tour de lui. Main­te­nant, elle cor­res­pond au pi­lo­tage plus lisse, moins agres­sif de Lo­ren­zo. Rossi, comme vous l’avez peut- être re­mar­qué, a un style plus of­fen­sif, et son frei­nage plus vi­ril l’a mis en dif­fi culté, no­tam­ment à cause de l’ar­ri­vée, la sai­son der­nière, d’un pneu avant plus tendre, ap­prou­vé par la ma­jo­ri­té des pi­lotes – ex­cep­tés les deux co­équi­piers du team of­fi ciel Hon­da en 2012, Sto­ner et Pe­dro­sa. En fait, Rossi a dé­cla­ré as­sez tar­di­ve­ment, qu’il était contre dès le dé­part, « mais de toute fa­çon, à ce mo­ment- là, on était dé­jà dans la m*** e » . Un avant trop mou et des en­trées en vi­rage com­pli­quées res­te­ront un pro­blème sur toute la sai­son. Ils ont tra­fi qué, bi­douillé, amé­lio­ré mais sans ja­mais rien ré­gler. Et pen­dant ce temps, c’est Lo­ren­zo qui dé­fi ait les Hon­da. C’est pro­ba­ble­ment les pneu­ma­tiques plus que n’im­porte quel autre chan­ge­ment de la mo­to qui a vrai­ment été pro­blé­ma­tique pour Va­len­ti­no, et ça ex­plique tout. Pen­dant ses jours de gloire, on lui four­nis­sait un pneu spé­ci­fi que au tra­cé de la course, pré­pa­ré pour lui le sa­me­di soir par Mi­che­lin et li­vré di­rec­te­ment sur le cir­cuit. Dix ans plus tard, les pneus sont les mêmes pour tous. Ce n’est plus le pneu qui s’adapte au pi­lote, mais le pi­lote qui doit s’adap­ter au pneu. L’adap­ta­tion, c’est la clé. Et c’est quelque chose qui de­vient plus dif­fi cile à faire, une fois la ving­taine pas­sée. Rossi au­ra 35 ans l’an­née pro­chaine, et il est bien pla­cé pour de­ve­nir un vieux no­table de la course. Peut- être pour­rait- il se re­con­ver­tir en pi­lote de dé­ve­lop­pe­ment pour une éven­tuelle Ya­ma­ha de course, cal­quée sur un mo­dèle de Hon­da RCV 1000 R. Ou en team ma­na­ger. Ou juste un am­bas­sa­deur, à l’oc­ca­sion. Comme ça, il pour­rait pro­mou­voir, main dans la main avec la Mo­toGP, son énorme opé­ra­tion de mer­chan­di­sing qui marche du feu de Dieu. On peut aus­si ima­gi­ner, à l’ins­tar de Da­vid Beck­ham, la si­gna­ture d’un contrat avec une marque de prêt- àpor­ter qui le fe­rait po­ser en sous- vê­te­ments. Le pro­blème, c’est que Rossi ne peut pas s’ar­rê­ter d’être un pi­lote. Ni de croire qu’il ne re­mon­te­ra pas sur la plus haute marche du po­dium. Bur­gess était un sa­cri­fi ce né­ces­saire pour pou­voir conti­nuer à y croire.

UN GESTE AUS­SI ÉLÉ­GANT QUE D’ABAN­DON­NER SA GRAND-MÈRE SUR UNE AIRE D’AU­TO­ROUTE

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