En piste pour les os­cars

Fox­cat­cher, le Film

GQ (France) - - Fait-Divers -

« Le meurtre de Dave a été un vrai drame. Ima­gi­nez: c’est comme si Ted­dy Riner se fai­sait tru­ci­der par un fou fu­rieux. Ouais, pa­reil ! » Quand Dave re­joint l’équipe, en 1988, Mark veut fuir Fox­cat­cher. « Du Pont a ga­gné beau­coup de cré­di­bi­li­té sur notre nom. J’ai sué sang et eau pour sa pu­tain d’équipe. J’étais à fond tout le temps. » Un jour, Mark tombe sur une vi­déo tour­née par John du Pont. « On le voyait face ca­mé­ra, ex­pli­quer à quel point il était un en­traî­neur d’ex­cep­tion et toutes ces conne­ries qu’il bla­bla­tait sans ar­rêt. À la fin de la cas­sette, il y a une pho­to de moi sur le po­dium. J’écoute l’hymne na­tio­nal, ma mé­daille d’or au­tour du cou. Puis, l’image se floute et je dis­pa­rais der­rière du Pont qui se fé­li­cite de ma vic­toire. C’était un poi­son ce mec, un ma­ni­pu­la­teur. Tout ça n’était qu’un jeu pour lui. Il s’amu­sait avec la vie des gens. »

Chasse aux fan­tômes et aux Mar­tiens Re­cru­té très jeune par le mil­liar­daire, le pentath­lète amé­ri­cain Mi­chael Gos­ti­gian ra­conte en 1996 au New York Times que « Dave était la per­sonne la plus proche de du Pont, mais il ne lui était pas sou­mis. Si John di­sait que quelque chose était en train de sor­tir du mur, Dave ré­pon­dait que non, que c’était un dé­lire. Du Pont le crai­gnait. » Au mi­lieu des an­nées 1980, du Pont avait épou­sé une jeune femme de 29 ans. L’af­faire a te­nu 90 jours. Elle jus­ti­fie­ra son divorce en ex­pli­quant que son ma­ri l’avait étran­glée, je­tée au feu et ten­té à plu­sieurs re­prises de l’éjec­ter de la voi­ture en marche. Avec les an­nées, l’al­cool et la drogue, sa fo­lie ne fait qu’em­pi­rer. Au dé­but des an­nées 1990, il se ba­lade en toge orange et clame à qui veut l’en­tendre qu’il est le Da­laï-la­ma des États-unis. Il dit que les arbres de sa pro­prié­té bougent la nuit et que les Mar­tiens lui laissent des mes­sages dans l’écu­rie. Il or­donne par­fois à ses ath­lètes de le suivre à la chasse aux fan­tômes, quand il ne les me­nace pas d’un flingue. Un jour, il vire trois ath­lètes noirs, sans rai­son. « Ça fai­sait par­tie de sa fo­lie, com­mente Ka­nam­ti So­lo­mon, l’un des ex­clus. Il croyait qu’il était en train de mou­rir et ne vou­lait plus voir de Noirs dans les pa­rages. » Le dé­lire dure des an­nées, jus­qu’au 26 jan­vier 1996. Ce jour-là, John du Pont de­mande à son garde du corps de l’ac­com­pa­gner chez les Schultz. Dave ha­bite une mai­son de Fox­cat­cher avec sa femme Nan­cy et leurs deux en­fants, Alexandre, 9 ans, et Da­nielle, 6 ans. Dave est en train d’ins­tal­ler une ra­dio dans sa voi­ture. «Sa­lut coach ! », lance-t-il en voyant la Lin­coln ra­len­tir. Du Pont baisse sa vitre, bran­dit un ca­libre 38 et lui tire une balle dans l’épaule. La se­conde lui tra­verse la poi­trine. Nan­cy ar­rive au mo­ment où son ma­ri s’ef­fondre dans

la neige, tou­ché au dos par un troi­sième tir. Il meurt quelques heures plus tard. Ses en­fants ont tout vu. John du Pont se bar­ri­cade alors dans la bi­blio­thèque de sa vil­la de 600 m2 trans­for­mée en abri an­ti­ato­mique. Il y a en­tre­po­sé suf­fi­sam­ment de nour­ri­ture pour te­nir un siège. Il tient deux jours. Les po­li­ciers sa­botent la chau­dière. Pié­gé par le froid, il est cueilli alors qu’il cherche à re­lan­cer le chauf­fage. Quelques jours avant Noël 2010, John du Pont est re­trou­vé mort dans sa cel­lule. Il avait 72 ans. « Il est mort en pri­son. Il ne de­vait pas fi­nir au­tre­ment », lâche froi­de­ment Mark Schultz, psy­cho­lo­gi­que­ment dé­truit par la mort de son frère. L’hor­loge tourne. Ce­la fait main­te­nant plus de deux heures qu’il parle dans sa belle che­mise grise. Il dé­voile des failles béantes, celles qu’il traîne de­puis des an­nées. « Tu sais, je crois que Dave n’a ja­mais ces­sé de me pro­té­ger, dit-il. Même par-de­là la mort, il a fait payer à du Pont ce qu’il a fait. » Il se re­prend : « Ce qu’il m’a fait. Rui­ner ma car­rière, m’en­traî­ner dans la dé­pres­sion… Ouais, je le vois comme ça au­jourd’hui. J’y ai beau­coup ré­flé­chi et, tu sais, on vit dans un monde de per­cep­tion. Dave me pro­tège en­core. C’est ma per­cep­tion. »

Chan­ning Ta­tum et Steve Ca­rell.

Réa­li­sé par Ben­nett miller, dé­jà au­teur des re­mar­qués ca­pote (2005) et Le Stra­tège (2011), fox­cat­cher pour­rait bien va­loir à ses in­ter­prètes de jo­lies sta­tuettes (ré­ponse le 22 fé­vrier 2015). Pré­sen­té en com­pé­ti­tion of­fi­cielle au der­nier Fes­ti­val de canne

Mark schultz joué Par Chan­ning ta­tum vient cou­ron­ner le par­cours hal­lu­ci­nant de ta­tum, ac­teur au phy­sique un brin bour­rin, pas­sé de Sexy Dance à Magic Mike. in­tense, ha­bi­té, ce­lui qui va avoir un os­car, c’est lui (pré­dic­tion

Dave schultz joué Par Mark ruf­fa­lo le lut­teur tra­gi­que­ment dis­pa­ru est in­car­né par ruf­fa­lo, ex­cellent ac­teur in­jus­te­ment mé­con­nu, mais vu no­tam­ment dans le ré­cent aven­gers (il y jouait hulk).

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