FAITES-VOUS PAR­TIE DU CLUB DES SUR­FEURS DU MÉ­TRO­PO­LI­TAIN ?

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GQ (France) - - Style Academie -

Les per­sonnes qui tou­jours se font sur­prendre par les ho­quets de la rame en pleine prise de vi­tesse nous rap­pellent celles qui sont les der­nières à se ma­ni­fes­ter quand, au res­tau­rant, le ser­veur de­mande à qui at­tri­buer les plats. Vous, en re­vanche, pieds pa­ral­lèles et pla­cés dans l’axe lon­gi­tu­di­nal du wa­gon, les cuisses im­per­cep­ti­ble­ment flé­chies, vous vous pas­sez de la barre d’ap­pui cen­trale. Trans­fé­rez votre poids sur le pied avant que le mé­tro freine, et sur l’ar­rière quand il re­dé­marre : vous au­rez l’air d’être de ceux qu’on ne prend ja­mais au dé­pour­vu et qu’on ap­pelle les win­ners.

Dé­sor­mais que votre vie est ren­due se­mi-pu­blique (sou­rires de vos en­fants et es­ca­pades do­mi­ni­cales, pay­sages de nos ré­gions, guir­landes de ha­sh­tags), on peut ne pas avoir à su­bir le spec­tacle de votre in­ti­mi­té dès lors qu’on est in­vi­té à pé­né­trer dans la vôtre. Les meubles ont des ti­roirs, uti­li­sez-les. Sous l’ef­fet de la gra­vi­té, il chute comme un petit vieux en pro­me­nade. Pen­sez à le his­ser par les pas­sants dès que vous vous le­vez de votre fau­teuil, et non une fois de­bout. S’il ve­nait à tom­ber, stop­pez sa chute en glis­sant la main dans une poche. Pen­sez à la place qu’oc­cupe la cein­ture dans votre exis­tence. De ma­nière gé­né­rale, l’élé­gance d’un homme se me­sure aus­si au temps qu’il consacre à ré­ajus­ter sa mise. Nous re­ven­di­quons le droit d’être seul au monde lorsque la na­ture nous ap­pelle à en­trer en com­mu­ni­ca­tion avec le grand té­lé­phone blanc. Dans la me­sure du pos­sible, as­su­rez-vous d’être le seul té­moin de la scène. Si quel­qu’un trouble votre quié­tude uti­li­sant une pis­so­tière ou la ca­bine voi­sine, at­ten­dez qu’il ait ter­mi­né son af­faire pour ache­ver la vôtre. Et si vous tom­bez en­suite sur un col­lègue en sor­tant, re­fer­mez bien la porte que vous ve­nez d’ou­vrir et ruez-vous vers les la­va­bos. Par­tons du prin­cipe que les hommes ras­sem­blés lors du re­pas de Noël ont tous une car­rure adap­tée à la te­nue. Le­quel donc choi­sir ? Le gendre se pro­pose sans qu’on le lui de­mande, rai­son de plus pour lui re­fu­ser ce pri­vi­lège. Le fils mau­dit re­nâcle à cette sé­quence fa­mi­liale im­por­tante qui l’ai­de­rait à s’in­té­grer, mais veut-on ris­quer de gâ­cher la soi­rée ? Quant au com­pa­gnon fraî­che­ment pré­sen­té, ne l’em­bê­tons pas avec ça. Pris au piège, ou­bliez cette fausse bonne idée ou ap­pe­lez à la res­cousse un proche dans le be­soin. Oui, la mode au­tomne-hiver 2014-2015 en a vou­lu ain­si. Nous n’au­rons bien­tôt plus d’autre choix que d’ache­ter ces vestes 3 ou 4 bou­tons qui inondent le mar­ché. En ef­fet, nos amis fa­bri­cants ont ra­len­ti la pro­duc­tion des cos­tumes 2 bou­tons qui ont bâ­ti une élé­gance d’en­tre­prise à la Mad Men. Ceux qui adoptent les modes sont ceux qui ont les moyens de re­nou­ve­ler leur garde-robe. Mais ras­su­rez-vous, dans la me­sure où les coupes de vestes et pan­ta­lons res­tent sen­si­ble­ment les mêmes (ajus­tées et courtes), vous n’avez pas l’obli­ga­tion de vous plier à ces nou­veaux stan­dards.

Al­ler rem­plir la ca­rafe d’eau per­met de ser­vir votre ta­blée ain­si que d’at­tendre in­tel­li­gem­ment les in­do­lents qui n’ont tou­jours pas fran­chi la bar­rière des caisses. Si vous sen­tez qu’ils ne tar­de­ront plus, at­ten­dez-les avant d’at­ta­quer votre plat. Toutes les 4 à 5 bou­chées, as­su­rez-vous que per­sonne ne vienne à man­quer d’eau. Ne com­men­tez pas l’as­siette de votre voi­sin, et n’y plon­gez pas votre four­chette sans en avoir ob­te­nu l’au­to­ri­sa­tion. Vous avez le dos droit et les coudes dans le vide. Seuls vos avant-bras re­posent sur la table. Pla­cez votre plateau en ordre sur le ta­pis rou­lant pré­vu à cet ef­fet. Hor­ri­ble­ment, si vous ha­bi­tez une ville qui abrite entre 12000 et 800 000 ha­bi­tants. Au­tre­ment, vous faites par­tie d’un même monde, hos­tile et sau­vage, avec votre bê­tise comme seule com­pa­gnie. Pour la pe­tite his­toire, ap­pre­nez que la pre­mière gé­né­ra­tion de po­laires s’ap­pe­lait « chin­chil­la syn­thé­tique » (ce qui donne en an­glais le mot-va­lise syn­chil­la). Nous vous re­com­man­dons ce mo­dèle his­to­rique au­tre­ment ap­pe­lé Snap T. Plus l’har­mo­nie des cou­leurs se­ra mau­vaise, plus vous se­rez bran­ché. En bleu-blanc-rouge, vous se­rez pro­pret. Ne se­rait-ce que parce que vous pour­riez vous brû­ler le pa­lais, il nous pa­raît im­pos­sible d’en­glou­tir le « pan » – cette bou­chée croû­ton + fro­mage – à même la pique. Même si nous n’avons pas trou­vé d’études pré­cises sur la fon­due, sa­chez qu’un fro­mage à ra­clette ex­po­sé à la cha­leur pen­dant 2 mi­nutes et 15 se­condes ar­rive dans votre as­siette à 80°C. Cou­ché dans une as­siette pen­dant trente se­condes, il at­teint votre bec à une tem­pé­ra­ture de 62°C. C’est en­core très chaud ! L’an­née der­nière, on trou­vait des chaus­settes en vi­gogne (le poil le plus cher du monde) pour la somme de 933 €. Cô­té slips, avec 500 € en poche, on peut sur­vivre avec trois mo­dèles ba­rio­lés. Dans cette lo­gique de luxe in­té­gral, et sur cette base de trois uni­tés pour res­ter propre la se­maine, vous de­vez dé­pen­ser dans les 1000 € pour avoir deux ou trois sous­vê­te­ments propres. À ce prix-là, vous choi­sis­sez.

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