QUELLE NAGE « DE SA­LON » EST LA PLUS STY­LÉE ?

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GQ (France) - - Style Academie -

En va­cances au bord de la mer, vous trom­pez l’en­nui en al­lant vous bai­gner par mo­ments. Apte phy­si­que­ment à l’ef­fort, c’est par­fait, vous êtes ca­pable de faire d’une traite l’al­ler-retour en crawl jus­qu’aux bouées. D’une cons­ti­tu­tion plus mo­deste, aban­don­nez-vous aux joies de la brasse in­dienne. Enfin, quelle que soit la ca­té­go­rie dans la­quelle vous of­fi­ciez, pen­sez à na­ger dans la lon­gueur de la plage. Cette mé­thode pré­sente deux in­té­rêts : évi­ter de se noyer au large et of­frir au re­gard des autres une cho­ré­gra­phie pa­no­ra­mique net­te­ment plus ci­né­ma­to­gra­phique.

En bla­zer ma­rine à bou­tons sombres, che­mise bleu ciel re­pas­sée, cein­ture noire, jean blanc et sou­liers noirs (mo­cas­sins, bot­tines, desert boots ou der­bys, se­lon dis­po­ni­bi­li­té), vous por­tez l’uni­forme of­fi­ciel de l’homme à l’aise en toutes cir­cons­tances à la sai­son chaude. In­dé­nia­ble­ment, vous pre­nez la pole po­si­tion sur l’homme en bla­zer ma­rine et jean/pan­ta­lon de fla­nelle grise/chi­no beige. Uti­li­sez en­suite vos chaus­settes comme va­riable d’ajus­te­ment. À vous de ju­ger bon de les choi­sir sombres et unies ou à mo­tifs. Osez le pied nu seule­ment lors d’évé­ne­ments où le style bo­hème est plu­tôt bien vu. Si l’in­ter­net des ob­jets (IDO, ou IOT pour In­ter­net of Things, en an­glais) est en train de trans­for­mer nos modes de vie, si les don­nées col­lec­tées par les montres ou Tshirts connec­tés se­ront utiles, à terme, pour aver­tir les se­cours en cas de pé­pin et uti­li­sées par votre as­su­reur pour re­né­go­cier vos frais de san­té, ne lais­sez ja­mais votre poi­gnet por­ter un quel­conque ju­ge­ment sur votre hy­giène de vie. Si vrai­ment vous ne pou­vez pas faire au­tre­ment, nous vous sug­gé­rons d’op­ter pour des mo­dèles de montres à ai­guilles, et une no­tion plus uni­ver­selle du temps qui passe. Cer­né par tous les cre­vards des en­vi­rons, com­por­tez­vous tel un in­fil­tré dans un groupe ter­ro­riste très re­cher­ché. In­utile donc de vous for­ma­li­ser dès la pre­mière pro­vo­ca­tion ve­nue. Jouez des coudes au bar ou au ves­tiaire si telle est la po­li­tique en vi­gueur dans l’éta­blis­se­ment, mais gar­dez votre es­prit che­va­le­resque en veille. Sans vous faire non plus le jus­ti­cier du sa­me­di soir, veillez donc à ce que l’on ne vienne pas im­por­tu­ner les vôtres de trop près. « En­toure et pro­tège », pour re­prendre la de­vise fa­mi­liale de notre bien-ai­mé cou­sin Bau­douin. Une fois n’est pas cou­tume, un de vos amis, un ar­tiste, vous tend une ci­ga­rette ré­créa­tive qu’il tient en l’air par le filtre. Avec l’in­dex et le ma­jeur, faites le signe de la vic­toire et at­tra­pez-le. Bas­cu­lez très lé­gè­re­ment la tête en ar­rière au mo­ment de prendre une lente inspiration afin que la braise reste dans une pa­lette chro­ma­tique in­tri­gante. Re­cra­chez aus­si­tôt la fu­mée par le nez en re­pla­çant votre tête dans sa po­si­tion ha­bi­tuelle. Res­tez si­len­cieux sans pour au­tant don­ner l’im­pres­sion d’ac­com­plir un ri­tuel païen. Re­pre­nez le fil de la dis­cus­sion quand vous n’avez plus la voix pin­cée ou de la fu­mée dans les pou­mons.

« Je n’en­tre­pren­drais pas un si long voyage si je n’avais au fond de mon coeur

cette as­pi­ra­tion qui ne de­mande qu’à lais­ser la place à une cer­ti­tude. »

PEUT-ON POR­TER LE BÉ­RET EN 2015 ?

Frot­tez-vous les yeux aus­si long­temps qu’il vous plai­ra, met­tez-y même du coeur s’il le faut, vous ne rê­vez pas : le bé­ret tra­di­tion­nel re­fait sur­face. À l’évo­ca­tion de ce couvre-chef ty­pi­que­ment fran­çais, on pense pêle-mêle à Su­per­du­pont, au gé­né­ral Mont­go­me­ry, à Sa­muel L. Jack­son, à Sad­dam Hus­sein, aux Black Pan­thers, Jus­tin Bri­dou, l’abbé Pierre, Jim­my Cliff ou le Che. Pour mieux vous ai­der à vous si­tuer au mi­lieu de ce beau monde, sa­chez que si vous le pen­chez à droite, vous êtes dans la ca­té­go­rie des dé­fen­seurs et des hé­ros. À gauche, du cô­té des poètes. Au centre, vous avez juste l’air d’un con. Le dé­but d’an­née 2015 ayant été une belle sa­lope, vous sont ac­cor­dées non pas trois se­maines de congés, mais bien quatre du­rant les­quelles vous avez notre bé­né­dic­tion pour res­ter le hip­pie que vous êtes de­ve­nu l’es­pace d’un court ins­tant. Sé­duit par un bra­ce­let ras­ta sur le port de La Ro­chelle ou conquis par le bra­ce­let ha­me­çon en feuille­tant les pages de votre ma­ga­zine pré­fé­ré, vous avez un mois à par­tir de votre retour de va­cances pour le ranger dans le ti­roir. S’il se­ra utile aux pa­rents d’élèves pour mieux se mettre les en­sei­gnants dans la poche le jour de la ren­trée sco­laire, soyez en­thou­siaste à l’idée de bien­tôt re­trou­ver vos poi­gnets nus, dits « de bu­reau ». Il au­ra suf­fi d’une ma­ti­née pour qu’un for­ma­teur – un so­lide gaillard, fort sym­pa­thique au de­meu­rant – change les ha­bi­tudes de tra­vail de vingt per­sonnes. Pour­tant friand de nou­veau­tés et uti­li­sa­teur ac­com­pli des nou­velles tech­no­lo­gies, vous faites un re­jet. Sans doute l’er­go­no­mie de la nou­velle in­ter­face n’est pas au ren­dez-vous de vos at­tentes. Deux op­tions s’offrent à vous : la pre­mière est fa­cul­ta­tive, la se­conde ne nous semble pas in­com­pa­tible avec la pre­mière. Soit vous dé­mis­sion­nez pour vous re­ti­rer de ce monde ab­surde en mon­tant votre propre SARL, soit vous vous gar­dez bien de dire à qui que ce soit que ce chan­ge­ment vous cause de graves dif­fi­cul­tés d’adap­ta­tion. Pro­fi­tez de ce bi­lan de compétences for­cé pour culti­ver votre pra­tique de la lec­ture de la presse étran­gère. Pas­sé 30 ans, vous êtes aus­si cen­sé suivre une série sans les sous-titres en fran­çais.

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