“Hey, Mo­therf*ckers !” L’in­croyable Sa­muel L. Jack­son

Pour­quoi il est l’ac­teur le plus ren­table d’hol­ly­wood... et le pré­fé­ré de Ta­ran­ti­no !

GQ (France) - - La Une -

« Mur­de­rable ». C’est le mot le plus juste et le plus fort que j’ai lu jus­qu’à pré­sent sur le sen­ti­ment étrange qui nous ac­com­pagne de­puis les at­ten­tats du 13 no­vembre et du 7 jan­vier 2015. « Mur­de­rable », comme cette im­pres­sion d’être « vul­né­rable » et « mortel » à la fois, et que seul l’an­glais par­vient à conden­ser en une seule ex­pres­sion. « Mur­de­rable », comme si la langue fran­çaise ne pou­vait pas en­core tra­duire le flip in­édit de se sen­tir « vi­sé per­son­nel­le­ment », pour long­temps. Ce trait de gé­nie lit­té­raire, c’est l’écri­vain ir­lan­dais Ro­bert Mcliam Wil­son qui l’a eu. Il a vé­cu le Bel­fast de la guerre ci­vile. Il vit au­jourd’hui à Pa­ris. Il sait de quoi il parle. Il ne nous épargne pas. Li­sez, amis lec­teurs, l’ana­lyse sai­sis­sante qu’il livre à nos jour­na­listes Gon­zague Du­pleix et To­ma Cla­rac (en in­té­gra­li­té sur le site de GQ et en short edit dans ce nu­mé­ro p. 42). Les mots de Mcliam Wil­son m’ont éclai­ré, ré­con­for­té, ai­dé à « pan­ser » l’évé­ne­ment. J’ha­bite à cent mètres du Ba­ta­clan. Comme tant de Pa­ri­siens, j’ai pas­sé la nuit du 13 no­vembre entre ma fe­nêtre et BFM TV, les hur­le­ments de si­rènes et les sons d’armes au­to­ma­tiques, mon té­lé­phone, les SMS « vous êtes ok ? » et quelques images qui me hantent en­core – ce jeune homme qui marche, T-shirt en sang et cou­ver­ture de sur­vie scin­tillante, très calme. Comme tant de monde, j’ai pas­sé les jours sui­vants à tout lire, tout voir, pour ten­ter de com­prendre, d’exor­ci­ser. Jus­qu’à l’over­dose mor­bide. Ce mot, « mur­de­rable », a fi­na­le­ment eu la même fonc­tion sal­va­trice que deux autres « traits de gé­nie », gra­phiques ceux-là. Je veux par­ler du fa­meux « Je suis Char­lie » que le di­rec­teur ar­tis­tique Joa­chim Ron­cin avait pos­té sur Twit­ter dans les mi­nutes qui ont sui­vi l’at­taque du jour­nal sa­ti­rique. « Je n’avais pas les mots », avait-il ex­pli­qué hum­ble­ment. C’est le même pou­voir créa­tif, sym­bo­lique et viral, qui a conduit le gra­phiste Jean Jul­lien à ti­rer un simple trait sous le sym­bole « Peace and Love » – in­ven­té par Ge­rald Hol­tom en 1958 contre les armes nu­cléaires – pour en faire cette « Eif­fel Po­wer » uni­ver­selle qui a fleu­ri par­tout à Rio, Syd­ney et en bas de chez moi. Lui non plus n’avait pas de mots. En ce mois de jan­vier 2016, nous sommes tous de­ve­nus « mur­de­rable », mais at­ten­tion, nous dit Mcliam Wil­son, ce n’est pas for­cé­ment un drame, au contraire : « Vous al­lez même de­ve­nir plus drôles », nous pré­vient-il, pro­vo­ca­teur. Ban­co. Et Hap­py New Year !

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