RO­BERT PAT­TIN­SON Après des an­nées de blockbusters, Ro­bert Pat­tin­son, 31 ans, pour­suit sa car­rière dans des films d’au­teur. Il est ac­tuel­le­ment à l’af­fiche de Good­times de Ben et Jo­shua Saf­die. Pour GQ, son ami Ro­main Ga­vras l’a in­ter­viewé.

À 31 ans, et après sa pé­riode blockbusters, Ro­bert Pat­tin­son se tourne ex­clu­si­ve­ment vers le cinéma d’au­teur. Exemple avec Good­time, film in­dé­pen­dant ac­tuel­le­ment à l’af­fiche. Pour l’oc­ca­sion, GQ a de­man­dé à son ami, le réa­li­sa­teur Ro­main Ga­vras, de l’int

GQ (France) - - Sommaire - Par Béline Do­lat_ Pho­to­gra­phies Cé­dric Bihr

Rares sont les ac­teurs qui luttent au­tant contre leur image. Même Leo­nar­do Di­ca­prio n’est pas al­lé aus­si loin. Il a d’abord joué avec son sta­tut, lais­sé le temps oeu­vrer puis chan­gé de re­gistre alors qu’il n’avait plus le choix. Ro­bert Pat­tin­son, lui, met une éner­gie folle à égra­ti­gner sa fi­gure de jeune pre­mier à peine fa­çon­née. Comme si, et c’est sans doute le cas, se li­bé­rer de l’at­trac­tion su­pra­nor­male qu’il pro­voque chez les autres consti­tuait une condi­tion si­ne­qua­non à sa san­té men­tale. Comme s’il de­vait s’éloi­gner du su­blime pour re­joindre les vi­vants. Seule­ment l’ac­teur an­glais cu­mule les han­di­caps. Une sa­ga pour tee­na­gers au suc­cès pla­né­taire et une beau­té phy­sique hors norme. Si de­puis 2012 et la fin de la sé­rie Twi­light, il n’ap­pa­raît plus que dans des films d’au­teur ( Da­vid Cro­nen­berg, Wer­ner Her­zog, An­ton Cor­bi­jn, James Gray…), son double mé­dia­tique et le per­son­nage du vam­pire Ed­ward Cul­len conti­nuent de pro­vo­quer des sen­sa­tions fortes chez les jeunes filles. Avec Good Time de Josh et Ben Saf­die, il se rap­proche de son ob­jec­tif. Dans sa car­rière et dans sa vie en gé­né­ral, il y au­ra un avant et un après Good­time. Tout au­tant fas­ci­nés par son vi­sage que Cro­nen­berg avant eux, les frères Saf­die, deux jeunes réa­li­sa­teurs new- yor­kais au­teurs de ce po­lar noir et violent, filment Pat­tin­son de la pre­mière à la der­nière se­conde. Déam­bu­lant les traits bour­sou­flés dans les rues du Queens, Con­nie, son per­son­nage, est un an­ti- hé­ros vrai­ment pas sym­pa­thique au­quel l’ac­teur prête toute son am­bi­va­lence. Car Rob est un gar­çon com­plexe.

LORS­QU’ON LE REN­CONTRE À PA­RIS pour la séance pho­to, il est d’une po­li­tesse et d’une ti­mi­di­té dé­rou­tantes. À in­ter­valles ré­gu­liers, son re­gard croise son image dans le mi­roir, des sou­rires ponc­tuent ses phrases – qu’il ne ter­mine que ra­re­ment – et le rose lui monte vite aux joues. Il est cé­lèbre, tra­vaille sans ar­rêt et consi­dère qu’il a ga­gné le droit de se taire. Car aus­si bien éle­vé soit- il, Pat­tin­son ne parle pas. Après le trau­ma­tisme Twi­light – la vie de no­made pour fuir les fans et les pho­to­graphes, le har­cè­le­ment de ses proches –, il es­quive, il fi­loute et en­chaîne les in­ter­views sans don­ner prise. Pour contour­ner l’obs­tacle, nous avons pro­po­sé à son ca­ma­rade, le réa­li­sa­teur Ro­main Ga­vras ( Notre jour vien­dra, 2010), de se sub­sti­tuer à nous, plus pré­ci­sé­ment, de « dis­cu­ter avec Rob » . Ga­vras, avec le­quel il a tour­né une pub pour Dior en 2013, ter­mine alors son deuxième long mé­trage. Une co­mé­die avec Ka­rim Lek­lou, Isa­belle Ad­ja­ni, Vincent Cas­sel et Ou­laya Amam­ra. Pe­tit pro­dige du clip vi­ral, de la pub qui cha­hute les marques et co­fon­da­teur du col­lec­tif Kour­tra­j­mé, Ro­main Ga­vras filme l’ul­tra­vio­lence et le ni­hi­lisme de l’époque sans faux- sem­blant. Il flirte sou­vent avec la po­lé­mique et ce n’est pas pour dé­plaire à son ami Rob. Leur ren­contre doit se faire à Pa­ris, ou est- ce à Londres ? L’om­ni­pré­sente at­ta­chée de presse de l’ac­teur perd le fil, nous aus­si. Quand l’un est à Los An­geles, l’autre est en Grèce. Quand l’un est dis­po­nible, l’autre s’est dis­sous dans la na­ture. Catch me if you can. Ils s’amusent avec le sys­tème pour­tant très ver­rouillé de la promotion qui ac­com­pagne la sor­tie d’un film avec une mé­gas­tar hol­ly­woo­dienne. Il n’y au­ra fi­na­le­ment pas d’en­tre­vue, ni même de coup de té­lé­phone – en tout cas pas of­fi­ciel­le­ment – mais une con­ver­sa­tion What­sapp sug­gé­rée par Ro­main Ga­vras. Il est alors en Ita­lie, quelques jours avant de com­men­cer le mon­tage de son film. Pat­tin­son conti­nue sa tour­née pro­mo­tion­nelle à New York. On ne connaî­tra ja­mais la date exacte à la­quelle a eu lieu leur con­ver­sa­tion mais on sait qu’elle dé­bute pré­ci­sé­ment à 17h49 et s’achève à 19h07. La voi­ci. Dans son jus.

[17:49:00] ro­main­ga­vras : Veuillez m’ajou­ter comme con­tact. [17:49:05] ro­main­ga­vras : Hey, c’est Ro­main ! [17:55:36] ro­bert­pat­tin­son : Ça marche ? [17:56:00] ro­main­ga­vras : Oui ! [17:56:09] ro­main­ga­vras : Tu vas bien ? [17:56:28] rp : Ouais ça va. Et toi ? [18:01:04] ro­main­ga­vras : Bien, je suis en Tos­cane. J’ai fi­ni de tour­ner mon film la se­maine der­nière. Je me re­pose quelques jours. Tu as un peu de temps, là ? [18:01:48] rp : Oui, je suis à New York. Je cherche par­tout une connexion in­ter­net qui marche, mais je crois que c’est juste mon or­di mer­dique qui dé­conne. [18:02:02] ro­main­ga­vras : Ha­ha­ha ! [18:02:28] ro­main­ga­vras : Contre toute at­tente, ma connexion est su­per. [18:03:03] ro­main­ga­vras : Bon. Je ne sais pas exac­te­ment ce qu’on est cen­sé faire, les gens de GQ m’ont juste dit : « Dis­cute de fa­çon in­for­melle avec Rob, parle de tout et de rien... » [18:03:48] rp : Oui, j’ima­gine que ça doit te mettre un peu la pres­sion, même si ça semble une bonne idée. [18:04:32] ro­main­ga­vras : Es­sayons de faire en sorte que ce ne soit pas la pire in­ter­view du monde et de dire des trucs in­tel­li­gents. Et si, au pas­sage, on peut ré­gler quelques conflits mon­diaux... [18:05:23] rp : Je suis chaud.

[18:06:22] rp: Ton film, ça va ? [18:06:47] ro­main­ga­vras : Très bien, je suis content de l’image et des ac­teurs, hâte de com­men­cer le mon­tage. Et hâte de tour­ner un autre film. J’adore être en tour­nage, ça me fait mai­grir.

[18:07:10] rp : Mai­grir en tour­nant ? C’est fou, ça n’ar­rive ja­mais d’ha­bi­tude. [18:07:36] ro­main­ga­vras : Je n’ai pas en­core vu Good Times. Tu peux m’en par­ler ? [18:08:14] rp : Dé­jà, le titre c’est Good­time, pas Good Times. Tout le monde se trompe, au­cun jour­na­liste ne l’a écrit cor­rec­te­ment... [18:08:45] ro­main­ga­vras : Ah, ok ! Si je ne l’ai pas vu, c’est parce que je pré­fé­re­rais le vi­sion­ner sur grand écran. Mais tous les gens de mon en­tou­rage qui l’ont vu, même les ha­ters, m’ont dit que tu étais in­croyable.

[18:08:55] rp : Envoi d’une image.

[18:09:04] ro­main­ga­vras : Ok ! J’ar­rête tout de suite ! [18:11:23] rp : En tout cas, c’est su­per que les gens aiment le film, je pen­sais que ça al­lait di­vi­ser le pu­blic. Mo­ra­le­ment, mon per­son­nage est plu­tôt am­bi­gu. En fait, c’est même un vrai connard, voire, sous cer­tains as­pects, un psy­cho­pathe nar­cis­sique. Mais le film le pré­sente un peu comme un hé­ros de film d’ac­tion. D’ha­bi­tude, le pu­blic n’aime pas qu’un per­son­nage pré­sente deux fa­cettes

“Au­jourd’hui, les gens veulent à tout prix que la pop culture leur ren­voie une cer­taine image d’eux-mêmes. Et pas une image de ra­té, for­cé­ment...”

dia­mé­tra­le­ment op­po­sées. Mais là, pour une rai­son que j’ignore, ça n’a pas l’air de po­ser pro­blème aux spec­ta­teurs. [18:11:26] rp : Je sais pas si je suis clair ! [18:12:04] ro­main­ga­vras : Si si, c’est très clair ! Et tu me donnes vrai­ment en­vie d’al­ler le voir. [18:12:28] rp : Et un ti­cket de ven­du, un ! Sauf que tu vas le voir en pro­jec­tion pri­vée, donc en fait ça ne compte pas ! [18:13:08] ro­main­ga­vras : C’est bi­zarre, le cô­té fun des an­ti-hé­ros a com­plè­te­ment dis­pa­ru de la pop culture. Avant, même dans les blockbusters, on ado­rait le gars à la John Mclane dans Piè­ge­de­cris­tal, alors que c’était un père al­coo­lique in­digne.

[18:15:07] rp : C’est vrai. Je crois qu’au­jourd’hui, les gens veulent à tout prix que la pop culture leur ren­voie une cer­taine image d’eux-mêmes. Et for­cé­ment, per­sonne n’a en­vie qu’on lui ren­voie au vi­sage une image de ra­té. [18:15:21] ro­main­ga­vras : Pour­tant, ce sont les per­son­nages les plus in­té­res­sants à suivre. Et je pense que les gens sont prêts à suivre des hé­ros dé­tra­qués, c’est une forme de ca­thar­sis.

[18:16:11] rp : Si un per­son­nage ne suit pas un code mo­ral conve­nu, le spec­ta­teur est d’au­tant plus sur­pris par sa tra­jec­toire. Et pour un ac­teur, c’est beau­coup plus in­té­res­sant à jouer. [18:17:01] ro­main­ga­vras : Oui, j’ima­gine. Je crois qu’on s’est vus pen­dant que tu tour­nais à New York. Tu me di­sais que cer­taines scènes avaient été tour­nées dans le mé­tro sans au­to­ri­sa­tion ni rien. C’est bien ça ou j’ai rien com­pris ?

[18:18:03] rp : Oui, on avait très peu d’au­to­ri­sa­tions. Mais je ne sais pas trop si j’ai le droit d’en par­ler, en fait. Les frères Saf­die, qui ont réa­li­sé le film, m’ont en­ten­du par­ler de ça l’autre jour, et ils m’ont dit de me taire, ha­ha­ha ! Je ne sais pas com­ment ça marche lé­ga­le­ment. La ville de New York peut-elle in­ter­dire la sor­tie du film ??? En tout cas, c’était dingue. Et même dans les lieux où nous avions l’au­to­ri­sa­tion de tour­ner, je suis presque sûr que les gens n’avaient au­cune idée de ce que nous fai­sions... On a tour­né tout un plan dans un Do­mi­no’s piz­za, dans le Queens. On de­vait plan­quer de l’ar­gent dans un pla­fond et s’en­gueu­ler, sauf que l’en­droit était en­core ou­vert... Du coup, des clients nous in­ter­pel­laient ! [18:19:34] ro­main­ga­vras : Ça de­vait être drôle ! Per­sonne ne t’a re­con­nu ?

[18:20:36] rp : La li­mite entre la fic­tion et la réa­li­té était tou­jours très mince sur ce tour­nage. D’au­tant que les ca­mé­ras fil­maient de loin, donc les pas­sants ne com­pre­naient pas qu’il s’agis­sait d’un film. Lors d’une scène de pour­suite dans un centre com­mer­cial de Chi­na­town, les ac­teurs qui jouaient les flics cen­sés me cour­ser se pre­naient des croche-pattes, parce que les gens pen­saient as­sis­ter à une vraie pour­suite ! C’était fou. D’ailleurs, cer­tains des ac­teurs sont de vrais flics dans la vie, et même s’ils n’étaient pas en ser­vice, ils ont ar­rê­té un des types qui avaient es­sayé de les stop­per ! [18:21:37] ro­main­ga­vras : C’est chouette de jouer là-des­sus, entre fic­tion et réa­li­té, et de ne pas tout ex­pli­quer aux ac­teurs. Sur­tout pour les scènes vio­lentes. Aux cas­ca­deurs, tu dis que c’est une ré­pé­ti­tion, mais à l’ac­teur, tu dis : « On va ne faire qu’une prise donc vas-y, lâche-toi, nique-lui bien sa race ! » Et là, tu as un truc réa­liste. [18:22:47] ro­main­ga­vras : Tu sens la peur dans les yeux. [18:22:50] ro­main­ga­vras : De la confu­sion. [18:23:13] ro­main­ga­vras : En tout cas, là, ça y est, j’ai trop en­vie de ma­ter le film.

[18:23:38] rp : Ha­ha­ha ! Mais at­tends, c’est comme ça que tu pré­pares tes scènes de bas­ton dans tes films ? C’est pour ça que je les aime au­tant.

[18:23:54] rp : Tu filmes juste de la vraie vio­lence, en fait, ha­ha­ha ! [18:23:59] ro­main­ga­vras : Mer­ci ! [18:24:05] ro­main­ga­vras : Et oui, on peut dire ça en ef­fet. [18:24:25] ro­main­ga­vras : Il faut un peu ma­ni­pu­ler les

gens, ça a tou­jours l’air plus cré­dible quand ça fait un peu mal.

[18:25:14] rp : J’ai tou­jours en­vie de fonc­tion­ner ain­si mais le pro­blème, c’est que les gens flippent. Pour­tant, il faut co­gner as­sez fort pour que ça fasse mal. Et avec l’adré­na­line, je crois qu’on sent moins la dou­leur ! Mais je com­prends que ça puisse de­ve­nir éner­vant quand tu dois re­faire la prise vingt fois... [18:26:27] ro­main­ga­vras : Je re­viens à ma ques­tion un peu bas du front, mais donc per­sonne ne t’a re­con­nu lors de ces scènes ? [18:27:39] rp : Nan, pas une fois. En fait, si tu es crade et que tu as l’air pau­mé, tu peux être sûr que tout le monde va évi­ter ton re­gard. Cer­tains se sont peut-être dit que le mec me res­sem­blait, mais ils m’igno­raient très vite. Tant mieux, parce que si on m’avait re­con­nu, on n’au­rait ja­mais réus­si à tour­ner le film jus­qu’au bout. [18:30:18] ro­main­ga­vras : Main­te­nant, je vais ten­ter une ana­lyse sé­rieuse de ta car­rière. Tu as eu la bonne idée de t’éloi­gner au maxi­mum de ton image ini­tiale. Quand on a fait la pub Dior en­semble, je ré­flé­chis­sais à la fa­çon dont j’al­lais m’y prendre pour dé­col­ler cette éti­quette. Et j’ai trou­vé une so­lu­tion, qui res­tait très grand pu­blic : te fil­mer en noir et blanc. Je ne sais pas si ça fait sens, ni si tu es d’ac­cord, mais je me dis que chaque ac­teur porte avec lui un ba­gage et une ico­no­gra­phie propres et que c’est in­té­res­sant de les dé­tour­ner un peu, de cher­cher à s’éloi­gner de ce que l’ac­teur re­pré­sente dans l’es­prit du pu­blic. Mais sans pour au­tant en faire l’ob­jec­tif pre­mier, sans for­cé­ment prendre os­ten­si­ble­ment le contre-pied.

[18:38:47] rp : Oui, c’est in­té­res­sant de voir com­bien de vi­sages

“C’est in­té­res­sant de voir com­bien de vi­sages dif­fé­rents tu peux rendre cré­dibles. Car à force de faire des films, tu ren­forces les a prio­ri sur toi.”

dif­fé­rents tu peux rendre cré­dibles aux yeux des spec­ta­teurs. C’est un vrai casse-tête parce qu’à force de faire des films, tu ren­forces les a prio­ri sur toi dans l’ima­gi­naire col­lec­tif. Et tu dois prendre en compte ces a prio­ri quand tu pré­pares un nou­veau rôle. C’est par­fois plus fa­cile de dé­ve­lop­per un per­son­nage ra­di­ca­le­ment dif­fé­rent quand le film lui-même met en scène un monde com­plè­te­ment à part. J’ai com­pris ça avec

Cos­mo­po­lis de Da­vid Cro­nen­berg. Quand on com­mence à re­gar­der le film, très vite on ne peut plus ju­ger ma per­for­mance sans prendre en compte l’en­semble des pa­ra­mètres. Le film im­pose un uni­vers étran­ger que le spec­ta­teur doit cher­cher à com­prendre. Je ne sais pas si ce que je dis est com­pré­hen­sible, mais en tout cas je pré­fère ce genre de si­tua­tions aux ré­cits plus clas­siques où l’on dé­fi­nit un per­son­nage avec ses par­ti­cu­la­ri­tés et ses sté­réo­types.

[18:39:10] rp : Je crois que je de­vrais cou­per un peu mes ré­ponses avant de te les en­voyer, ha­ha­ha ! [18:40:13] ro­main­ga­vras : Mec, ne t’en fais pas, je vois très bien ce que tu veux dire ! Tu as vu Huit

et­de­mi, de Fel­li­ni ? Il y a une ac­trice fran­çaise de­dans (in­ter­pré­tée­par Ma­de­lei­ne­le­beau,ndlr) qui va tout le temps voir Mas­troian­ni, qui joue le réa­li­sa­teur, et qui lui de­mande : « Maes­tro, je vou­drais qu’on parle de mon per­son­naaaage. » Je crois que les ac­teurs peuvent par­fois se perdre quand ils sont ob­sé­dés par leur per­son­nage. Ils de­vraient plu­tôt en­vi­sa­ger le film comme un grand tout, comme un monde en soi.

[18:45:53] rp : Je capte à 100 %. Sur le pla­teau de

Good­time, per­sonne n’avait la même opinion sur mon per­son­nage. Et c’est ce qui est in­té­res­sant : quand un ac­teur oriente son jeu dans un cer­tain sens et qu’en­suite le réa­li­sa­teur et le mon­teur le tordent dans l’autre sens. Mais de toute fa­çon, à par­tir du mo­ment où tu mets de l’éner­gie et de l’en­ga­ge­ment dans ta per­for­mance, elle fi­ni­ra bien par pro­duire quelque chose. [18:49:14] ro­main­ga­vras : Je suis com­plè­te­ment d’ac­cord ! Dans un film, il y a tou­jours une par­tie qui reste hors de contrôle, sur­tout quand il est bon. En fran­çais, on a cette ex­pres­sion « mettre le film dans la boîte » qui ré­sume très bien cette idée. Par­fois, on sent un « truc » qui flotte dans l’air et on doit l’at­tra­per pour le mettre dans la boîte, si­non il dis­pa­raît. Et les mois de pré­pa­ra­tion n’y changent rien. Bon, et à part ça, tu vas faire quoi en­suite ? [18:49:53] rp : Le film avec Claire De­nis (High­life, pré­vu­pour2018,ndlr). Si on réus­sit à le tour­ner. On croise les doigts. Ça fait trois ans qu’il est en pré­pa­ra­tion. Mais si ça se fait, ça va être in­croyable. [18:50:35] ro­main­ga­vras : Ah oui, j’ai eu le même dé­co­ra­teur sur mon film. Ils sont cen­sés com­men­cer le tour­nage en ce mo­ment, non ?

[18:51:46] rp : Ah bon ? J’es­père, tant mieux si c’est le cas. J’ai été pris

dans la pro­mo de Good

Time, du coup je ne sais pas du tout ce qui se passe de ce cô­té-là. Je suis cen­sé tour­ner dès que j’au­rai ter­mi­né les in­ter­views. Même si avec les films in­dés, on ne sait ja­mais si le pro­jet ne va pas se plan­ter au der­nier mo­ment. J’ado­re­rais pas­ser deux mois en salle de mon­tage comme tu t’ap­prêtes à le faire. Ce se­rait un rêve. Je t’en­vie grave. [18:52:30] ro­main­ga­vras : En tout cas, je croise les doigts pour vous. Claire De­nis est une réa­li­sa­trice in­croyable. Et oui, j’ai hâte d’être en phase de mon­tage, mais je laisse mon mon­teur faire une pre­mière passe. Avant, je mon­tais tout dès le dé­but mais main­te­nant, je pré­fère ar­ri­ver un peu plus tard en salle de mon­tage. Je me dis que c’est mieux pour le film. Et je laisse la main à mon édi­teur (qui est gé­nial), il bosse sur sa ver­sion, amène de nou­velles idées, et là je le re­joins, je dé­fais cer­tains trucs ou je prends des idées à lui. Des idées qu’il n’au­rait ja­mais eues si j’avais été à cô­té de lui, un peu aga­cé, à l’em­pê­cher de ten­ter des choses. Mais là c’est dur parce que je dois at­tendre une se­maine de plus et je m’im­pa­tiente. Je conti­nue de rê­ver du film toutes les nuits, je rêve qu’on a ou­blié le ma­té­riel, ou que je marche sur le pla­teau sans ca­mé­ra. [18:55:48] rp : Ha­ha­ha ! [18:56:50] rp : Je connais ça. Mais moi c’est la réa­li­té : quel­qu’un dit ac­tion et je suis là à me de­man­der ce que je suis en train de faire ici, de­bout, dans le vide to­tal. Ça m’ar­rive au moins une fois par jour quand je tourne. [18:57:03] ro­main­ga­vras : Pas mal ! [18:57:56] ro­main­ga­vras : Une fois, j’ai rê­vé que je réa­li­sais Le­flic­de­be­ver­ly

Hills 6, avec Adam Sand­ler qui pre­nait l’ac­cent chi­nois, et je ne sa­vais pas du tout quoi faire !

[18:58:38] rp : Mais c’est un pitch in­croyable ! Si j’étais le pa­tron d’un stu­dio, je si­gne­rais le pro­jet di­rect. Mais il fau­drait dé­jà que tu réa­lises Le­flic­de­be­ver­ly

Hills 4 ! Et je veux jouer de­dans ! [18:59:03] ro­main­ga­vras : Tu vou­drais jouer Adam Sand­ler in­ter­pré­tant Ed­die Mur­phy avec un ac­cent chi­nois ?! Ok, c’est par­ti !

[18:59:55] rp : En fait, ça me pose au­cun pro­blème parce que je joue tou­jours en fai­sant comme si j’étais un autre ac­teur. Je joue aus­si chaque scène en m’ima­gi­nant qu’en fait, au­jourd’hui, c’est mon an­ni­ver­saire mais que per­sonne ne le sait. C’est ce que je conseille­rais de faire si je de­vais don­ner des cours de co­mé­die. [19:00:19] ro­main­ga­vras : Ha­ha­ha ! [19:00:42] rp : « Ta mère est morte, mais au­jourd’hui c’est ton an­ni­ver­saire et per­sonne d’autre que toi ne le sait. » [19:02:23] ro­main­ga­vras : J’aime bien l’idée. [19:02:26] rp : Ça crée du yin et du yang. [19:03:00] ro­main­ga­vras : J’aime bien aus­si com­ment on est pas­sé d’une con­ver­sa­tion très ar­ti­cu­lée à un truc ul­tra-cryp­tique !

[19:04:37] rp : Mais oui ! En fait, je me rends compte que c’est beau­coup plus fa­cile pour moi de faire ce genre d’in­ter­view ! Quand je ren­contre un jour­na­liste et qu’il y a des blancs, je me sens tel­le­ment mal à l’aise que j’ai ten­dance à meu­bler en di­sant un peu n’im­porte quoi. Et à la fin, je re­grette tout ce que j’ai dit. Dans les quinze pro­chains jours, je vais de­voir faire pas mal d’émis­sions de té­lé pour pro­mou­voir le film et comme ça ne m’est pas ar­ri­vé de­puis long­temps, je suis hy­per stres­sé à l’idée d’y al­ler. [19:05:38] ro­main­ga­vras : Oui, c’est mieux les in­ter­views comme ça ! Il faut vrai­ment être une ma­chine un peu ta­rée pour réus­sir à tout le temps être drôle et in­tel­li­gent dans les émis­sions de té­lé. Je suis tou­jours un peu ef­frayé par les ac­teurs su­per à l’aise.

[19:06:20] rp : Ils sont juste bons à ça. Ils sont in­ca­pables d’ai­mer. [19:06:28] ro­main­ga­vras : HAHAHAHAHA ! [19:06:32] ro­main­ga­vras : Mec. [19:06:44] ro­main­ga­vras : C’est la meilleure conclu­sion pos­sible. [19:06:49] ro­main­ga­vras : On n’a qu’à se quit­ter là-des­sus du coup !

[19:07:02] rp : Ok ! Co­ol. Mer­ci mec ! [19:07:08] ro­main­ga­vras : Mer­ci à toi !

VESTE ET COL ROU­LÉ DIOR HOMME

MISE EN BEAU­TÉ : DIOR COIF­FURE : TOMOHIRO OHASHI @ MA­NA­GE­MENT ARTISTS. MA­QUILLAGE : ADRIEN PI­NAULT @ MA­NA­GE­MENT ARTISTS. STYLISTE : RYAN HASTINGS. CAP­TURE DI­GI­TALE : D FAC­TO­RY. AS­SIS­TANT PHO­TO : CH­RIS­TIAN VARAS. MER­CI À L’HÔTEL LA RESERVE ( LARESERVE- PA­RIS. COM).

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