“JE POUR­RAIS LES TAILLADER, LES DÉPECER, LES CISAILLER… ”

Re­pas sur scène et cri­tiques as­sas­si­nés en live… Le co­mé­dien Ju­lien Boisselier a sur­pris tout le monde cet été avec 12 mil­li­mètres, un spec­tacle aux li­mites de la fo­lie sur le show-biz des chefs. Grand Sei­gneur l’a cui­si­né à la sor­tie du théâtre !

Grand Seigneur - - Grand Mezze - En­tre­tien : Tho­mas Clé­ment Pho­tos : Tho­mas Lais­né

Ju­lien Boisselier, c’était quoi ce show de ma­lade sur les chefs ? — J.B. : Ce­la fai­sait long­temps que je vou­lais m'es­sayer au one-man-show ! Mais sur­tout, j'avais une en­vie fé­roce de cui­si­ner sur scène, d'in­ter­pré­ter un de ces chefs en pleine ac­tion. J'ai tou­jours été fas­ci­né par leur di­men­sion dra­ma­tique. Ces gens sont to­ta­le­ment ha­bi­tés par leur mé­tier, par les cuis­sons, les sai­sons, etc. Et je trou­vais ça in­té­res­sant à dé­ve­lop­per au théâtre. Comme pré­pa­rer un re­pas de­vant le pu­blic, par exemple.

C’est vrai que c’est as­sez peu cou­rant…

J.B. : C'est même très éton­nant, vous vou­lez dire ! Il y avait une in­ter­ac­tion na­tu­relle quand je me met­tais à tra­vailler les ma­tières. Je voyais la ré­ac­tion des gens au mo­ment de dé­cou­per la vo­laille, de tra­vailler les oi­gnons, les écha­lotes,

de faire chauf­fer le beurre, « l’huile d’olive de Pro­vence qui nous donne en­vie de pé­cho des ca­goles entre les ca­gettes d’an­chois » (il prend l’ac­cent de Cy­ril Li­gnac comme dans la pièce). Tout ça par­ti­ci­pait à un show vi­suel qui don­nait aux gens l'im­pres­sion d'avoir vu quelque chose d'un peu dif­fé­rent, de re­ve­nir de voyage. Votre chef Jean-Jacques est to­ta­le­ment pa­ra­no et sui­ci­daire, c’est votre idée du mé­tier ?

J.B. : Évi­dem­ment non. Mais j'ai quand même l'im­pres­sion qu'on est dans un mi­lieu très dur avec un lan­gage mi­li­taire, une or­ga­ni­sa­tion, une ri­gueur. On parle de gé­né­ral de bri­gade, de chef de cui­sine, on a in­évi­ta­ble­ment une vio­lence qui se dé­gage de tout ça. Mais le plus drôle, c'est que les gens rient beau­coup de la noir­ceur de ce spec­tacle et du pa­thé­tique du per­son­nage. Quant à ma vi­sion per­son­nelle du su­jet, c'est bien simple : je suis un dingue de bouffe. Si je mange mal le mi­di, ma jour­née est gâ­chée. La cri­tique gas­tro­no­mique prend très cher dans la pièce. À votre avis, un chef craint-il plus la cri­tique qu’un

co­mé­dien ?

J.B. : Une cri­tique né­ga­tive fait tou­jours mal, qu'on soit ac­teur ou chef. Mais je pense que c'est en­core plus dou­lou­reux en cui­sine, parce qu'un chef peut tout perdre en une soi­rée : son étoile, son com­merce, sa clien­tèle… Alors que chez un ac­teur, un spec­tacle chasse l'autre. Dans la pièce, cette pres­sion ex­plique sans doute la vio­lence de mon per­son­nage à l'égard de ces cri­tiques : « Je pour­rais les taillader, les cisailler, les dépecer, les ha­cher, les émin­cer, j’en fe­rais de fines la­melles que je lais­se­rais sé­cher au so­leil en ayant pris soin au­pa­ra­vant de lais­ser la chair re­po­ser dans une ma­ri­nade à base de per­sil plat, de co­riandre et de ga­lan­ga (pour le pe­tit cô­té exo­tique). » Et pen­dant que je dis ça, on pro­jette une vi­déo où je mets un sac plas­tique sur la tête de la cri­tique gas­tro­no­mique et je com­mence à l'étran­gler. C’est quoi pour vous le plai­sir à table ? J.B. : Un bon verre de vin en dé­but de soi­rée, les potes qui se réunissent dans la cui­sine – comme d'hab', parce que ça fi­nit tou­jours dans la cui­sine. On est tous aux four­neaux et puis, une heure après, on passe à table et on par­tage le même plai­sir. En plus, main­te­nant j'ai la chance de vivre à la cam­pagne. Donc, quand les

potes viennent, ce n'est pas juste pour dî­ner. En gé­né­ral, je leur ai en­voyé le me­nu la veille, ils savent qu'on va tra­vailler sur telle ma­tière, tel pro­duit. Ils ar­rivent à la mai­son avec les bonnes bou­teilles de vin, il y a une vraie in­ter­ac­ti­vi­té, un vrai par­tage, l'apé­ro qui dé­marre à 18 heures avec un mi­ni « fro­me­ton », le pe­tit Ro­ca­ma­dour sar­thois af­fi­né par le fro­ma­ger Sté­phane Tor­ché à La Fer­té-Ber­nard. En­suite une pe­tite mise en bouche et on en­chaîne sur l'en­trée se­lon les sai­sons. Ré­cem­ment, j'ai un pote qui est ve­nu avec des as­perges blanches qu'il avait cho­pées je sais plus où. Il nous les a pré­pa­rées à l'an­cienne, vous sa­vez avec l'oeuf qu'on ef­frite par-des­sus, la pe­tite sauce et tout… J'au­rais du mal à dé­ve­lop­per une ami­tié pro­fonde avec une per­sonne qui n'aime pas man­ger. Alors, tom­ber amou­reux d'une femme qui n'aime pas man­ger, ça ne pour­rait pas fonc­tion­ner ! D'ailleurs ma femme (Clémence Thio­ly) est co­mé­dienne et… chef à do­mi­cile. Qu’est-ce qu’on mange si on passe vous voir dans le Perche ?

J.B. : Alors, pour faire connais­sance, si je ne veux pas ra­ter mon coup et qu'on est dans la bonne pé­riode des truffes, je vous pré­pa­re­rais des Lin­guine aux truffes… avec un pe­tit Pinot noir. Tout sim­ple­ment ! Et puis si on a en­vie de man­ger un peu lé­ger le len­de­main, je vous fe­rais un pe­tit bar en croûte avec un beurre blanc que mon père réus­sis­sait ma­gni­fi­que­ment bien : vous faites re­ve­nir les écha­lotes dans le vi­naigre, en­suite vous met­tez votre beurre et la crème, ça s'épais­sit na­tu­rel­le­ment, vous cas­sez la croûte, ou­vrez un fi­let de bar, je vous mets ça des­sus, tout va bien se pas­ser !

Un faux chef chez un grand chef ! Ju­lien Boisselier avec le cui­si­nier Laurent Za­jac de

chez Maxan (Pa­ris 8e).

12 mil­li­mètres, de Vincent Juillet et Me­lis­sa Dri­geard avec Ju­lien Boisselier, s’est joué cet été au théâtre de l’OEuvre (Pa­ris 9e). Nou­velles dates pro­chai­ne­ment.

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