DU VIN, DU VENT ET DES HOMMES…

Vi­gne­rons poètes, ter­rasses à la fraîche et vents lé­gers… Le co­mé­dien et pro­duc­teur, à l'af­fiche de Nor­man­die nue (sor­tie en salles le 10 Jan­vier), pré­fère les vins en plein air et les grands crus qui res­pirent.

Grand Seigneur - - Débat] -

Sa­vez-vous pho­to­gra­phier le vin par le nez et tous les pores de la peau ? C’est une ex­pé­rience ex­tra­or­di­naire que j’ai vé­cue il y a quelques an­nées à Pa­tri­mo­nio (Corse), lors de ma pre­mière ren­contre avec An­toine Aré­na. Pour ceux qui ignorent tout du Mon­sieur, ap­pre­nez qu’il est pro­ba­ble­ment l’un des meilleurs vi­gne­rons de l’Ile. Et pour moi, l’équi­valent des Beatles et Louis Jou­vet réunis ! J’étais au Fes­ti­val Cap sur le rire à Er­ba­lun­ga, un fes­ti­val dont je suis par­rain à vie (et vous sa­vez qu’en Corse, le mot par­rain si­gni­fie quelque chose...), quand je dis à ma com­pagne Anaïs : « Il faut que je te montre le vil­lage de Saint-Florent, c’est le ber­ceau de ma fa­mille. » On dé­barque à Pa­tri­mo­nio, la com­mune d’à cô­té, et je de­mande à Yves Ca­na­rel­li, un vi­gne­ron qui fait un vin fan­tas­tique à Fi­ga­ri (Clos Ca­na­rel­li), de si­gna­ler ma vi­site à An­toine Aré­na. On était donc bien in­tro­duit. Et en Corse, c’est im­por­tant. Mais contre toute at­tente, le Do­maine An­toine Aré­na, c’est une mai­son au mi­lieu d’un rond-point. Et là, je suis ac­cueilli par un chien qui aboie, je ne le connais pas, lui non plus. Et tout d’un coup, je vois ce grand bon­homme en haut de l’es­ca­lier qui fait « Ah ! » en m’aper­ce­vant. Il est beau avec ses che­veux blancs et on com­mence à par­ler de la Corse, de mes ori­gines. On at­taque un pe­tit verre, puis deux pe­tits verres, puis trois… Et là, ça s’em­balle. Il voit comme j’aime le vin, va cher­cher des vieux mil­lé­simes de Car­co, de Grotte di Sole. Sa femme, qui est son âme soeur et son bras droit, se met à cui­si­ner des ca­la­mars pê­chés par son fils (qui fait aus­si du vin !). Et ça conti­nue, ça conti­nue… On boit et on re­boit sur les Ca­la­mars. Il me ra­conte comment le pe­tit étu­diant qu’il était, dé­cide de pla­quer la fac de droit de Corte pour de­ve­nir vi­gne­ron, comment il a ren­con­tré sa femme avant de se lan­cer. On est tel­le­ment bien, à la fraîche sur sa ter­rasse qui donne sur le car­re­four… Il y a des voi­tures qui passent. Et comme il connaît tout le monde, on fait des cou­cous aux voi­tures. C’est un mo­ment d’une convi­via­li­té ex­tra­or­di­naire, la nais­sance d’une ami­tié. C’est ça le vin Corse. De l’im­pro­vi­sa­tion, de l’hu­mour. Et on sait comment ça com­mence, ja­mais comment ça va se ter­mi­ner. Ce soir-là, je me suis ré­con­ci­lié avec une par­tie de mon en­fance et avec la Corse que j’avais quit­tée. C’est la Corse que j’aime, la Corse qui est ou­verte et fière de ce qu’elle est. Mais sur­tout, j’ai réa­li­sé pour­quoi j’ai­mais au­tant le vin en ex­té­rieur. Pour moi, la grande émo­tion du vin se par­tage mal entre quatre murs. J’aime le vin qui prend l’air, le vin qui res­pire, le vin de brise char­gée des arômes de la nuit et des arbres. J’aime le Châteauneuf-du-pape les che­veux au vent, dans la Jeep de mon ami Serge à Carpentras, les grands Bor­deaux à deux heures du ma­tin près d’un oli­vier sous les étoiles, le Côtes de Bourg Roc de Cambes de Fran­çois Mit­ja­ville toutes fe­nêtres ou­vertes pour prendre la me­sure du mo­ment. J’aime le « ven­tou­re­so », le pe­tit souffle du Mont Ven­toux qui des­cend des alpes et souffle vers la Ca­margue, quand je goûte toutes les cuves de So­lence avec mon ami Jean-Luc Is­nard. « Le vin n’a pas de li­mite, c’est pour ça qu’il est pas­sion­nant », dit le meilleur ca­viste de France (2011), Ni­co­las Stromboni, l’une des plus grandes plumes sur le vin que je connaisse (Du pain, du vin et des our­sins, Ma­ra­bout) et qui fait aus­si le Ter­ra d’Ora­zi avec Yves Ca­na­rel­li. L’un des jus les plus sub­tils que j’ai bu de ma vie... Le vin est in­fi­ni, c’est un tour­billon de ren­contres avec les vi­gne­rons. L’oxy­gène du fruit et des hommes qu’on pho­to­gra­phie de tout son être, avec le nez, le pa­lais, les che­veux. Et tous les pores de sa peau. Fran­çois-Xa­vier De­mai­son,

De­mai­son se livre, le 10 Jan­vier 2018 à l’Olym­pia.

FRAN­ÇOIS-XA­VIER DE­MAI­SON

Ac­teur et bu­veur de brises

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