“LA BOUFFE ME REND COMPLÉTEMENT DINGUE !”

Grand Seigneur - - Entretien - Oli­vier Mal­nuit / Pierre Mo­net­ta Sty­lisme / Elsa Oe­sin­ger Make up et mise en che­veux / Cé­line de Cruz

Ma­ki de boeuf bour­gui­gnon, toast à la bu­cheoise et dim-sum au ca­nard… Et si l’hu­mo­riste le plus bour­ré du Net ca­chait un vrai poète de table ? Pe­tits échanges à l’apé­ro avec ce cuis­tot mal­gré lui qui fait mon­ter la sauce dans le film Bu­da­pest. Et pré­pare à pe­tit feu le re­tour des… Re­cettes Pom­pettes !

Vol­ver Piz­ze­ria Ar­gen­tine (45 rue de la Ro­quette,

Pa­ris 11e), quelques jours avant la Coupe du Monde... Mon­sieur Poulpe, l’homme qui, il y a quelques an­nées, ré­vo­lu­tion­nait la tam­bouille de fri­go en cui­si­nant pour les toxi­cos du jeu-vi­déo, le chef po­che­tron des

Re­cettes Pom­pettes sur YouTube qui bous­cule les in­ter­dits de la loi Evin en jon­glant (cul sec) avec la cui­sine d’apé­ro, l’ani­ma­teur de Crac-Crac sur Ca­nal Plus, l’émis­sion de cul pas con qui re­donne un peu de cro­quant à la chaîne en per­di­tion, l’au­teur et co­mé­dien qui crée l’évé­ne­ment dans

Bu­da­pest, le « bud­dy-mo­vie » de l’été, avec son per­son­nage de guide per­oxy­dé pour en­ter­re­ment de vie de gar­çons, ce­lui-là et son 1,90m de talent, de né­vroses (« J’adore tout ce qui est râ­té… »), de fla­gor­ne­rie et d’ap­pé­tit, par­tage une piz­za Sal­va­tore (à la sau­cisse fraîche de Tos­cane) et une bière Quil­mès (la blonde la plus po­pu­laire de Bue­nos Aires) avec Grand Sei­gneur, le ma­ga­zine du plai­sir à table. « Quand je suis saoul, j’ai un oeil plus haut

que l’autre », pré­vient cet an­cien Web-de­si­gner de la Gen­dar­me­rie Na­tio­nale (vé­ri­dique), de­ve­nu en près de 20 ans de bons et loyaux ser­vices sur In­ter­net (No­life, Stu­dio Ba­gel, etc.), le seul hu­mo­riste après Va­lé­rie Le­mer­cier (et sa cé­lèbre « Cui­sine à l’huile ») qui donne en­vie de se re­mettre aux four­neaux et de boire un coup... Santé ca­ma­rade !

Mon­sieur Poulpe, com­ment avez-vous dé­cou­vert la cui­sine ?

Mon­sieur Poulpe— Pas chez mes pa­rents, parce qu’ils cui­si­naient comme des pieds ! Quand j’étais ado en re­vanche, ils m’ont em­me­né dans un étoilé où j’ai dé­cou­vert le mé­tier de saucier. Je trou­vais ça fas­ci­nant, l’idée de « mas­te­ri­ser » chaque étape d’une sauce hol­lan­daise, de se prendre la tête sur un mélange d’eau, de ci­tron et de jaune d’oeuf au bain-ma­rie, sur une émul­sion au beurre, sur l’as­sai­son­ne­ment, etc. C’était fi­na­le­ment très geek comme idée, j’ai vou­lu faire ça pen­dant deux ans. Ce n’est pas pour au­tant que je li­sais Es­cof­fier sous la couette ou que je me suis ins­cris à Fer­ran­di, mais di­sons que j’ai ap­pris tout seul, sur­tout quand je suis ar­ri­vé à Pa­ris. À l’époque, j’avais 20 ans, je bouf­fais trois Do­mi­no’s Piz­za par jour, jus­qu’à ce que je me rende compte qu’un pou­let ma­ri­né avec un peu de miel et de ci­tron ou de la mou­tarde à l’an­cienne, c’était quand même va­che­ment meilleur. Pe­tit à pe­tit, je suis de­ve­nu le genre de mec qui va au mar­ché. En ce mo­ment, c’est plu­tôt ce­lui du bou­le­vard Ri­chard-Le­noir (Pa­ris 11è) ou les rayons de Bio­coop (19 ave­nue de la Ré­pu­blique, Pa­ris 11è). Y’a une mon­tagne de fruits et légumes chez moi, je suis une sorte de geek em­bour­geoi­sé…

“QUAND

J’ÉTAIS ADO,

JE VOU­LAIS

DE­VE­NIR SAUCIER”

Vous avez vi­ré foo­dis­ta ?

M.P.— Non, je ne suis pas non plus dans l’es­thé­ti­sa­tion du ba­si­lic, faut pas exa­gé­rer. Mais j'avoue que j'aime bien me prendre des « cla­quasses » au res­to comme chez L’Ami Jean (27 rue Ma­lar, Pa­ris 7è) pour l’épaule de co­chon aux ca­rottes et aux oi­gnons avec l’ail en che­mise, le velouté de par­me­san aux légumes, les ter­rines et le fa­meux riz au lait avec la crème fouet­tée au ca­ra­mel et les noix de pé­can. Ah, ce riz au lait... On m’avait pré­ve­nu qu’il ne fal­lait pas man­ger pen­dant trois jours avant d’al­ler chez L’Ami Jean. La der­nière fois que j’y ai dé­jeu­né, j’ai sué toute l’après-mi­di, je vous jure. Mais quelle baffe ce res­to ! Si­non, dans un autre genre, j’adore Miz­non (22 rue des Ecouffes, Pa­ris 4è) pour le chou-fleur brai­sé et le boeuf bour­gui­gnon, Fren­chie Ta­pas (6 rue du Nil, Pa­ris 2è) pour les scotch eggs de fou, cuits dans la chair à sau­cisse, Os­sek Gar­den (14 rue Ram­pon, Pa­ris 11è) pour le steak à la coréenne, le ra­goût de ca­billaud, etc. En fait, je crois que suis en train de m’in­té­res­ser mé­cham­ment à la bouffe coréenne…

Vous êtes en train de lâ­cher la cui­sine ja­po­naise ?

M.P.— Sur­tout pas, je suis tou­jours un for­ce­né des ra­mens de chez Ip­pu­do (14 rue Jean-Jacques Rous­seau, Pa­ris 1er) ! À la base, les ra­mens c’est vrai que je m’en fous un peu, c’est juste de la soupe. Mais là-bas, c’est tel­le­ment

bon : les bouillons re­le­vés à l’huile de kaoyu (ail) avec la sauce una­mi, les tranches de cha­shu (porc brai­sé), la ci­boule, les épices… Quand je vais à Londres pour me faire ta­touer, c’est comme une sorte de T.O.C : il faut que j’aille man­ger un oko­no­miya­ki (ome­lette ja­po­naise, ndlr.) avec du stil­ton et du ba­con chez Abe­no Too (17 Great New­port Street). C’est un truc un peu che­lou chez moi, j’adore la cui­sine fusion an­glo-asia­tique, je vais même ré­gu­liè­re­ment me taper chez Yauat­cha (15 Broad­wick Sreet) des dim-sum au ca­nard, à la truffe noire, etc…

Com­ment est née l’idée de votre pre­mière émis­sion de cui­sine

(Mange mon geek) ?

M.P.— C’était en 2007 sur la chaîne No­life, j’avais pro­po­sé trois émis­sions en me di­sant que celle-là ne pas­se­rait ja­mais. L’idée, c’était de lut­ter contre la mal­bouffe du geek shoo­té aux piz­zas au mi­cro-ondes avec des plats ul­tra-simples et des ingrédients un peu ré­gres­sifs : le riz au co­ca (avec du jam­bon et un cube de bou­quet gar­ni), la bru­schet­ta al’co­glio­ni (to­mates moz­za­rel­la sur pain de cam­pagne), le ha­mac-ha­mac bau­det (fi­lets de pou­lets au fro­mage sur buns), le toast à la Bu­cheoise (sau­mon à la crème fraiche sur pains brio­chés), la ri­cot­ta aux fruits rouges, etc. Je met­tais un point d’hon­neur à in­ven­ter de vraies re­cettes pour que les gens les

re­fassent chez eux…

À l’époque, vous bu­viez dé­jà en fai­sant la cui­sine ?

M.P.— Non, mais je fai­sais tou­jours un mo­ment cas­cade ! C’est-à-dire que je me vau­trais sur le car­re­lage, je me fai­sais po­ser des pinces à linge sur la tronche, etc. C’était ma fa­çon à moi de mouiller le maillot... Je trouve tou­jours im­por­tant en té­lé de pé­ter un peu les codes et d’al­ler dans le dé­cor. Si­non, on se re­trouve avec un pro­gramme un peu fi­gé et le même type d’ani­ma­teur dans son pe­tit cos­tard.

C’était com­ment la chaîne No­life ?

M.P.— C’était un joyeux far-west, très bor­dé­lique, avec des lo­caux bien dé­glin­gués vers Bel-Air... À Pa­ris 12è hein, pas Los An­geles. Mais y’avait un truc de créa­tion de fou, cha­cun avait son propre pro­gramme. Avec mon pote Da­vy Mou­rier (Da­vy Mou­rier Vs Cu­ba, Del­court), on fai­sait l’émis­sion Nerds. Bon, bien sûr, on n’était pas payés. Au dé­but, on de­vait même fi­nan­cer nous-mêmes la pro­duc­tion. Sé­bas­tien Ru­chet et Alex Pi­lot, deux an­ciens de la chaine Game One, avaient mon­té ça avec un bud­get de mille

eu­ros par mois. Mais les pre­mières an­nées étaient hy­per bien, on pro­dui­sait énor­mé­ment (J’irai Lo­ler sur vos tombes, Ka­ra­té Boy, etc.). Le pro­blème, c’est que quand on est obli­gés d’avoir un taf’ à cô­té et que les pa­trons ne sont pas vrai­ment des pa­trons, on fi­nit par al­ler voir ailleurs.

C’est vrai qu’au même mo­ment, vous fai­siez Din­go chez Dis­ney ?

M.P.— En fait, même au­jourd’hui, je n’ai pas le droit de vous dire qui je jouais. Mais oui, j’ai été co­mé­dien cinq ans à Marne-la-Val­lée. Cer­tains jours aus­si, je fai­sais garde du corps des per­son­nages, pour évi­ter qu'ils se fassent cha­hu­ter par les ga­mins sur­ex­ci­tés. Le sou­ci, c’est qu’avec les émis­sions sur No­life, les ados fi­nis­saient par faire plus de pho­tos de moi que de la mas­cotte, ça de­ve­nait gê­nant. En pa­ral­lèle, la chaîne n’en fi­nis­sait plus d’avoir des sou­cis fi­nan­ciers, c’était de­ve­nu une sorte de Dal­las un peu nul… Et puis, le Stu­dio Ba­gel, qui dé­mar­rait tout juste, m’a pro­po­sé d’être leur di­rec­teur d’écri­ture. Je me suis re­trou­vé avec une dou­zaine de ta­lents (Mis­ter V, Ke­vin Ra­zy, Jé­rôme Niel, etc.) dont cer­tains n’avaient ja­mais fait de fic­tion. Au dé­but, je si­gnais même pas mal de textes. Et puis pa­ral­lè­le­ment, Alexandre As­tier (Kaa­me­lott) nous a pro­po­sé de re­lan­cer sur Golden Mous­tache le Golden Show : une émis­sion à sketchs de 26 mi­nutes qu’on pro­dui­sait avant avec Da­vy. Bref, pen­dant deux ans, j’ai don­né pas mal à In­ter­net...

Com­ment s’est pas­sé la greffe avec Ca­nal Plus ?

M.P.— Très sim­ple­ment. Ca­nal a ra­che­té 60% du Stu­dio Ba­gel. Ils m’ont pro­po­sé d’être le di­rec­teur d’écri­ture du Dé­zap­ping. Du coup, j’ai ar­rê­té tout le reste, j’ai fait une pa­ro­die de BFM TV, Le Grand Jour­nal a ado­ré, je suis tom­bé amou­reux d’An­toine de Caunes (et c’était ré­ci­proque) et on est res­tés trois ans en­semble.

Et pen­dant tout ce temps, pas d’émis­sion de cui­sine ? M.P.— C’était le pro­blème, j’étais un peu dans une frustration de Mange

mon geek, tout le monde me de­man­dait quand j’al­lais re­mettre mon ta­blier. En plus, deux ans plus tôt, j’avais tour­né le pi­lote d’une émis­sion, le concept c’était que je me met­tais une caisse et j’in­ter­ro­geais les gens à la sor­tie des bars sur des su­jets d’ac­tu. Seu­le­ment, comme l’équipe tech­nique avait bu aus­si, le son était mal pris, le cadre pas ca­dré, bref c’était hor­rible. Du coup, double frustration… Ja­mais je n’au­rais ima­gi­né faire le lien entre un for­mat d’in­ter­view bour­rée et Mange mon geek, avant que je ne dé­couvre les Re­cettes Pom­pettes, qui ont car­ton­né au Qué­bec. C’est l’al­liance par­faite, si on peut dire.

Vous avez vou­lu le dif­fu­ser tout de suite sur YouTube ou vous es­pé­riez le dé­ve­lop­per en TV ?

M.P.— Lo­ren­zo Be­ne­det­ti, le fon­da­teur du Stu­dio Ba­gel, m’avait pré­ve­nu que ça al­lait être chaud pour une chaîne avec la loi Evin. Mais de toute ma­nière, ça m’en­nuyait de dé­ve­lop­per un for­mat TV, je vou­lais une to­tale li­ber­té. C’est aus­si pour ça qu’on l’a dif­fu­sé sur YouTube. Parce qu’on pou­vait faire ce qu’on vou­lait sans être non plus in­cons­cients. Par exemple, on a re­fu­sé tous les spon­sors de marques d’al­cools et pri­vi­lé­gié un par­te­na­riat avec Take Eat Ea­sy, l’ex-pla­te­forme de li­vrai­son de re­pas à

do­mi­cile. C’était notre fa­çon de dire : si vous bu­vez, épon­gez avec une bonne bouffe li­vrée chez vous. L’idée, c’était d’être punk mais res­pon­sables. Y’a trop de morts au vo­lant à cause de l’al­cool pour qu’on de­vienne les porte-éten­dards du « ouais, en s’en bat les couilles ».

Qui écrit les re­cettes des Re­cettes Pom­pettes ?

M.P.— C’est moi ! Au dé­but, je me cas­sais même la tête à in­ven­ter des re­cettes in­édites pour chaque in­vi­té, comme l’oeuf mol­let prin­cier sur un écra­sé de pommes de terre à la ro­tu­rière avec son tour­teau royal pour Sté­phane Bern, ou la tem­pu­ra de gam­bas à la trou­villoise pour An­toine de Caunes. Et puis très vite, c’est de­ve­nu un peu re­lou. Je me suis concen­tré sur des re­cettes en rap­port avec les ori­gines de l’in­vi­té ou avec son ac­tu, comme la chou­croute pho­céenne pour Cla­ra Mor­gane ou le krem­lin d’avocat et son kar­pac­cio de Saint-Kak au ka­viar avec Fré­dé­ric Beig­be­der, qui sor­tait à ce mo­ment-là son film L’idéal. Pour la pro­chaine sai­son, je me dis que je vais pré­pa­rer des trucs plus chia­dés sur la pré­sen­ta­tion. Parce qu’au mo­ment du dres­sage, c’est là où on est le plus ivre-mort du monde, et je pense que c’est là où c’est le plus drôle...

Vous avez dé­jà sol­li­ci­té des chefs pour vous ai­der ?

M.P.— Oui, une fois, pour l’émis­sion avec Elo­die Fré­gé. On avait pré­vu de faire un ma­ki de boeuf bour­gui­gnon avec un gros su­shi à la viande quand j’ai croi­sé Jean Im­bert dans les bu­reaux de Ca­nal Plus, qui m’a don­né quelques conseils sur le gin­gembre en la­melles et la langue de boeuf en émin­cé. Bon, ça n’a pas ser­vi à grand-chose parce qu’on était bien trop pom­pettes pour dé­cou­per la langue de boeuf jus­qu’au bout, mais c’était bien quand même. Le chef Xa­vier Pin­ce­min est ve­nu pas­ser une tête pour faire un cours de cui­sine très très con. Beau­coup de chefs adorent l’émis­sion, du coup ça me fout un peu la pres­sion.

Est-ce que vous avez des dou­blures de plats au cas où ça foire ?

M.P.— De­puis les der­nières émis­sions, un ami qui a pris des cours pour de­ve­nir chef pré­pare les mêmes re­cettes en pa­ral­lèle, his­toire d'évi­ter qu’on soit blo­qués sur un tour­nage au cas où on ra­te­rait trop les étapes.

“Y’A TROP DE MORTS AU VO­LANT À CAUSE DE L’AL­COOL ”

C’est un peu notre gi­let pare-balles sur le pla­teau, on le voit même de temps en temps dans le champ. Mais si­non, la qua­si-to­ta­li­té de la pré­pa­ra­tion du plat, c’est bien l’in­vi­té et moi. En fait, j’adore la bouffe et cui­si­ner, ça me rend com­plè­te­ment dingue.

On vous re­trouve éga­le­ment cet été à l’af­fiche de Bu­da­pest, la pre­mière co­mé­die de Xa­vier Gens (Fron­tières, Hit­man) avec Ma­nu Payet, Jo­na­than Co­hen, Alice Be­laï­di, Alix Pois­son, etc…

M.P.— Oui, c’est un film que j’aime beau­coup parce que j’ai l’im­pres­sion qu’on pro­pose quelque chose d’un peu nou­veau, sans for­cé­ment non plus pré­tendre au chef d’oeuvre. Trop sou­vent, dans la co­mé­die, les gens se branlent un peu, pensent qu'ils ont ré­vo­lu­tion­né le genre, mais j’ai le sen­ti­ment qu’on a tout de même ame­né un truc un peu dif­fé­rent dans la mu­sique de l’hu­mour. On a va­che­ment lais­sé de place à l’im­pro, ce qui donne un rythme plus na­tu­rel. Vi­suel­le­ment, ça en­voie pas mal, sans pour au­tant tom­ber dans le piège du film fran­çais « à l’amé­ri­caine ». Et pour un bud­dy-mo­vie, c’est plu­tôt fé­mi­niste, à re­bours de la grosse poi­lade entre couilles...

Com­ment ça ?

M.P.—Bu­da­pest est d’abord ti­ré d’une his­toire vraie, celle d’Au­ré­lien Bou­dier et Alexandre Mar­tuc­ci, deux di­plô­més d’HEC qui ont pla­qué leur job dans des grosses boîtes pour lan­cer Cra­zy EVG, une agence de voyages spé­cia­li­sée dans les en­ter­re­ments de vie de gar­çon. Dans une ville où tout est pos­sible comme Bu­da­pest, ça donne des vi­rées en char d’as­saut, le Car Smash (des­truc­tion de voi­tures), le Beer Bike (vi­site gui­dée de la ville à bord d’un bar mo­bile), les com­bats de boue XXL, le Man Vs Dog (at­taque de chiens), le tir à l’AK-47, le strip-tease au pe­tit dej’... C’est une co­mé­die bor­der­line sur l’ami­tié, mais fil­mée de ma­nière fo­folle par Xa­vier Gens qui vient clai­re­ment du film d’hor­reur aux États-Unis (l’ex­cellent The Di­vide, ndlr.). Et, au fond, c’est aus­si une bro­mance sur l’égo dans le tra­vail comme dans les re­la­tions sen­ti­men­tales. Com­ment res­ter sur les rails face à la réus­site, ne pas « vriller » quand le suc­cès vous tombe des­sus, res­ter sé­rieux dans son couple en dé­ve­lop­pant un bu­si­ness sur la fête et les ex­cès, etc. ? Dans le film, l’agence s’ap­pelle Cra­zy Trips et n’opère qu’à Bu­da­pest. Mais dans la vraie vie, Cra­zy EVG pro­pose dé­jà plus de 70 des­ti­na­tions en Eu­rope et aux États-Unis…

Com­ment vous êtes-vous re­trou­vé à in­ter­pré­ter Giorgio, l’ex­pa­trié che­lou qui guide les fran­çais dans les lieux de per­di­tion à Bu­da­pest?

M.P.—Ma­nu Payet avait co-écrit le film et m’avait pro­po­sé un pe­tit rôle de­dans, ce que je trou­vais dé­jà gé­nial. Et puis, voi­ci un an, il avait en­core des pe­tits doutes sur les dia­logues et m’a de­man­dé de re­lire le script pour « re-pim­per » cer­tains pas­sages. Une fois lu, je le rap­pelle et lui dis : « C’est hy­per bien, mais quel vieux tu as pris pour jouer Giorgio le ba­rou­deur ? »

Et lui me ré­pond : « C’est mar­rant que tu me dises ça parce que j’avais cas­té un mec âgé mais fi­na­le­ment ça ne se fait pas, je vou­drais que ce soit

toi qui le fasse. » Donc, on a ra­jeu­ni le per­son­nage, j’ai ai­dé un peu sur l’écri­ture mais sur­tout peau­fi­né le look du gar­çon. J’adore ça, me prendre la tête sur les dé­tails, créer des rails pour en­suite faire n’im­porte quoi avec. Je vou­lais qu’il ait 45 000 ta­touages, une tein­ture, qu’il soit frin­gué un peu n’im­porte com­ment, qu’il se blesse, qu’il ait un bras dans le plâtre sans qu’on sache trop pour­quoi, puis qu’il n’en ait plus, puis à nou­veau un avec des des­sins des­sus... On de­vait sen­tir la vie un peu com­pli­quée du mec, qu’il avait dé­jà vé­cu 4000 aven­tures mais qu'elles étaient qua­si­ment toutes un peu nulles ! Et avec toutes les scènes d’im­pro qu’on a gar­dé, je suis hy­per content.

Lors du tour­nage en Hon­grie, est ce que vous avez pu goû­ter quelques spé­cia­li­tés lo­cales comme le gou­lasch, le lec­so (la ra­ta­touille hon­groise), le gâ­teau Do­bos (un opé­ra au cho­co­lat gla­cé au ca­ra­mel), etc. ?

M.P.—Mal­heu­reu­se­ment non. À part la pa­lin­ka (l’eau de vie lo­cale tra­di­tion­nelle), je crois que je n’ai pas com­pris grand-chose à la gas­tro­no­mie hon­groise. Il faut dire que le pre­mier jour, j’ai man­gé une to­mate moz­za­rel­la ra­tée... C’est quand même très ba­laise de ra­ter une to­mate moz­za­rel­la, non ? Du coup, ni­veau bouffe j’étais un peu mal­heu­reux.

Est-ce qu’on on va vous re­voir dans Crac-Crac à la ren­trée sur Ca­nal Plus ?

M.P.—Oui, l'émis­sion a va­che­ment plu et on re­com­mence en oc­tobre avec

Ca­nal. Et en plus, j’ai trois ou quatre pro­grammes en pro­duc­tion avec la chaîne, un long mé­trage que je co-pro­duis et co-écris avec Ma­nu Payet, et d’autres trucs qui sont sur le long terme.

Ça s’ar­rose, qu’est-ce que vous pre­nez ?

M.P.—Un verre de Pé­char­mant, ça veut dire col­line char­mante en lan­gue­do­cien. C’est un vin rouge gre­nat du vi­gnoble de Ber­ge­rac en Dor­dogne, où j’ai vé­cu en­fant. Très ter­reux, très fruité, j’adore.

Pour­quoi vous ne sou­riez ja­mais ?

M.P.— C’est vrai que je donne sou­vent cette im­pres­sion. On me de­mande même par­fois si je m’em­merde, alors que je suis gé­né­ra­le­ment très content. On m’a même dit que je pou­vais pas­ser pour quel­qu’un de condes­cen­dant au pre­mier abord, d’un peu pé­dant, parce que je tire sou­vent la gueule. Mais je n’y peux rien si mon vi­sage est comme ça, alors que je crois que je suis plu­tôt ave­nant comme mec…

Mon­sieur Poulpe (Bu­da­pest, ac­tuel­le­ment en salles) et ses chips au chèvre chaud et miel.

»

Fé­ti­chiste du dé­tail, Mon­sieur Poulpe consi­dère ses émis­sions comme desbacs à sable : « On créé des ter­rains de jeux et on pro­voque l’ac­ci­dent, sans sa­voir ce que ça va être… Mon­sieur Poulpe porte (à moi­tié) une che­mise Hu­go Boss

Ce vé­té­ran des vi­déos sur le Net ne re­cule de­vant rien pour une re­cette.Il a dé­jà man­gé une arai­gnée, des cro­quettes pour chat, des bon­bons aux algues...

Fils de gen­darme et an­cien Web- de­si­gner,Mon­sieur Poulpe est pas­sé maître dans le ma­nie­ment de la mi­traillette à cham­pagne Ex­tra Night (lire page 28).

Ci-contre, Mon­sieur Poulpe avec le bar­be­cue élec­trique à char­riot Pulse 2000 de We­ber, le chienChel­sea et une ch’tite cou­pette de cham­pagne Lan­glet.

Au­teur per­fec­tion­niste, Mon­sieur Poulpe tra­vaille sur le pro­jet despec­tacle le plus long du monde : « J’ai mis cinq ans à écrire trois sketchs,je ne suis pas en­core prêt. »

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