PLUS DE MILLE FRESQUES ORNENT DÉ­SOR­MAIS LES MURS DES PE­TITS VILLAGES DE SAR­DAIGNE

Grands Reportages - - Découverte Italie -

graphe lo­cal re­pro­duit le Guer­ni­ca de Pi­cas­so. Le coup d'État au Chi­li en 1973 ? La Po­logne en 1981 ? Le mur de Ber­lin ? La « tem­pête chi­rur­gi­cale » dans le dé­sert du sud de l’Irak ? Sa­ra­je­vo ? Le 11 sep­tembre ? Ces évé­ne­ments, par­mi d’autres, sont re­pro­duits dans le par­cours si­nueux des ruelles de ce vil­lage de mon­tagne où, à la tom­bée du jour, les trou­peaux de bre­bis des­cendent des pâ­tu­rages et croisent de leur laine blanche les éter­nelles veuves noires, sym­boles de la Mé­di­ter­ra­née.

L’ini­tia­tive de ces fresques re­vient à Fran­ces­co del Ca­si­no,

un jeune ar­tiste sien­nois nom­mé pro­fes­seur de des­sin à Or­go­so­lo en 1969. Son pre­mier tra­vail réa­li­sé avec ses élèves a été d’illus­trer la « lutte de Pra­to­bel­lo » , soit le com­bat des ber­gers me­na­cés d’expulsion par le pro­jet d’im­plan­ta­tion d’un camp mi­li­taire de l’Otan sur leurs pâ­tu­rages. Les ha­bi­tants, sé­duits, prêtent spon­ta­né­ment leurs murs et choi­sissent eux- mêmes des thèmes qui leur sont chers : le chô­mage, les in­éga­li­tés, l’in­jus­tice, le pa­ci­fisme, les mon­tées du fas­cisme, les guerres… Des fresques poi­gnantes de sen­si­bi­li­té naissent de ce tra­vail et font bien­tôt par­tie in­té­grante de la culture sarde. « Un'al­tra guer­ra ? No gra­zie » — « Une autre guerre ? Non mer­ci » — pro­clame, au coin d’une rue, Char­lot vê­tu en sol­dat de 1914. À l’ex­tré­mi­té de la rue prin­ci­pale, une « mu­rale » re­pré­sente un vieillard tran­quille, as­sis sur les marches de sa mai­son : « Heu­reux le peuple qui n'a pas be­soin de hé­ros » , af­firme- t- il. C’est dire com­bien le vil­lage d’Or­go­so­lo as­pire à la paix, même s’il re­cueille les échos des guerres qui se­couent la terre. Éton­nant pa­ra­doxe quand on connais­sait la ré­pu­ta­tion de pé­pi­nière du ban­di­tisme sarde que se taillait cette bour­gade à cette époque. À la seule évo­ca­tion du nom d’Or­go­so­lo, toute l’Ita­lie trem­blait. Ce vil­lage de cinq mille ha­bi­tants compte au­jourd’hui plus de deux cent cin­quante pein­tures

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