DE­PUIS QUATRE SIÈCLES ET DE­MI, LA PLA­ZA DE AR­MAS SYM­BO­LISE LE COEUR VI­BRANT DE LA CI­TÉ

Grands Reportages - - Dossier Chili 48 Heures -

angle de la Pla­za. Fon­taine dé­diée à Si­mon Bo­li­var, le grand « li­ber­ta­dor » , di­zaines de joueurs d’échecs dis­pu­tant leurs par­ties à l’ombre des pal­miers, ar­tistes de rue en re­pré­sen­ta­tion, au centre des cercles de spec­ta­teurs, re­trai­tés re­gar­dant dé­fi­ler la ma­rée des ba­dauds et ven­deurs à la sau­vette, com­posent un ta­bleau fa­mi­lier. En fin d’après mi­di, les dan­seurs de cuen­ca, la danse na­tio­nale d’ins­pi­ra­tion créole, prennent par­fois pos­ses­sion de l’es­pla­nade : il faut les voir sau­tiller et agi­ter leur fou­lard, imi­tant la cour du coq, sous les vi­vats d’afi­cio­na­dos pas­sion­nés.

Entre la Pla­za de Ar­mas et la Pla­za de la Mo­ne­da,

siège du pa­lais pré­si­den­tiel bor­dé de bas­sins et ex- hô­tel de la mon­naie, un maillage de grandes rues pié­tonnes, no­tam­ment les Pa­seo Huer­fa­nos, Ahu­ma­da et Estado, des­sinent un centre très ani­mé, vi­brant de mul­tiples say­nètes : ar­tistes, mu­si­ciens, mimes, bo­ni­men­teurs ou ci­reurs de chaus­sure. On y dé­am­bule dans une ca­co­pho­nie bon en­fant, en dé­gus­tant le tra­di­tion­nel mote con hue­sillos, une bois­son ra­fraî­chis­sante et nu­tri­tive, à base de blé cuit et de si­rop de pêches déshy­dra­tées. Vi­site in­con­tour­nable à la ca­thé­drale, du XVIIIe­siècle, qui fait face à d’im­menses tours de verre bleu. Très peu de pa­tri­moine co­lo­nial a sur­vé­cu aux séismes ré­cur­rents. Tout près, le mu­sée pré­co­lom­bien, une mer­veille du « nou­veau San­tia­go » , a ré­ou­vert en 2013. Ses col­lec­tions ex­hibent no­tam­ment un re­mar­quable échan­tillon de po­te­ries an­thro­po­morphes is­sues des cultures pré- in­cas, une splen­dide frise maya, des mo­mies chin­chor­ros, d’an­tiques sculp­tures et un ex­cep­tion­nel en­semble de che­ma­muls, les to­tems de bois ma­puche. Moins sti­mu­lants, mais tout aus­si édi­fiants, les lieux de mé­moire de la dic­ta­ture mi­li­taire ( 1973- 1989) sont là pour se sou­ve­nir de son cor­tège d’atro­ci­tés : des mil­liers de pri­son­niers po­li­tiques, de morts et de dis­pa­rus. À voir : « Londres 38 » , l’un des centres de tor­ture sous Pi­no­chet, l’émou­vant mu­sée de la Mé­moire et des Droits hu­mains, en­fin le parc pour la Paix de la vil­la Gri­mal­di, l’an­cien quar­tier gé­né­ral de la Di­na, la po­lice po­li­tique. Pour conclure, halte, Pla­za Cons­ti­tu­ción, au pied du buste de Sal­va­dor Al­lende, pré­sident mar­tyr, pre­mière vic­time du coup d’État. An­ti­dotes au spleen, les bar­rios, ces quar­tiers his­to­riques ou po­pu­laires, sou­vent très ani­més le soir et les week- ends. Par­mi les plus at­ta­chants, ci­tons Bra­zil et Yun­gay pour leurs graphes om­ni­pré­sents et leur vie de quar­tier cos­mo­po­lite, Bel­las Artes et Las­tar­ria pour leur cô­té bo­hême et bran­ché, Bel­la­vis­ta et Re­co­le­ta pour ex­pé­ri­men­ter la fa­meuse ins­ti­tu­tion de la car­rete, ou « vie noc­turne » . C’est là aus­si que l’on peut s’im­mer­ger dans la vie et l’oeuvre de Pa­blo Ne­ru­da, en vi­si­tant sa char­mante re­traite, la Chas­co­na. En­fin, les nou­veaux quar­tiers de Pro­vi­den­cia et Las Condes, sur­nom­més « San­hat­tan » , donnent la pleine me­sure de la gen­tri­fi­ca­tion de San­tia­go : villas et ter­rasses chics, gratte- ciel ru­ti­lants, der­niers centres com­mer­ciaux, fast- food à l’amé­ri­caine et pâ­tis­se­ries fran­çaises… La Torre Cos­ta­ne­ra, flam­bant neuve, sym­bo­lise le clou de cette re­nais­sance ur­baine. Toi­sant les grands bou­le­vards de ses trois cents mètres de verre fu­mé et de bé­ton, elle est de­ve­nue le plus haut édi­fice d’Amé­rique la­tine, à l’image d’un pays en pleine mu­ta­tion.

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