LE MYTHE EN SON PA­LAIS-

Une nuit chez le Gué­pard

Grands Reportages - - Week- End Italie -

En 1958, un ro­man re­fu­sé par les mai­sons Mondadori et Ei­nau­di est pu­blié chez un jeune édi­teur mi­la­nais, Fel­tri­nel­li. Son titre : Le Gué­pard. Son au­teur ? Un vieil aris­to­crate si­ci­lien désar­gen­té, Giu­seppe To­ma­si di Lam­pe­du­sa, dé­cé­dé l’an­née pré­cé­dente et qui ne connaî­tra donc pas le des­tin phé­no­mé­nal de son oeuvre. Le livre est im­pri­mé à mille six cents exem­plaires en no­vembre. On croit si peu au suc­cès que les ma­trices sont dé­truites. Il fau­dra tout re­com­po­ser pour faire face à la de­mande : de fé­vrier à juillet 1959, il s’en vend trois cent mille exem­plaires… Lam­pe­du­sa, ma­rié à une psy­chiatre let­tone, n’avait pas d’en­fants. De même que Don Fa­bri­zio avec Tan­cre­di dans son ro­man, il était très at­ta­ché à un jeune cou­sin, Gioac­chi­no Lan­za, qu’il adop­ta. Gioac­chi­no, qui a au­jourd’hui quatre- vingt- un ans, est de­puis un de­mi- siècle le gar­dien du temple. Les droits d’au­teur lui ont per­mis de res­tau­rer la der­nière de­meure de Lam­pe­du­sa, Via Bu­te­ra. « Lorsque le pa­lais de fa­mille a été dé­truit par les bom­bar­de­ments d’avril- mai 1943, il s’est ins­tal­lé ici, ache­tant la moi­tié de cet édi­fice éga­le­ment très en­dom­ma­gé – et qui ne va­lait donc pas grand- chose. Il n’avait pas un sou et dut contrac­ter un prêt im­por­tant. La seule pièce in­tacte était la bi­blio­thèque… » Le drôle de couple vit à un rythme al­ter­né. « Sa femme tra­vaillait la nuit et se le­vait très tard. Lam­pe­du­sa était dé­jà de­bout à sept heures du ma­tin. So­li­taire, il pas­sait ses jour­nées au ca­fé pour écrire. » C’est là que Gioac­chi­no va sou­vent le re­trou­ver. De beaux sou­ve­nirs af­fleurent de cette loin­taine dé­cen­nie 1950. « En 1953, à dix- neuf ans, j’avais ache­té une Fiat To­po­li­no d’oc­ca­sion. Nous avons fait un long voyage sur les routes pous­sié­reuses jus­qu’à Mes­sine pour voir l’ex­po­si­tion consa­crée à An­to­nel­lo da Mes­si­na. En voi­ture, c’était un grand cau­seur, mais il fal­lait se mé­fier de ce qu’il ra­con­tait tant il avait l’ima­gi­na­tion créa­tive ! » Une par­tie du pa­lais abrite au­jourd’hui un hô­tel de charme. Et l’on peut s’ins­crire au cours de cui­sine de Ni­co­let­ta, l’épouse de Gioac­chi­no. Elle vous em­mène au marché avant de pré­pa­rer le ra­goût de thon à la menthe, dé­gus­té dans le grand sa­lon. Le pa­lais de Lam­pe­du­sa est res­té bien vi­vant… www. bu­te­ra28. it

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.