RE­TOUR­NONS EN EU­ROPE !

Grands Reportages - - ÉDITO -

Il souf­fle­rait comme un vent mau­vais sur l’Eu­rope. À force de vou­loir la pro­té­ger contre les « in­va­sions » – en ou­bliant au pas­sage que les Eu­ro­péens ont pas­sé une bonne par­tie de leur his­toire à en­va­hir et co­lo­ni­ser les Indes, l’Afrique et les Amé­riques – qui me­na­ce­raient la li­ber­té de ses ci­toyens et la sou­ve­rai­ne­té des États qui la com­posent, le Vieux Conti­nent donne le sen­ti­ment d’être de­ve­nu fri­leux, triste, recroquevillé, fer­mé sur lui­même, dé­sor­mais in­ca­pable d’ins­pi­rer des va­leurs dont le monde en­tier, hier, s’était ins­pi­ré. Se­lon les Cas­sandre qui se ré­pandent ici et là, nous sommes pro­mis à la dé­chéance et « Bruxelles » se­rait le père de tous nos vices et le gé­ni­teur de tous nos maux. Vrai­ment ? Si cette per­cep­tion, né­ga­tive, que nous avons do­ré­na­vant de l’Eu­rope s’im­pose dans la vox po­pu­li, il de­vient alors urgent de s’y re­plon­ger pour vé­ri­fier de quoi il en re­tourne. Avec ce nu­mé­ro spé­cial dé­dié aux week- ends en Eu­rope, plus par­ti­cu­liè­re­ment dans ses grandes villes mais aus­si au bord du lit­to­ral ( turc) ou de ses lacs ( ita­liens), Grands Re­por­tages vous in­vite à prendre l’air. Au ha­sard des dé­am­bu­la­tions dans Copenhague, Bu­da­pest, Bar­ce­lone, Split ou Bruxelles, l’évi­dence, pour­tant, s’im­pose. L’Eu­rope, au­jourd’hui pre­mière puis­sance com­mer­ciale au monde, est im­men­sé­ment riche, foi­son­nante, va­riée et créative. À l’avant- garde dans de nom­breux do­maines, elle s’ap­puie sur une his­toire mil­lé­naire, tra­duite dans l’ar­chi­tec­ture, la culture, les sciences, les arts, la tech­no­lo­gie. Cha­cun des pays qui la com­posent y a ap­por­té sa pierre, ori­gi­nale et dis­tinc­tive, for­mant un en­semble dont l’ap­port au monde a été es­sen­tiel, dé­ter­mi­nant. Puis­sante, elle a sans doute été ca­pable d’ex­cès et de do­mi­na­tion mais, rap­pelle le poète Is­maïl Ka­da­ré, « c’est aus­si le conti­nent qui lui a don­né [ à la pla­nète] plus que tous les autres » . Cette his­toire- là est vi­sible dans ses murs et ses ci­tés. Elle pas­sionne et sé­duit le monde qui nous le rend bien. Ain­si, en 2014, l’Eu­rope a ac­cueilli cinq cent quatre- vingt- deux mil­lions de voya­geurs ce qui re­pré­sente plus de cin­quante pour cent du mar­ché mon­dial du tou­risme, loin de­vant les États- Unis et l’Asie1. Cinq pays eu­ro­péens sont dans le top 10 des prin­ci­pales des­ti­na­tions vi­si­tées sur le globe : l’Espagne, l’Ita­lie, l’Al­le­magne, le Royaume- Uni et notre Hexa­gone, qui per­siste à ca­ra­co­ler en pôle po­si­tion ( quatre- vingt- trois mil­lions de vi­si­teurs en 2014). Alors quoi ? Faut- il que nous soyons à ce point ex­perts en au­to- fla­gel­la­tion – un sport na­tio­nal – pour ba­layer d’un re­vers de la main nos ri­chesses, notre pa­tri­moine et bou­der cet art de vivre unique qui ex­plique l’af­flux sur le ter­ri­toire ? Voya­ger ici et là- bas pro­cure mille et un bé­né­fices. Il per­met aus­si de mieux per­ce­voir les réa­li­tés, les bonnes et les mau­vaises, et ain­si de mieux ap­pré­cier en dé­fi­ni­tive notre conti­nent, mal­gré tous ses dé­fauts et les ef­forts en­core à ac­com­plir. En­fant gâ­té le ci­toyen eu­ro­péen ? Par mo­ments, on se de­mande…

PIERRE BIGORGNE

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