FACE AU DÉ­VE­LOP­PE­MENT DE SES COU­SINES ASIA­TIQUES, YAN­GON NE DE­MANDE QU’UNE CHOSE : RAT­TRA­PER SON RE­TARD

Grands Reportages - - Dossier Birmanie 48 Heures -

de perdre son âme dans ce dé­ve­lop­pe­ment pro­gram­mé ? Voire. Nom­breux sont ceux à craindre que la mo­der­ni­sa­tion ne sac­cage son charme his­to­rique. « Je me ré­jouis du vent de li­ber­té que connaît notre ville mais je sou­haite que Yan­gon pré­serve son iden­ti­té et son at­mo­sphère co­lo­niale ro­man­tique : les pe­tites échoppes et les ven­deurs de rue en lon­gyi, le parc Kan­daw­gyi, le lac Inya et la ma­gie de Sh­we­da­gon » , es­père Su San­dar Hlaing, une guide tou­ris­tique at­ta­chée à sa ville. Per­chée sur la col­line Sin­gut­ta­ra qui sur­plombe le centre- ville, la pa­gode de Sh­we­da­gon, est res­tée le coeur boud­dhiste, spi­ri­tuel et af­fec­tif de la ci­té. Rien ne semble ébran­ler « l’Or de Da­gon » . Du le­ver au cou­cher du so­leil, les fi­dèles – par di­zaine de mil­liers chaque an­née – viennent tou­jours ici avec fer­veur. Ville de pè­le­ri­nage de­puis des siècles, la ci­té s’est en ef­fet dé­ve­lop­pée au­tour de la plus sa­crée des pa­godes, la Paya Sh­we­da­gon, sanc­tuaire qui fut, est, et se­ra pro­ba­ble­ment en­core long­temps le plus im­por­tant centre boud­dhiste du pays.

Si les bâ­ti­ments mo­dernes poussent dé­jà comme des cham­pi­gnons,

Yan­gon compte tou­jours le plus grand nombre d’édi­fices co­lo­niaux de toutes les grandes villes d’Asie du Sud- Est. Tout au long de la fa­meuse rue Pan­so­dan, les Bri­tan­niques ont lé­gué un flo­ri­lège de bâ­ti­ments vic­to­riens qui donnent à la ci­té un air de dé­cor de film. Mais pour com­bien de temps en­core ? « Au­jourd’hui, les vieux quar­tiers co­lo­niaux sont ra­che­tés par des in­ves­tis­seurs étran­gers » ob­serve Ro­bert Domp­nier, grand connais­seur du pays et co- fon­da­teur de l’agence de voyages fran­çaise Ti­ra­wa. « Les bâ­ti­ments de moindre im­por­tance sont dé­truits pour être rem- pla­cés par des buil­dings mo­dernes et les édi­fices plus mo­nu­men­taux sont trans­for­més en centres com­mer­ciaux ou en bu­reaux comme l’an­cienne gare. » Bien qu’elle vive de pro­fonds bou­le­ver­se­ments, Yan­gon bé­né­fi­cie tou­jours de la ten­dresse et de l’af­fec­tion de tout le pays. À dé­faut d’être en­core la ca­pi­tale of­fi­cielle, elle joue tou­jours un rôle de pre­mier ordre dans l’ave­nir de la Bir­ma­nie. Il y a fort à pa­rier qu’elle tien­dra en­core long­temps une place cen­trale dans la po­li­tique na­tio­nale. Au­jourd’hui, elle reste – au moins – sa ca­pi­tale de coeur. « Après des an­nées de pa­ra­ly­sie, la mé­ta­mor­phose de Yan­gon est une re­nais­sance » , consi­dère Hla Myint Maung, un peintre contem­po­rain très connu en Bir­ma­nie avant de conclure avec un clin d’oeil très boud­dhiste. « C’est une vé­ri­table ré­in­car­na­tion. »

Vieille de deux mille ans, la pa­gode de Sule trône au centre de Yan­gon. Fai­sant au­jourd’hui of­fice de rond­point, le ze­di do­ré ren­fer­me­rait un che­veu de Boud­dha. Un groupe de jeunes nonnes se re­cueille dans l’un des soixante- douze édi­fices re­li­gieux du com­plexe de Sh­we­da­gon qui s’étend sur plus de 5,6 hec­tares. Sur la je­tée Pa­so­dan, les pas­sa­gers se pressent pour em­bar­quer dans le fer­ry qui per­met de tra­ver­ser le fleuve Yan­gon afin de re­joindre le vil­lage de Da­la.

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