DENT DU GÉANT

CHA­MO­NIX

Grimper - - SOMMAIRE -

Quelle est cette idée sau­gre­nue de pré­sen­ter dans ce nu­mé­ro Spé­cial Grandes Voies, une course de haute mon­tagne ? Ne sommes-nous pas hors-su­jet ? Le mas­sif du Mont-Blanc pro­pose quelques-unes des plus belles voies de gra­nit au monde. Diff icile de ne pas tom­ber amou­reux de ce grain si par­ti­cu­lier quand on est grim­peur. Et puis le Mont-Blanc c'est avant tout un pay­sage à cou­per le souffle, alors au­tant en prof iter. Et si la Dent du Géant de­ve­nait votre pre­mière aven­ture al­pine et votre pre­mier 4000 ?

Tout

le monde connaît le pro­fil si par­ti­cu­lier de la Dent du Géant. Elle a comme un petit air de Tour de Pise. Vi­sible des quatre coins du mas­sif, on ne peut vrai­ment pas la lou­per. On a même l'im­pres­sion qu’elle nous sur­veille tel un mi­ra­dor. Elle fut conquise pour la pre­mière fois en 1882 par la fa­mille Ma­qui­gnaz du Val­tour­nanche ita­lien à l'aide de moyens peu or­tho­doxes. En ef­fet, ils uti­li­sèrent des pieux en fer­raille pour s'af­fran­chir des plus grosses dif­fi­cul­tés qui deux an­nées plus tôt stop­pèrent la cor­dée Bur­ge­ner et Mum­me­ry. Ce der­nier lais­sa d'ailleurs lors de sa ten­ta­tive in­fruc­tueuse, une bou­teille avec une carte de vi­site por­tant la men­tion « Ab­so­lu­te­ly in­ac­ces­sible by fair means »*. Dé­sor­mais, cette voie clas­sique est équi­pée de grosses cordes en chanvre qui fa­ci­litent gran­de­ment la tâche mais qui du même coup dé­na­turent gran­de­ment l'iti­né­raire d'ori­gine. Il est tou­te­fois pos­sible et même conseillé de s'en af­fran­chir et d'uti­li­ser seu­le­ment le ro­cher pour évo­luer. La voie ne dé­passe pas le 5 et seule la lon­gueur des plaques Bur­ge­ner vous de­man­de­ra plus de pré­ci­sion mais quel plai­sir d'uti­li­ser toutes ces pe­tites fis­sures et ré­glettes de gra­nit. Les deux pre­mières lon­gueurs se dé­roulent dans des di­èdres. La suite de la voie vous em­mè­ne­ra à la pointe Selle par un sys­tème d'arêtes. L'ar­ri­vée au som­met, la pointe Gra­ham à 4013 mètres d'al­ti­tude, ré­serve un pa­no­ra­ma à 360° sur le mas­sif du Mont-Blanc. Ju­gez-en par vous-même : le Mont-Blanc du Ta­cul, la Combe Mau­dite et le Grand Ca­pu­cin, l'ai­guille du mi­di, la Val­lée Blanche, les ai­guilles de Cham, les Drus, la Verte, les Jo­rasses et l'arête de Ro­che­fort ! Rien que pour ce­la, cette course mé­rite vrai­ment d'être par­cou­rue. Bien en­ten­du, comme toute course en haute mon­tagne, si la sec­tion ro­cheuse reste la par­tie la plus tech­nique, ne sous-es­ti­mez pas l'ap­proche et la des­cente. En ef­fet, il vous fau­dra re­joindre le pied de la voie en re­mon­tant le gla­cier du Géant. Vous évo­lue­rez alors en haute mon­tagne sur un gla­cier, gare aux cre­vasses et autres risques ob­jec­tifs. Faire ap­pel à un guide de haute mon­tagne peut vous évi­ter bien des dé­con­ve­nues. Une autre va­riante pour ap­pré­cier ces cent cin­quante mètres de gra­nit est de gra­vir le “Géant Bran­ché”. Cet iti­né­raire est très cer­tai­ne­ment plus « grim­pant » que la voie nor­male. Même si son at­taque se fait au même en­droit que la voie nor­male, les lon­gueurs sui­vantes si­tuées plus à droite, vous ré­ser­ve­ront une es­ca­lade net­te­ment plus tech­nique et plus exi­geante. Six lon­gueurs pour ap­pré­cier le cô­té mi­né­ral du mas­sif sans dé­pas­ser le 6a, un ré­gal. La voie re­monte fis­sures, di­èdres ou mur plus compacts et se­ra par­faite pour vous en­traî­ner à pla­cer vos pro­tec­tions. Un jeu de friends jus­qu'au nu­mé­ro 3 plus un petit jeu de câ­blés est suf­fi­sant pour se pro­té­ger tout au long de cette ligne. La fin de l'iti­né­raire re­joint la voie nor­male pour re­joindre le som­met de la Dent Du Géant. La des­cente se fait ver­sant sud au ni­veau de la brèche entre les deux som­mets à l'aide de trois rap­pels. Vous pour­rez en pro­fi­ter pour ad­mi­rer les très pho­to­gé­niques arêtes de Ro­che­fort.

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