LES CHAUSSONS PEUVENT-ILS FAIRE PRO­GRES­SER ?

Grimper - - ENTRAÎNEMENT -

Dans chaque nu­mé­ro de Grim­per, vous re­trou­ve­rez une ru­brique de Del­phine Ber­lioux qui veut pro­gres­ser et pas­ser de 6a+ à 7a en un an. Pour re­le­ver ce déf i, elle s’est en­tou­rée d’en­traî­neurs et grim­peurs che­vron­nés qui vont ré­pondre, au fur et à mesure de sa pro­gres­sion, aux diff icul­tés ren­con­trées pour at­teindre son but. Cha­cun pour­ra ain­si trou­ver dans cette ru­brique des so­lu­tions pour pro­gres­ser, en ap­pro­fon­dis­sant no­tam­ment ses connais­sances en en­traî­ne­ment. Et ce, quel que soit votre ni­veau de dé­part, grâce aux poin­tures in­ter­ro­gées sur chaque étape de pro­gres­sion. Ce mois-ci, Del­phine s’at­taque au di­lemme que la pro­gres­sion rend in­con­tour­nable : le choix, ca­pi­tal mais ô com­bien per­son­nel, des chaussons d’es­ca­lade.

Trou­ver chaus­son à son pied…

Dans l’uni­vers des chaussons d’es­ca­lade, il y a les adeptes du made-in-France avec An­drea Bol­dri­ni, ceux qui pensent que le lea­der mon­dial est ce qu’il y a de mieux avec La Spor­ti­va, la nou­velle vague Scar­pa, la marque his­to­rique EB avec le pre­mier chaus­son d’es­ca­lade au monde, le « PA » (oui, c’est une his­toire d’ini­tiales), mais aus­si les pe­tites marques qui pro­posent des prix moins chers et as­surent aus­si tech­ni­ci­té et confort. Je suis al­lée zieu­ter du cô­té du lea­der du mar­ché du chaus­son d’es­ca­lade : La Spor­ti­va, pour voir si je trou­vais chaus­son à mon pied. Ba­sée dans les Do­lo­mites, la marque La Spor­ti­va existe de­puis plus de 85 ans. Avant de se spé­cia­li­ser dans les chaussons d’es­ca­lade, ils créaient des chaus­sures de ran­don­née et des chaus­sures de ski. L’es­ca­lade est une pra­tique mul­tiple, on peut pra­ti­quer non seule­ment en couenne, mais aus­si en in­door, en bloc… Il existe donc une mul­ti­tude de chaussons adap­tés aux dif­fé­rentes pra­tiques. Les chaussons orien­tés bloc sont par exemple plus souples. La sou­plesse per­met plus de sen­si­bi­li­té, mais donne moins de sup­port sur les pe­tites prises. Pour chaque fa­çon de grim­per, il existe un chaus­son, mais il est par­fois dif­fi­cile de s’y re­trou­ver. Alors, quels chaussons choi­sir ? Je me suis prê­tée au jeu : pen­dant deux mois, je n’ai grim­pé qu’avec les chaussons La Spor­ti­va. J’avais aux pieds sept mo­dèles dif­fé­rents.

Avoir mal aux pieds pour grim­per mieux ?

La pre­mière chose, c’est d’avoir des chaussons qui ré­pondent à ses at­tentes. Ne plus être dans le « pas as­sez » (pas as­sez ajus­té, pas as­sez tech­nique), mais pas non plus dans le « trop » (trop pe­tit, trop tech­nique, trop dou­lou­reux). Dans ma pro­gres­sion de dé­bu­tant à dé­bu­tant « plus », j’ai fait toutes les er­reurs qu’on peut faire. Pour mes pre­miers chaussons, l’er­reur nu­mé­ro un : choi­sir des chaussons trop grands et conforts. Très vite, ils ne sont plus adap­tés, car pas as­sez ajus­tés, et ils s’avèrent in­ef­fi­caces. Une fois ac­cep­té le fait qu’il faut des chaussons plus ajus­tés, on achète sa deuxième paire et on fait la se­conde er­reur : trop tech­niques, trop pe­tits, beau­coup trop dou­lou­reux. On se re­trouve sou­vent à les re­vendre après avoir souf­fert in­uti­le­ment et obs­ti­né­ment. Avoir trop mal aux pieds est le meilleur moyen de se dé­mo­ti­ver ou d’écour­ter nos séances, c’est donc né­faste à notre pro­gres­sion.

Choi­sir un chaus­son tech­nique pour pro­gres­ser ?

Au fi­nal, a-t-on vrai­ment be­soin de chaussons tech­niques quand on a un ni­veau dé­bu­tant / in­ter­mé­diaire ? Quel type de chaus­son tech­nique pour­rait s’avé­rer utile ? Pour le sa­voir, il fal­lait es­sayer. J’ai eu la chance de tes­ter, comme chaussons tech­niques, les Ge­nius, les Miua­ra Vs femme et les Sk­wa­ma, mais aus­si des chaussons plus simples : les Ma­ve­rink, les Fi­nales (la­cet et scratch) et les Ota­ki. Les chaussons, c’est une his­toire très per­son­nelle, de mor­pho­lo­gie de pied, de ca­pa­ci­té à sup­por­ter le mal aux pieds, de pe­tite corne dis­gra­cieuse qui se forme sur le gros or­teil… J’ai donc choi­si de vous ra­con­ter quatre his­toires.

Un pied, quatre his­toires…

Miu­ra wo­men VS : Le sort s’est joué de moi, il n’y avait plus de Ka­ta­na Lace en taille 35 dans les ate­liers de test. Re­çues presque par er­reur, je ne trou­vais ja­mais la bonne oc­ca­sion pour les mettre, pré­fé­rant sys­té­ma­ti­que­ment les mo­dèles plus conforts. Je les trou­vais trop contrai­gnants pour mon pied. Jus­qu’au jour où j’ai ou­blié toutes les autres paires à la mai­son et où je n’avais que celle-là dans le sac. C’était un soir de pleine lune. J’ai fi­ni par en­fin les en­fi­ler pour une ses­sion de grimpe noc­turne. Quelles sen­sa­tions ! Une arme de fer, dans un gant de ve­lours en 3,5 mm XS­grip. Le Miu­ra pré­sente une pointe asy­mé­trique très agres­sive, vrai­ment ef­fi­cace et pré­cise sur les pe­tits ap­puis, les fentes et les fis­sures. Ma ses­sion noc­turne était très in­tui­tive. Il ne faut pas être trop douillette ni re­cher­cher trop de confort, mais en re­vanche les at­tentes sont com­blées, et on peut comp­ter sur ces chaussons. J’avais com­plè­te­ment confiance en mes pieds. Je ne les met­trai ja­mais en bloc ou en salle, car c’est en fa­laise que le Miu­ra prend tout son sens. Et en­core, pas dans tous les pro­fils : ou­bliez les dalles ou les voies re­gor­geant de pe­tits pas d’adhé­rences. Ils sont donc des par­te­naires adé­quats en fa­laise dans un de­gré in­ter­mé­diaire, mais aus­si plus tard dans des voies plus exi­geantes. Un pa­ri sur l’ave­nir.

Ma­ve­rink : Ce mo­dèle cible les pieds en­fants ex­perts. C’est le chaus­son qui veille à ne pas dé­for­mer les pieds des plus jeunes, tout en in­té­grant la tech­no­lo­gie No-edge. Le chaus­son tient très bien au pied en mode se­conde peau, et même ajus­té, le pied n’est pas tor­tu­ré. En re­vanche, même en l’ayant tes­té sur dif­fé­rentes séances, j’ai en­core du mal à avoir confiance en cette ab­sence de carre et je ne sais pas comment bien ap­puyer. C’est sans doute une tech­no­lo­gie qu’on ap­pré­cie « plus tard », conçue pas tant pour le dé­bu­tant, mais pour le grim­peur qui sait dé­jà bien po­ser ses pieds et char­ger, et qui re­cherche un « plus ». À sa­voir aus­si que son ter­rain de pré­di­lec­tion est le pro­fil dé­ver­sant en fa­laise où, une fois ha­bi­tué, ces chaussons de­viennent de vé­ri­tables armes. Autant dire que le Ma­ve­rink et le Ge­nius n’ont pas en­core mes fa­veurs… Je ne grimpe pas suf­fi­sam­ment dans le dé­vers pour que de tels choix de chaussons prennent tout leur sens. Si vous évo­luez dans un ni­veau où vous tra­vaillez beau­coup de dé­vers en fa­laise, tes­tez ce concept, il peut vrai­ment vous conve­nir. Ceux qui l’ont es­sayé l’ont vite adop­té, et on le re­trouve aux pieds de très bons grim­peurs en ex­té­rieur. Par contre, ne vous dé­cou­ra­gez pas trop vite. Il y a un temps d’adap­ta­tion avec le No-edge et il faut un peu s’achar­ner pour bien en ap­pré­cier, plus tard, la plus-va­lue.

Sk­wa­ma : Ce sont mes chou­chous. Sans conteste. Les Sk­wa­ma sont plu­tôt des chaussons ty­pés bloc, très souples et en­ve­lop­pants, avec une tech­no­lo­gie in­no­vante au ni­veau de l’avant de la se­melle, et une dé­coupe cen­trale qui donne en­core plus de sou­plesse et de dé­ve­lop­pe­ment. C’est un chaus­son très sen­sible et in­tui­tif. Pour ma part, je l’ai tes­té en salle, mais aus­si en fa­laise où il a ré­pon­du à toutes mes at­tentes. Il est fiable et per­for­mant aus­si bien dans les pro­fils en dé­vers que dans les pro­fils ver­ti­caux ty­pés dalle où l’on a be­soin de faire des pas d’adhé­rence ou d’être pré­cis. Mais s’il faut vrai­ment char­ger de toutes pe­tites prises, ce se­ra un poil moins évident qu’avec des Miu­ra. Le Sk­wa­ma pré­sente un chaus­sant très mou­lant, comme un gant qu’on en­file et qui ne nous quitte plus, et son ta­lon co­qué per­met de beaux cro­che­tés et des mou­ve­ments en tor­sion, contor­sions, et autres ori­gi­na­li­tés. Le Sk­wa­ma est de­ve­nu ma valeur sûre. C’est un chaus­son tech­nique mais qui (à mon goût) n’est pas ré­ser­vé aux ex­perts. Même si on le re­trouve par exemple aux pieds de Mi­cka Ma­wem et d’autres grim­peurs dans les plus grandes com­pé­ti­tions de bloc, il ré­pond aus­si aux at­tentes des grim­peurs dé­bu­tants et in­ter­mé­diaires.

Ka­ta­ki : Es­sayés un soir lors d’un test or­ga­ni­sé par la salle d’es­ca­lade, je ne les ai pas quit­tés de la séance. Les Ka­ta­ki, comme le nom le laisse de­vi­ner, c’est une fu­sion entre les mo­dèles Ota­ki et Ka­ta­na. La tech­ni­ci­té de l’Ota­ki cou­plée au confort et à la sou­plesse du Ka­ta­na. Per­son­nel­le­ment, je trouve que c’est un bon compromis, no­tam­ment pour des grim­peurs polyvalents qui ne peuvent pas ou ne veulent pas avoir trois paires de chaussons dif­fé­rentes. Ces chaussons sont plus ty­pés fa­laise, et c’est là qu’ils ex­priment tout leur potentiel. Je les trouve très confor­tables, la preuve, je les ai gar­dés aux pieds toute la séance sans souf­frir. Plus confort que l’Ota­ki (un peu dou­lou­reux sur mon pied), tout en étant suf­fi­sam­ment tech­nique pour se faire plai­sir et pro­gres­ser, ce chaus­son semble être un bon compromis, ou l’évo­lu­tion na­tu­relle de ceux qui veulent re­lé­guer leurs bal­le­rines et avan­cer sans trop de souf­frances. Une belle tran­si­tion.

Qu’en disent les forts grim­peurs ?

À LA QUES­TION « QUELS SONT LES MEILLEURS CHAUSSONS ? », LA RÉ­PONSE DÉ­PEND… DU GRIM­PEUR ! Elle dif­fère se­lon ta grimpe, ton ni­veau, ton sup­port de grimpe, mais aus­si ton pied et tes ob­jec­tifs… Parce que les chaussons, c’est une his­toire per­son­nelle. J’ai vou­lu connaître l’his­toire d’autres grim­peurs avec leurs chaussons. De bons grim­peurs. Je les ai ques­tion­nés sur les mo­dèles qui ont trou­vé grâce dans leur coeur : avec quoi ont-ils com­men­cé ? À quel mo­ment le chaus­son est-il de­ve­nu im­por­tant dans leur grimpe et pour­quoi ? Et avec quoi grimpent-ils en ce mo­ment ? MA­NU CORNU, le chaus­son fa­ci­lite la per­for­mance, non la pro­gres­sion. À ses dé­buts, le choix du chaus­son était ré­gi par… sa taille de pied ! Quand il a gran­di et qu’il a com­men­cé à vou­loir être dans les meilleurs, il s’est tour­né vers ce qui se fait de mieux, « pour ne pas lais­ser de place au ha­sard ». Se­lon Ma­nu : « Avoir de vraies armes aux pieds est for­cé­ment un plus, si­non on grim­pe­rait tous en AirMax ». Main­te­nant, Ma­nu Cornu grimpe la plu­part du temps en Scar­pa Dra­go, c’est un chaus­son souple et tech­nique qui convient très bien au style qu’il doit af­fron­ter et sur­mon­ter en com­pé­ti­tion. Mais pour s’adap­ter au mieux à toutes les si­tua­tions, il grimpe éga­le­ment de temps en temps en Scar­pa Boos­ter S, un chaus­son plus ri­gide, pour les jours où les très « pe­tits pieds » sont de sor­tie. At­ten­tion à ceux qui misent tout sur le chaus­son ! Se­lon Ma­nu, il ne faut pas tout mé­lan­ger, le chaus­son fa­ci­lite la per­for­mance, non la pro­gres­sion.

SOFYA YOKOYAMA, le plus im­por­tant, c’est qu’ils soient confor­tables. Quand Sofya a dé­bu­té, à sept ans, elle grim­pait avec des bas­kets aux pieds ! Quand elle a vrai­ment com­men­cé, elle uti­li­sait des 5.10, puis elle est pas­sée aux Ka­ta­na. Les chaussons plus tech­niques ont fait leur ap­pa­ri­tion dans sa pra­tique lorsque qu’elle a dé­mar­ré les com­pé­ti­tions en Suisse en 2011 : « C’est à ce mo­ment-là qu’un en­traî­neur m’a fait re­mar­quer que mes chaussons étaient beau­coup trop grands pour mes pieds ». Au­jourd’hui Sofya grimpe avec les Dra­go et les Ins­tinct VS de Scar­pa. Pour­quoi deux paires ? Car les Dra­go sont très souples, ils tiennent vrai­ment bien sur tout ce qui est vo­lume et grosse prise, mais quand les pieds se font pe­tits, elle dé­gaine les Ins­tinct, plus ri­gides. Sofya a es­sayé des chaussons de la gamme La Spor­ti­va et Mad Rock, mais elle ne les trou­vait pas aus­si confor­tables, ils n’avaient pas la bonne forme pour ses pieds. Or, c’est im­por­tant de trou­ver le chaus­son adap­té à ses pieds. Quand on vous dit que le chaus­son est une ques­tion très per­son­nelle… Pour Sofya, il n’est pas né­ces­saire d’avoir un chaus­son très tech­nique pour pro­gres­ser. Le plus im­por­tant, c’est que le chaus­son soit confor­table. À bon en­ten­deur…

ROMANE GRANDCOING, pré­cis sans être trop pe­tits. Quand elle a com­men­cé, c’était avec les Co­bra de La Spor­ti­va. Mais Romane avoue qu’à la base, ce n’était pas par choix : c’était une oc­ca­sion, des chaussons de se­conde main ven­dus dans le club où elle a dé­bu­té. Et puis pour Romane : « Pe­tit à pe­tit tu te rends compte que tes chaussons ne sont pas as­sez pré­cis par rap­port à ce que tu sou­haites faire, ça vient avec la pro­gres­sion. ». Fi­dèle à La Spor­ti­va de­puis des an­nées, Romane grimpe avec les Sk­wa­ma de­puis leur sor­tie : « Je suis très fi­dèle à mes chaussons et j’ai beau­coup de mal à en chan­ger. ». Tou­te­fois, de nou­velles marques lui font de l’oeil : « Une nou­velle marque m’at­tire, ce sont les OXI de chez Ocun. Il va fal­loir que je les es­saye pour voir si je ne vais pas trom­per ma marque coup de coeur de ces der­nières an­nées ! Je trouve qu’ils res­semblent pas mal aux Sk­wa­ma, et il faut bien don­ner leur chance aux nou­veaux ! ». Le Sk­wa­ma re­pré­sente, pour Romane, l’équi­libre par­fait. Ce qui lui plaît dans ce mo­dèle, c’est sa sou­plesse, et le fait qu’il cor­res­pond très bien à sa forme de pied : pas de « zones d’air » dans le chaus­son. Il est à mi­che­min entre des bal­le­rines qui vont être trop souples à son goût, et d’autres chaussons qui vont être trop ri­gides, avec par consé­quent de moins bonnes sen­sa­tions. Le con­seil de Romane : si tu grimpes en loi­sir, choi­sis des bons chaussons, as­sez confor­tables et pas trop pe­tits ! « Je vois sou­vent en club des per­sonnes ache­ter les der­niers chaussons, les plus ser­rés pos­sible, mais au bout d’un mois ils ra­chètent une paire moins trau­ma­ti­sante. ».

CH­RIS­TOPHE BICHET, le chaus­son n’est pas le plus im­por­tant. « À mes dé­buts, je grim­pais avec une vieille paire Dé­cath­lon, puis une paire de My­thos, et en­fin les chaussons « phares » de l’époque, une paire de La­ser ! Hon­nê­te­ment, j’ai dû chan­ger, non pas pour avoir une meilleure tech­ni­ci­té, mais très cer­tai­ne­ment parce que comme tout jeune ado, je voyais cette paire por­tée par toutes les « stars » qui me fai­saient rê­ver à l’époque… J’avais donc suc­com­bé aux charmes bien or­ga­ni­sés du mar­ke­ting ! » Au­jourd’hui, Ch­ris­tophe al­terne entre deux paires de chaussons : une paire de Djan­go wo­man (EB),

Le choix du chaus­son par­fait prend beau­coup de temps, mais une fois trou­vé, on ne s’en sé­pare plus.

et une paire de Ka­ta­na lace (La Spor­ti­va). Son chaus­son coup de coeur reste le Djan­go. Son pe­tit « plus », se­lon lui, est jus­te­ment qu’il n’a pas de pe­tit « plus » ! C’est un chaus­son « simple » et sans fio­ri­tures, qui va à l’es­sen­tiel. Point po­si­tif : le ta­lon est très près du pied, donc les sen­sa­tions sont au ren­dez-vous, ce qui n’est pas pour dé­plaire à Ch­ris­tophe. Pour­quoi deux paires, alors ? En al­ter­nant les deux, Ch­ris­tophe met en place une mesure pré­ven­tive : les pieds changent de po­si­tion et de pré­hen­sion, et donc se dé­forment moins qu’en grim­pant ex­clu­si­ve­ment avec une seule paire. Mais c’est aus­si stra­té­gique : avec les Ka­ta­na, la se­melle étant ri­gide et la pointe as­sez plon­geante, ce­la per­met de ga­gner quelques pré­cieux mil­li­mètres, voire cen­ti­mètres, dans cer­taines voies. Bien utile pour les per­sonnes pas très grandes… Le point de vue de Ch­ris­tophe sur la ques­tion de l’im­por­tance du chaus­son est mi­ti­gé : « Le chaus­son en tant que tel ne se­ra ja­mais le plus im­por- tant dans la grimpe. ». Et pour cause, il lui est ar­ri­vé de nom­breuses fois d’ou­blier ses chaussons et de grim­per avec la paire d’un autre. Des paires sou­vent trop grandes, par­fois trouées… Certes, ce­la ren­dait l’es­ca­lade un peu plus tech­nique, plus dif­fi­cile, mais ne l’em­pê­chait au­cu­ne­ment de grim­per. Il lui est ar­ri­vé d’al­ler dans des voies jus­qu’à 8c avec des chaussons troués ! Ce­la lui au­rait même per­mis de pro­gres­ser en trou­vant d’autres mé­thodes ou so­lu­tions. Ch­ris­tophe a fait de cette contrainte un jeu : « Ré­gu­liè­re­ment, je grimpe vo­lon­tai­re­ment avec une paire trop grande, ou trouée, pour m’obli­ger pré­ci­sé­ment à mieux l’uti­li­ser. Ce­la m’aide beau­coup et a long­temps consti­tué un « jeu d’en­traî­ne­ment » que j’en­sei­gnais aus­si en club ! ». L’his­toire de Ch­ris­tophe re­place le chaus­son au rang de simple ou­til, à nous d’en faire quelque chose ! NI­NA CAPREZ, être bien dans ses chaussons, ça donne confiance. À ses dé­buts, Ni­na grim­pait avec des chaussons Mam­mut. Ce n’était pas tel­le­ment de ce qu’il y avait de mieux, mais ça ne l’a pas em­pê­chée de « po­ser ses pieds avec… ». Main­te­nant, son chaus­son coup de coeur, c’est le Va­por à la­cets, chez Scar­pa. C’est un chaus­son taillé pour un pied fin, comme le sien, as­sez ri­gide et pré­cis pour la fa­laise. Ce que Ni­na lui trouve en plus, c’est qu’il est pré­cis, avec une ex­cel­lente gomme : « Je ne glisse ja­mais avec ! ». Ça lui ar­rive de grim­per avec d’autres chaussons, comme par exemple le Boos­ter de Scar­pa, une paire un peu plus souple pour al­ler faire de la salle ou du bloc. « Quand j’ai com­men­cé à faire des voies dures en fa­laise, je me suis ren­du compte que le chaus­son était vrai­ment une chose qui aide à la per­for­mance. Le choix du chaus­son par­fait prend beau­coup de temps, mais une fois trou­vé, on ne s’en sé­pare plus. À mon avis, il y a deux marques qui sortent vrai­ment du lot en termes de qua­li­té : c’est Scar­pa et La Spor­ti­va. En­suite, c’est une ques­tion de forme du pied et d’ac­ti­vi­té. » Reste la ques­tion : « Penses-tu qu’il faille grim­per avec les chaussons les plus tech­niques pos­sible pour pro­gres­ser ? ». Pour Ni­na, le rôle du chaus­son dans notre pro­gres­sion est aus­si une ques­tion de confiance : « Le chaus­son in­fluence quand même pas mal notre ma­nière de grim­per. Quand on est bien dans ses chaussons (comme dans ses bas­kets), on est confiant et on ar­rive à al­ler jus­qu’au bout. ».

Le chaus­son ne fait pas le grim­peur… mais il y contri­bue

Le chaus­son est une ques­tion très per­son­nelle, in­time même. Pour les dé­bu­tants, por­ter une paire plus ajus­tée (sans al­ler jus­qu’à la tor­ture), plus tech­nique et as­sez sen­sible au ni­veau du pied, c’est l’as­su­rance de prendre conscience de ses pieds, d’ap­prendre à les po­ser, à ne pas les ou­blier, à por­ter toute son at­ten­tion sur ses mou­ve­ments de pieds. Pour ma part, l’achat de ma pre­mière paire ajus­tée s’est ac­com­pa­gné de cette ré­vé­la­tion, ce mo­ment où l’on réa­lise que les bras sont se­con­daires, et que les pieds sont la base… Par la suite, on porte une at­ten­tion par­ti­cu­lière aux chaussons, mais ce ne sont pas eux qui te fe­ront mieux grim­per. Comme l’ont dit Ma­nu et Sofya, le chaus­son est un bon ou­til pour la per­for­mance, pas tant pour la pro­gres­sion. Alors, si l’ob­jec­tif était, pour com­men­cer, de trou­ver un chaus­son qui cor­res­pond bien à nos pieds et ne nous tor­ture pas trop, tout en étant bien ajus­té ? Ce n’est peut-être pas très avouable, mais je pense me do­ter d’une paire en­trée de gamme que je peux user à sou­hait, souple et pas très tech­nique, où le pied ne souffre pas trop, his­toire de ne plus être obli­gée d’ar­rê­ter de grim­per pour cause de dou­leurs aux pieds, et la ré­ser­ver aux séances d’en­traî­ne­ment et à la salle, en com­plé­ment de ma paire très ajus­tée et tech­nique. Le chaus­son a ce pou­voir pla­ce­bo, il nous donne le pe­tit zeste de confiance dont on manque par­fois. C’est comme le rouge à lèvres qui nous « rend belle », comme toutes ces choses que l’on cherche en de­hors de nous car nous ne sommes pas cer­tains de les avoir en nous… C’est un fait, le chaus­son ne doit pas seule­ment as­su­rer, il doit aus­si nous ras­su­rer. À nous de choi­sir ce­lui qui nous ac­com­pa­gne­ra le mieux dans nos dé­pas­se­ments. Et de ne pas seule­ment croire en lui, mais aus­si en nous-même.

Ma­nu Cornu tout en adhé­rence avec ses Scar­pa dans le deuxième bloc de la f in­ale des Cham­pion­nats du Monde 2016 à Ber­cy pour une belle troi­sième place dans cette dis­ci­pline et une mé­daille d’ar­gent au com­bi­né.

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