DÉ­CRYP­TAGE

Une femme, une vraie, une ta­toué

Infrarouge - - EDITO / SOMMAIRE - Par Éric Valz

Ici, ce n’est pas à l’ombre d’une jeune fille en fleur que se dé­roule la prose du nou­veau par­fum Guer­lain, mais dans le sillage d’une ac­trice et réa­li­sa­trice de qua­rante et un ans – donc une femme mûre –, An­ge­li­na Jo­lie. Une per­son­na­li­té qui, de plus, pré­sente l’avan­tage de ne pas être af­fi­liée à une marque de beau­té ( der­nière cam­pagne pour Shi­sei­do en 2007). De­puis 1828, la Mai­son Guer­lain, grâce à son fon­da­teur Pier­reF­ran­çois Guer­lain, est ré­pu­tée pour son sa­voir- faire en per­son­na­li­sa­tion de fra­grances ( de Bal­zac à l’im­pé­ra­trice Eu­gé­nie). An­ge­li­na Jo­lie ne se­ra donc pas une égé­rie lamb­da/ people sé­lec­tion­née pour son taux de fol­lo­wers, mais la muse qui ins­pi­re­ra le cin­quième nez mai­son de­puis sa créa­tion, Thier­ry Was­ser, fils ca­ché d’Hei­di gam­ba­dant dans la mon­tagne suisse et grand pro de la bo­ta­nique.

UN PONT VANILLÉ DE 128 ANS

L’idée est de dres­ser le por­trait ol­fac­tif de la femme du XXIe siècle, « égale de l’homme, wor­king girl, mère, épouse, amante » , dif­fuse Thier­ry Was­ser en presse. Dans Mon Guer­lain en cui­sine, le point de dé­part, c’est la va­nilla ta­hi­ten­sis, pro­duite ici en Nou­velle- Gui­née, avec ses larges et épaisses gousses, sa robe ri­dée, sa cou­leur mar­ron fon­cé. On dit même que c’est la va­nille des grands chefs. On la re­trou­ve­ra très pré­sente dans la fa­meuse Guer­li­nade ( va­nille, iris, créée à par­tir de Ji­cky, 1889), qui ser­vi­ra de base à Sha­li­mar ( 1925).

RÉ­CON­CI­LIA­TION DES GENRES

Le deuxième in­gré­dient, uti­li­sé en cui­sine pour le tur­bot ou le loup mariné, c’est la la­vande Car­la, plante rus­tique, ty­pi­que­ment pro­ven­çale. Une la­vande fine, dont les fleurs dé­ve­loppent de sub­tils arômes, at­tri­but masculin en par­fu­me­rie, frais et simple. Une au­dace qui lui vau­dra peut- être d’être éga­le­ment adop­tée par les dan­dys du XXIe siècle ( ce fut le sort de Ji­cky au XIXe siècle, qui de­vint le pre­mier vrai par­fum an­dro­gyne). Pour Del­phile Jeck, co- créa­trice de Mon Guer lain, « cet ac­cord d’un genre nou­veau […] joue sur la ré­con­ci­lia­tion des genres » . Troi­sième in­gré­dient en Cui­sine des nez*, le jas­mi­num sam­bac ou jas­min d’Ara­bie, une grim­pante à la flo­rai­son par­fu­mée et sa­crée, qui aro­ma­tise votre thé vert ou cou­ronne les ma­riées en In­do­né­sie et aux Phi­lip­pines. En­fin, le san­ta­lum al­bum, le fa­meux san­tal blanc, dont le bois et l’huile es­sen­tielle sont uti­li­sés en Inde dans les ri­tuels re­li­gieux. Très ap­pré­cié par les hommes pour ses ver­tus re­laxantes, il ex­prime pour Guer­lain « les res­sources et les ri­chesses in­té­rieures des femmes » .

L’EN­JEU…

Sur le mo­dèle de la nou­velle bou­tique de la rue Saint- Ho­no­ré, l’am­bi­tion de Guer­lain est de se dé­ployer à l’in­ter­na­tio­nal avec un ré­seau de bou­tiques dé­diées uni­que­ment aux fra­grances. Le lan­ce­ment de Mon Guer­lain par­ti­cipe, de fait, à ce nou­veau cycle. Sans grand risque, la di­rec­tion ar­tis­tique mai­son s’est as­su­ré la col­la­bo­ra­tion du pho­to­graphe Tom Mon­ro ( for­mé par l’im­mense Ste­ven Meisel), qui tra­vaille pour Vanity F air, le Vogue Ita­lie, L’Uo­mo Vogue… En marques, pour Dolce & Gab­ba­na, L’Oréal, Shi­sei­do, Tom Ford, Yves Saint Laurent et Gior­gio Ar­ma­ni, qui sort lui- même, ce mois- ci, son Rose S igna­ture avec Cate Blan­chett shoo­tée par le même Tom Mon­ro. De face, le re­ca­drage presse est tou­jours si­gné par Tom Mon­ro. De pro­fil, en re­vanche, c’est l’agence An­ton & Part­ners qui s’y colle, avec Willy Cam­den et Rob Mun­day.

FORTIFIÉ PAR LES YANTS

Beau­coup plus at­ten­du était, en re­vanche, le film pub réa­li­sé avec le plus mys­té­rieux des ci­néastes, Ter­rence Ma­lick ( sept films en qua­rante ans), qui, sur la mu­sique d’An­dy Quin, Awa­ke­ning ( pré­sente dans son film To the Won­der, 2013), met en avant, entre deux plans bu­co­liques ( forte pré­sence de la la­vande Car­la), les ta­touages d’An­ge­li­na. Comme ces fa­meux Yants ( prières écrites en pa­li, khmer ou thaï) et Ou­na­mom, les pointes en haut du ta­touage qui les trans­mettent au Nir­va­na. La fra­grance s’em­mêle à cette pro­tec­tion di­vine, à l’ori­gine cui­rasse spi­ri­tuelle des guer­riers ( plus lé­gère que la cotte de mailles) qui éloigne les en­ne­mis, ap­porte suc­cès, for­tune, chance et ren­force le pou­voir d’attraction. Pour preuve, le spot a été tour­né au châ­teau Mi­ra­val, im­mense propriété ( 600 hec­tares) du couple Jo­lie- Pitt, dont 30 hec­tares de vi­gnobles en agri­cul­ture bio­lo­gique et… un lé­gen­daire stu­dio d’en­re­gis­tre­ment**. Ce ma­gni­fique do­maine du Centre Var se­rait au­jourd’hui en vente. Rap­pe­lons que la star s’est en­ga­gée à re­ver­ser son ca­chet Guer­lain à une oeuvre ca­ri­ta­tive.

* En ré­fé­rence à La Cui­sine des nez, ou­vrage de notre rédactrice par­fum Sa­bine Chab­bert, aux édi­tions de L’Arbre Bleu. ** Le stu­dio a été fon­dé en 1977 par le pia­niste de jazz Jacques Lous­sier, ex- pro­prié­taire des lieux.

La la­vande Car­la, rus­tique et pro­ven­çale est un at­tri­but masculin en par­fu­me­rie. Frais et simple, il joue sur la ré­con­ci­lia­tion des genres.

Thier­ry Was­ser, cin­quième nez de la mai­son Guer­lain.

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