IN­TER­VIEW

So­fia Cop­po­la

Infrarouge - - Édito / Sommaire - Par Char­lotte Bouteloup de Ré­mur

Votre der­nier oeuvre, Les Proies, est un re­make d’un film de Don Sie­gel, qui date de 1971. Pour­quoi faire une nou­velle ver­sion ?

Je me sou­ve­nais très bien de ce film, mais c’est un de mes amis qui m’a glis­sé à l’oreille l’idée d’en pro­po­ser une nou­velle ver­sion. L’his­toire de ce sol­dat re­cueilli pen­dant la guerre de Sé­ces­sion par un groupe de femmes qui n’ont pas vu d’hommes de­puis long­temps me sem­blait in­té­res­sante à trai­ter, mais du point de vue de ces femmes, et non de ce­lui du per­son­nage mas­cu­lin ( Clint East­wood), comme c’était le cas dans le film ori­gi­nal. Mon film est vrai­ment dif­fé­rent du pre­mier.

Vous avez tour­né le film en 26 jours. C’est très court. Était- ce pour des rai­sons fi­nan­cières ? Oui, c’est un film à pe­tit bud­get, donc on a dû faire vite. On a tra­vaillé dur et ce fut plu­tôt in­tense.

Aux États- Unis les temps sont plus dif­fi­ciles qu’avant pour les films in­dé­pen­dants ?

Oui, en ce mo­ment les stu­dios font la part belle aux grosses pro­duc­tions, c’est beau­coup plus com­pli­qué de trou­ver des fonds pour fi­nan­cer des pro­jets moins com­mer­ciaux, des films moins for­ma­tés.

L’es­thé­tique du film nous rap­pelle le style vi­suel de Da­vid Ha­mil­ton, avec ces tons pas­tel, ces pay­sages et ces jeunes filles en fleurs. Il y a même un co­té gir­ly. Vous l’as­su­mez ?

( Rires.) Non, c’est mon style à moi, j’adore cet es­thé­tique- là : la na­ture, les filles, les cos­tumes, et puis le co­té go­thique de ce ma­noir iso­lé avec tous ces chan­de­liers.

Vir­gin Sui­cides, Ma­rieAn­toi­nette et main­te­nant Les Proies, tous ces films sont très girl po­wer, ils sou­lignent le pou­voir des femmes. Vous vous consi­dé­rez comme une ar­tiste fé­mi­niste ?

Pas par­ti­cu­liè­re­ment, même si je connais et que je cé­lèbre la force des femmes.

Dans votre fil­mo­gra­phie, y a- t- il un film qui vous ra­conte ou vous res­semble ?

Tous mes films ont un écho par­ti­cu­lier en moi, car ils cor­res­pondent à dif­fé­rentes pé­riodes de ma vie.

En quoi la réa­li­sa­trice que vous êtes a évo­lué de­puis ses dé­buts ?

J’ai pris confiance en moi et je suis da­van­tage mes ins­tincts en me di­sant que, si un su­jet m’in­té­resse, il y a des chances qu’il in­té­resse aus­si le pu­blic.

Vous êtes la fille de Fran­cis Ford Cop­po­la. Est- ce que ce­la vous pré­des­ti­nait à de­ve­nir ci­néaste ? Pas vrai­ment car, plus jeune, j’étais es­sen­tiel­le­ment in­té­res­sée par la mode et le de­si­gn et je cher­chais à évo­luer dans un mi­lieu dif­fé­rent que ce­lui de ma fa­mille. Puis, à 25 ans, j’ai réa­li­sé un court mé­trage et j’ai com­pris que le ci­né­ma était un moyen d’in­cor­po­rer beau­coup de choses que j’ai­mais dans la vie et que je pou­vais m’y ex­pri­mer plei­ne­ment.

Un mot sur votre prix de la mise en scène à Cannes ?

Je suis ho­no­rée évi­dem­ment, d’au­tant que j’ai vé­cu des mo­ments forts à Cannes. Je m’y suis ren­due toute pe­tite avec mon père. Mon pre­mier film, Vir­gin Sui­cides, a été sé­lec­tion­né à la Quin­zaine des Réa­li­sa­teurs en 1999, j’y ai pré­sen­té plu­sieurs autres films et j’ai aus­si été membre du ju­ry. J’adore Cannes et les jour­na­listes fran­çais m’ont tou­jours sou­te­nue.

« c’est beau­coup plus com­pli­qué de trou­ver des fonds pour fi­nan­cer des pro­jets moins com­mer­ciaux. »

Les Proies de So­fia Cop­po­la, avec Co­lin Far­rel, Ni­cole Kid­man, Kirs­ten Dunst. Sor­tie le 23 août 2017.

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