Le pique-as­siette de la mode A

Jalouse - - BREAKING NEWS - Par Mi­chel Forte Il­lus­tra­tion Bap­tiste Vi­rot

LA MODE A SES REN­DEZ-VOUS QUE LES PRO­FES­SION­NELS DE LA PRO­FES­SION SE DOIVENT D’HO­NO­RER. LES CROISIÈRES À L’AUTRE BOUT DU MONDE, LES FA­SHION WEEKS, LES RE-SEE, LES PREVIEWS, LES FOIRES D’ART CONTEM­PO­RAIN ET SUR­TOUT LES PRESS DAYS SONT AU­TANT D’OC­CA­SIONS DE CROI­SER UN DRÔLE DE SPÉCIMEN : LE PIQUE-AS­SIETTE. COMMENT LE RE­CON­NAÎTRE ? QUELLES SONT SES HA­BI­TUDES ? PORTRAITROBOT DE CE­LUI QUI EST TOU­JOURS LÀ OÙ IL N’EST PAS AT­TEN­DU.

fin de pou­voir écu­mer toutes les pré­sen­ta­tions (comp­tez une cin­quan­taine les jours de grande af­fluence), le pique-as­siette ar­rive sou­vent aux au­rores. Dans un sou­ci de ren­ta­bi­li­té mi­li­taire, il s’as­sure de faire un maxi­mum de ren­dez-vous en un mi­ni­mum de temps. A prio­ri, un geste noble cen­sé ho­no­rer la mode et ceux qui la font. Dé­trom­pez-vous. Si le pique-as­siette ar­pente les sho­wrooms, ce n’est ni pour la beau­té du geste ni pour étof­fer sa culture mode. C’est pour ac­cu­mu­ler les ca­deaux presse dis­tri­bués par les marques aux in­vi­tés. Goo­dies qu’on re­trou­ve­ra par di­zaines dès le len­de­main sur ebay. Le pique-as­siette a un bu­si­ness pa­ral­lèle à faire tour­ner.

Il ne doute de rien À l’en­tendre, le pique-as­siette, qui n’a rien à faire là, tra­vaille sur mille pro­jets dont il ne peut pas en­core par­ler, et se doit d’être là pour se “faire le por­te­pa­role du créa­teur” et “re­layer l’in­for­ma­tion à sa com­mu­nau­té”. La réa­li­té est tout autre. Son nombre de fol­lo­wers dé­passe pé­ni­ble­ment la cen­taine, amis et fa­mille in­clus, sa der­nière contri­bu­tion à un ma­ga­zine re­monte à l’époque où Gian­ni Ver­sace était en­core vi­vant, et le der­nier man­ne­quin à avoir tra­vaillé à ses cô­tés a pris sa re­traite en 1992 et a ou­vert de­puis un bar à smoo­thies à For­men­te­ra. Il a vé­cu les grandes heures que les snap­cha­teurs de moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, mais per­sonne dans la salle ne peut en at­tes­ter.

C’est un fin gour­met Les press days, il les écume de­puis la nuit des temps (tra­duc­tion : l’époque où les dé­fi­lés n’étaient pas dif­fu­sés en live stream sur la toile). Du coup, il en connaît par­fai­te­ment le dé­rou­lé, les iti­né­raires et les fi­celles. Très utile lors­qu’on a be­soin de sa­voir où s’ar­rê­ter prendre le meilleur ex­pres­so au lait de so­ja, chez qui dé­jeu­ner glu­ten-free, ou en­core dans quelle mai­son faire un stop pour un der­nier apé­ro mil­lé­si­mé. Si la mode avait son guide Mi­che­lin des meilleures tables, il en se­rait le ré­dac­teur en chef.

Il est pas­sion­nant Sno­bisme et mau­vais es­prit mis à part, il faut avouer que le pique-as­siette est pas­sion­nant. Comme on vous l’ex­pli­quait, le pique-as­siette n’est plus tout jeune, et même s’il n’est plus, il a tout de même été, à une époque plus ou moins loin­taine. An­cien di­rec­teur ar­tis­tique, ré­dac­teur en chef mode ou consul­tante toute-puis­sante, le pi­queas­siette est un mine de pe­tites his­toires col­lec­tor, va­che­ries du mi­lieu sur­ve­nues pen­dant les an­nées Pa­lace et anec­dotes aus­si crous­tillantes qu’un toast avec glu­ten. Of­frez-lui un verre, faites-le par­ler, vous ne le re­gret­te­rez ja­mais. Mais vous ris­quez de de­voir payer l’ad­di­tion…

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