Phy­sique quan­tique

4 in­ter­pre­ta­tions du reel

La Recherche - - La Une - L’édito par So­phie Coisne Ré­dac­trice en chef

CSM: une nou­velle vi­sion qui re­liance le de­bat

C’ est à un pas­sion­nant dé­bat à la char­nière de la science et de la so­cié­té que nous vous convions ce mois-ci. Un dé­bat lié à notre res­pon­sa­bi­li­té face au chan­ge­ment en­vi­ron­ne­men­tal ac­tuel. Nous avons sou­vent par­lé de la hausse des tem­pé­ra­tures mon­diales. Nous as­sis­tons éga­le­ment à une dis­pa­ri­tion ra­pide et im­por­tante des es­pèces, à l’aci­di­fi­ca­tion des océans et à une pol­lu­tion mas­sive des éco­sys­tèmes. Le res­pon­sable de tous ces maux ? L’homme, ses ac­ti­vi­tés, son mode de vie, comme en at­teste la ma­jo­ri­té des études. Notre em­preinte sur l’en­vi­ron­ne­ment est pro­fonde. Peu de doute qu’elle fe­ra date dans l’his­toire de l’hu­ma­ni­té.

MAIS FE­RA-T-ELLE DATE dans l’his­toire de la Terre ? C’est ce que cer­tains spé­cia­listes sug­gèrent (p. 87). En 1995, le Prix No­bel de chi­mie Paul Crut­zen, dé­cou­vreur du trou dans la couche d’ozone, a pro­po­sé que l’ère du­rant la­quelle l’homme a pro­fon­dé­ment mar­qué la pla­nète soit nom­mée « An­thro­po­cène ». En d’autres termes, notre in­fluence sur la pla­nète se­rait si im­por­tante qu’elle se­rait vi­sible… dans la struc­ture même des roches. Elle dé­bu­te­rait avec les pre­mières marques lais­sées par l’homme. Quoi de plus puis­sant pour convaincre l’hu­ma­ni­té de sa res­pon­sa­bi­li­té ? Voi­là qui nous met­trait au rang du fléau qui a vu la dis­pa­ri­tion des di­no­saures, crise qui dé­li­mite le pas­sage de l’ère mé­so­zoïque à l’ère cé­no­zoïque. Pas sûr, hé­las, que l’ar­gu­ment soit suf­fi­sam­ment fort pour faire chan­ger les com­por­te­ments.

QUOI QU’IL EN SOIT, de­puis, les scien­ti­fiques dé­battent sur le fait que l’An­thro­po­cène soit ou non une pé­riode géo­lo­gique. Mais l’idée a beau sé­duire, elle se heurte à la ri­gueur scien­ti­fique. Car une pé­riode géo­lo­gique doit ré­pondre à un cer­tain nombre de cri­tères phy­si­co-chi­miques, tem­po­rel… que l’An­thro­po­cène « [ne] pos­sède pas », ap­puient les géo­logues Pa­trick De We­ver et Stan Fin­ney (p. 80). Charge à l’Union in­ter­na­tio­nale des sciences géo­lo­giques de tran­cher, sur la foi d’un épais dos­sier scien­ti­fique en cours de cons­ti­tu­tion. Sui­vra-t-elle une ligne or­tho­doxe ? Ou cé­de­ra-t-elle à l’en­vie de poin­ter la res­pon­sa­bi­li­té hu­maine au plus pro­fond de sa chair ? L’ave­nir nous le di­ra.

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