Gé­né­tique L’ori­gine des pre­mières ci­vi­li­sa­tions let­trées d’Eu­rope dé­voi­lée

D’où viennent les Mi­noens et les My­cé­niens ? Une équipe de gé­né­ti­ciens et d’ar­chéo­logues ré­pond en­fin à cette ques­tion, vieille de plus d’un siècle.

La Recherche - - CONTENTS - William Rowe-Pir­ra

La Crète est connue pour le Mi­no­taure, créa­ture mi-homme mi-tau­reau en­fer­mée dans le la­by­rinthe de Dé­dale. Mais cette île a avant tout été le do­maine de la pre­mière ci­vi­li­sa­tion let­trée d’Eu­rope, les Mi­noens, de 2900 à 1200 avant notre ère. Ont sui­vi les My­cé­niens, qui se sont répandus en Grèce conti­nen­tale de 1700 à 1200 av. J.-C. Ces deux ci­vi­li­sa­tions ont ou­vert aux ar­chéo­logues une grande fe­nêtre sur l’âge du bronze (de 3000 à 1000 av. J.-C.) en Eu­rope. Une équipe in­ter­na­tio­nale réunis­sant no­tam­ment des gé­né­ti­ciens et des ar­chéo­logues vient en­fin d’élu­ci­der les ori­gines gé­né­tiques de ces pre­mières grandes ci­vi­li­sa­tions eu­ro­péennes. Celles-ci com­binent une as­cen­dance ana­to­lienne, ira­nienne, cau­ca­sienne et si­bé­rienne (1). Mi­noens et My­cé­niens se sont in­fluen­cés cultu­rel­le­ment. Les au­teurs ré­vèlent qu’ils par­ta­geaient un gé­nome très si­mi­laire. Ils sont par­ve­nus à cette conclu­sion en ana­ly­sant l’ADN mi­to­chon­drial de restes de dix in­di­vi­dus mi­noens des tom­beaux des sites an­tiques de Mo­ni Odi­gi­tria et Ha­gios Cha­ra­lam­bos, en Crète, de quatre corps my­cé­niens de la côte ouest du Pé­lo­pon­nèse, en Grèce conti­nen­tale, et de trois in­di­vi­dus d’Ana­to­lie du SudOuest. Ils ont com­pa­ré ces don­nées avec celles de 332 autres in­di­vi­dus an­ces­traux, four­nies par des études an­té­rieures, ain­si qu’avec celles de plus de 2 600 hu­mains mo­dernes. Ré­sul­tat : Mi­noens et My­cé­niens par­tagent les trois quarts de leur as­cen­dance, hé­ri­tés d’agri­cul­teurs du Néo­li­thique ayant mi­gré de­puis l’Ana­to­lie oc­ci­den­tale (ac­tuelle Tur­quie), l’Iran et le Cau­case. Le quart res­tant, chez les My­cé­niens, pro ve­nait de chas­seurs­cueilleurs des steppes d’Eu­rope orien­tale et de Si­bé­rie.

Groupes non iso­lés

« Ces ré­sul­tats sont sur­pre­nants, es­time l’un des au­teurs, Io­sif La­za­ri­dis, de la Har­vard Me­di­cal School à Bos­ton. Leur part d’as­cen­dance ve­nue du nord et de l’est montre que les di­vers groupes qui ont ha­bi­té en Grèce sont re­la­ti­ve­ment si­mi­laires, et non iso­lés comme on l’a long­temps pen­sé. » Une ques­tion sub­siste : quand les an­cêtres com­muns orien­taux des Mi­noens et des My­cé­niens sont-ils ar­ri­vés dans la ré­gion de la mer Égée ? Pour les au­teurs, la dé­cou­verte de ces évé­ne­ments de migrations et de mé­langes gé­né­tiques et cultu­rels prouve en tout cas que « la ci­vi­li­sa­tion grecque n’a pas émer­gé en l’état de­puis la pré­his­toire, mais a sans cesse évo­lué pour de­ve­nir telle qu’on la connaît. »

Mi­noens et My­cé­niens par­tagent les trois quarts de leur as­cen­dance, hé­ri­tée de migrations de­puis l’Ana­to­lie, l’Iran et le Cau­case.

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