Géoar­chéo­lo­gie Les séismes, ces dieux ou­bliés du pan­théon grec

La ré­gion de la mer Égée est le berceau de la ci­vi­li­sa­tion grecque an­tique, mais aus­si une im­por­tante zone sis­mique. Une étude vient de mon­trer que les séismes au­raient eu un im­pact jus­qu’alors in­soup­çon­né sur la culture grecque.

La Recherche - - Sommaire - William Rowe-Pir­ra

Dieux ca­pri­cieux, créa­tures chi­mé­riques, royaumes sou­ter­rains… la my­tho­lo­gie et la culture grecques re­cèlent de nom­breux élé­ments mer­veilleux et ima­gi­naires. Mais quelques-uns de ces élé­ments pour­raient bien avoir une ori­gine ter­restre et na­tu­relle. En ef­fet, se­lon cer­tains ar­chéo­logues et géo­logues, les failles sis­miques qui par­courent la ré­gion de la mer Égée au­raient in­fluen­cé la culture grecque an­tique de ma­nière plus im­por­tante qu’on ne le soup­çon­nait (1). C’est ce que montre Iain Ste­wart, de l’uni­ver­si­té de Ply­mouth, au Royaume-Uni, dans une ré­cente étude. My­cènes, Delphes, Cnide et Hié­ra­po­lis (l’ac­tuelle Pa­muk­kale en Tur­quie) sont toutes des villes hau­te­ment sa­crées de la Grèce an­tique. Leur point com­mun ? Elles sont bâ­ties sur des failles sis­miques – des zones de rup­ture entre deux blocs ro­cheux qui se dé­placent len­te­ment. Les séismes se pro­duisent lorsque ce glis­se­ment s’ac­cé­lère brus­que­ment et briè­ve­ment. Dans la ré­gion égéenne, de nom­breux temples et acro­poles ont été bâ­tis sur de telles failles. Le lieu de construc­tion de ces temples ne pou­vait être dû au ha­sard. Par exemple, le sanc­tuaire de Delphes fut im­mé­dia­te­ment re­cons­truit – sur la même faille – après sa des­truc­tion par un trem­ble­ment de terre. Mais pour­quoi l es Grecs au­raient-ils éle­vé dé­li­bé­ré­ment leurs lieux sa­crés à des en­droits au po­ten­tiel si des­truc­teur ? « Les failles sis­miques servent de cor­ri­dor de cir­cu­la­tion à l’eau sou­ter­raine, ex­plique le géo­logue Iain Ste­wart. Grâce à elles, l’eau peut re­joindre la sur­face et for­mer des sources na­tu­relles riches en mi­né­raux. » En Grèce an­tique, de telles sources pos­sé­daient un rôle thé­ra­peu­tique et ser­vaient à des ri­tuels. Leur po­si­tion – et par ex­ten­sion, celle des failles sis­miques d’où elles pro­viennent – au­rait joué un rôle dans la nais­sance des pre­miers lieux de vie et de culte grecs.

Pas­sage vers les en­fers

À Delphes et Hié­ra­po­lis, des gra­vures re­trou­vées sur la sur­face des failles semblent in­di­quer qu’elles étaient consi­dé­rées comme des pas­sages vers les royaumes sou­ter­rains et les « en­fers ». Les grottes et ca­vernes au­raient ser­vi de lieu de re­trait aux de­vins : ils y en­traient dans un état d’eu­pho­rie en in­ha­lant des va­peurs hal­lu­ci­no­gènes éma­nant des failles et des sources mi­né­rales. Ain­si, les séismes ont for­gé et mar­qué la culture grecque. Pour Iain Ste­wart, « même au­jourd’hui, les trem­ble­ments de terre ont en­core une forte in­fluence sur nous, ils brisent notre illu­sion la plus ré­pan­due : celle de la so­li­di­té in­ébran­lable de notre sol ».

Les temples de Delphes, My­cènes, Hié­ra­po­lis et Cnide, hauts lieux re­li­gieux de la Grèce, étaient construits sur des failles sis­miques.

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