Ver­tus d’une mai­son 100 % fa­mi­liale

La Revue du Vin de France - - MAGAZINE - Re­por­tage et dé­gus­ta­tion de Pierre Ca­sa­mayor

Au sud de la Côte des Blancs, à Ver­tus, Ca­rol Du­val-Le­roy a his­sé sa mai­son au som­met de la Cham­pagne. Au­jourd’hui, cette chef d’en­tre­prise ins­pi­rée passe le té­moin à ses trois fils.

Les cri­tiques et les jour­na­listes ont sou­vent été ten­tés de dis­tin­guer les vins se­lon leur style mas­cu­lin ou leur na­ture fé­mi­nine, en pen­sant que la vi­ri­li­té se niche dans la force tan­nique du vin et la fé­mi­ni­té dans son élé­gance aro­ma­tique, ou en afr­mant que les vins éla­bo­rés par des hommes sont for­cé­ment char­pen­tés et ceux en­gen­drés par des femmes ne peuvent être qu’élé­gants. Si ces ar­tifces ne sont le plus sou­vent que fa­ci­li­té d’écri­ture ou simple pa­resse d’ana­lyse, il faut bien re­con­naître que par­fois cette dis­tinc­tion a de la per­ti­nence.

Une mai­son de Cham­pagne di­ri­gée par une femme de ca­rac­tère, une femme oe­no­logue et chef, une gamme de cham­pagnes bâ­tis sur la fi­nesse du char­don­nay, des cu­vées qui se nomment Fleur de Cham­pagne ou Femme, l’équa­tion semble ici vé­ri­fée.

Créée en 1859, la mai­son Du­val-Le­roy naît pour­tant de l’as­so­cia­tion de deux hommes, un vigneron, Jules Du­val, et un né­go­ciant, Ar­mand-Édouard Le­roy. Elle est la pre­mière mai­son en 1911 à in­di­quer la men­tion “pre­mier cru” sur son éti­quette. Dans les an­nées 50, Char­lesRo­ger Du­val-Le­roy pour­suit le re­plan­tage des vignes en­ta­mé après la Se­conde Guerre mon­diale et ac­croît le vi­gnoble pour ser­vir de base aux ap­pro­vi­sion­ne­ments de la mai­son ; Jean-Charles Du­val-Le­roy, son fls, est l’homme des nou­velles ins­tal­la­tions tech­niques, un chan­tier qu’il a me­né jus­qu’à sa dis­pa­ri­tion pré­ma­tu­rée en 1991.

Son épouse Ca­rol lui suc­cède alors à la tête de l’en­tre­prise et im­pose sa per­son­na­li­té faite à la fois de fé­mi­ni­té et d’un ca­rac­tère bien trem­pé. Vi­sion­naire, te­nace et ja­louse de son in­dé­pen­dance, elle ne se veut pas “veuve”, mais sim­ple­ment femme. Elle hisse le style mai­son vers le haut de gamme, ai­dée par Michel Oli­vei­ra, au­jourd’hui di­rec­teur ad­joint. Elle pré­side l’As­so­cia­tion vi­ti­cole cham­pe­noise de 2007 à 2010. Du­val-Le­roy est au­jourd’hui l’une des der­nières grandes mai­sons cham­pe­noises avec un ca­pi­tal à 100 % fa­mi­lial.

Un né­goce pré­cur­seur

Le vi­gnoble mai­son court sur 200 hec­tares, un énorme atout pour ob­te­nir des rai­sins conformes aux dé­si­rs tech­niques. Il couvre en­vi­ron un tiers des ap­pro­vi­sion­ne­ments. Avec des par­celles si­tuées dans tous les grands crus de la Côte des Blancs, bien im­plan­té dans les “grands noirs” de la Mon­tagne de Reims, avec beau­coup de pre­miers crus, une pro­por­tion de 40 % de char­don­nay, il compte en son sein l’em­blé­ma­tique Clos des Bou­ve­ries, 3,5 hec­tares plan­tés de vignes de plus de 50 ans, à mi­co­teau sur la com­mune de Ver­tus.

C’est dans ce clos que sont ex­pé­ri­men­tées les amé­lio­ra­tions des tech­niques vi­ti­coles, avec un ti­rage à chaque mil­lé­sime – une pra­tique unique en Cham­pagne – dans le but de consti­tuer une mé­moire cli­ma­tique

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