Le whis­key pro­hi­bé dans le Ten­nes­see

Dans le com­té de Moore, Ten­nes­see, vente et consom­ma­tion pu­blique d’al­cool sont in­ter­dites. C’est pour­tant là que le géant Jack Da­niel’s pro­duit son whis­key.

La Revue du Vin de France - - SOMMAIRE - Be­noist Sim­mat

Lynch­burg, ses 900 âmes, son église un peu laide, ses sa­loons re­con­ver­tis en bou­tiques de sou­ve­nirs et dé­co­rés aux armes de Jack Da­niel’s, le grand whis­key lo­cal 100 % amé­ri­cain. Sur les rayons, de la vais­selle Jack Da­niel’s, des vê­te­ments Jack Da­niel’s, toutes sortes de gad­gets la­bé­li­sés “Jack”, tout sauf... des bou­teilles. Enfn si, mais rem­plies de mou­tarde ou d’eau mi­né­rale.

Sur­prise : nous sommes dans le com­té de Moore, au coeur de l’état du Ten­nes­see, où, comme dans quelques di­zaines de dis­tricts de l’an­cien Sud, le com­merce et la consom­ma­tion d’al­cool dans les ma­ga­sins et les es­paces pu­blics res­tent pro­hi­bés.

Un “com­té sec”

Cette si­tua­tion sur­réa­liste mé­rite une ex­pli­ca­tion : « Nous sommes un com­té sec [dry coun­ty, ndlr] de­puis 1919 car la po­pu­la­tion n’a ja­mais va­li­dé par ré­fé­ren­dum la dé­ci­sion fé­dé­rale d’abo­lir la Pro­hi­bi­tion [en 1933, ndlr] » , dé­taille Lynne Tol­ley, l’exu­bé­rante gé­rante du grand res­tau­rant lo­cal Miss Ma­ry Bo­bo’s, qui vous console à grandes ra­sades de thé gla­cé.

Si vous vou­lez boire un verre dans un bar ou ache­ter une bou­teille pour la dé­gus­ter tran­quille­ment chez vous, il vous fau­dra prendre votre voi­ture et sor­tir du pé­ri­mètre, pas d’autre so­lu­tion...

Ar­rière pe­tite-nièce du fon­da­teur, Lynne Tol­ley a une autre ca­rac­té­ris­tique : fraî­che­ment re­trai­tée, elle a long­temps été mas­ter tas­ter chez Jack Da­niel’s. Car à dix ki­lo­mètres de la ville, se trouve l’une des plus grandes dis­til­le­ries du monde qui pro­duit 145 mil­lions de bou­teilles de whis­key et re­çoit même 245 000 vi­si­teurs à l’an­née. Long­temps, ces tou­ristes n’ont pu ni goû­ter du “Jack” ni a for­tio­ri en ache­ter.

« Avec le temps, la loi s’est tout de même lé­gè­re­ment as­sou­plie » , mi­ni­mise John Hayes, un ponte du groupe Brown-For­man, pro­prié­taire de Jack Da­niel’s.

Les hô­tesses peuvent en efet ver­ser ex­cep­tion­nel­le­ment une once dans un mi­nus­cule go­be­let, soit 2,834 cen­ti­litres. As­tuce : l’en­tre­prise pro­duit aus­si des bou­teilles com­mé­mo­ra­tives : « Nous les rem­plis­sons de Jack Da­niel’s, ain­si nous ven­dons le verre dé­co­ré aux tou­ristes, mais le whis­key, nous l’ofrons. Et ça, ce n’est pas in­ter­dit » , s’amuse Ran­dall Fan­ning, ex-cat­cheur res­pon­sable des vi­sites, 38 ans de mai­son. Cet ar­ran­ge­ment est par contre in­ter­dit le di­manche. Ce­la n’em­pêche pas la mai­son de vendre plus de 130 mil­lions de cols dans le monde par an !

Comme à la glo­rieuse époque d’Al Ca­pone, Jack Da­niel’s n’a pas le droit de vendre sa propre pro­duc­tion lo­ca­le­ment.

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