Saint-Florent et le Cap corse

À la pointe de la Corse, la na­ture et l’his­toire des hommes se mêlent in­ti­me­ment. Au bout du Cap, le ciel, la mer et une cou­leur vive à cou­per le souffle.

La Revue du Vin de France - - SOMMAIRE - Par Phi­lippe Mau­range

c ap, il im­pres­sionne, il fait même un peu peur… « De Bas­tia à Saint-Florent, c’e s t 101 ki­lo­mètres et il faut trois heures de voi­ture pour en faire le tour ! Le Cap Corse, c’est comme le bout du monde », aiment ra­con­ter Alain et Li­na Ven­tu­ri du do­maine de Pie­ret­ti. Cette pé­nin­sule, comme un doigt ten­du vers le conti­nent, est la plus im­por­tante et ho­mo­gène masse schis­teuse du vi­gnoble fran­çais ré­gu­liè­re­ment ba­layé par un vent violent, le fa­meux Li­bec­ciu. Une terre de ma­quis qui s’étend sur une chaîne mon­ta­gneuse dont l’ali­gne­ment naît à Bas­tia pour se fondre dans la mer à sa pointe au pe­tit vil­lage de Bar­cag­gio dont la baie d’eau tur­quoise et la vue sur l’île de la Gi­ra­glia fe­ront rê­ver les plus grands des voya­geurs. À propos de voya­geurs au long court, l’his­toire des caps cor­sins en compte un nombre in­cal­cu­lable. Car au contraire de la ma­jo­ri­té de la po­pu­la­tion corse tour­née vers la mon­tagne, ici, c’est vers la mer que les caps cor­sins pros­pèrent jus­qu’au xixe siècle. Ce sont des com­mer­çants qui na­viguent et beau­coup d’entre eux ont la ten­ta­tion du grand large. Ils partent, s’échappent aus­si pour ten­ter leur chance plus loin… En par­ti­cu­lier vers l’Amé­rique du Sud, au Ve­ne­zue­la ou à Por­to Ri­co. For­tune faite, ils re­viennent as­su­mer leur in­su­la­ri­té en bâ­tis­sant des mai­sons im­pres­sion­nantes : les fa­meuses vil­las d’Amé­ri­cains. Construites au coeur des villages, et ofrant des vues pa­no­ra­miques sur la mer, elles s’im­posent au­jourd’hui comme des joyaux de l’ar­chi­tec­ture du xixe siècle. Tout ama­teur de grand blanc ne man­que­ra pas d’al­ler vi­si­ter celle construite par les an­cêtres de la fa­mille Lui­gi, pro­prié­taire du fa­meux Clos Ni­cro­si, dont les pré­cieuses bou­teilles vieillissent dans l’his­to­rique cave voû­tée de cette ma­gni­fique de­meure à Ro­glia­no, au-des­sus du port de Ma­ci­nag­gio. Pier­re­ti et Ni­cro­si, deux do­maines em­blé­ma­tiques sau­vés de l’avan­cée du ma­quis qui a fait dis­pa­raître la qua­si-to­ta­li­té du vi­gnoble des co­teaux du Cap Corse. Au­jourd’hui, seule­ment 60 hec­tares de vignes en pro­duc­tion sont ré­par­tis entre cinq vi­gne­rons !

At­ten­tion vi­rages...

Dans tous les cas, voi­là une ap­pel­la­tion de co­teaux, dont le terme n’est pas gal­vau­dé, en par­ti­cu­lier chez Li­na Ven­tu­ri. Du haut de ses plus belles vignes de mus­cat jus­qu’au pla­teau le plus proche de la mer, 100 mètres de dé­ni­ve­lés per­mettent de se rendre compte de la rai­deur de son vi­gnoble. La culture de cer­tains cé­pages en écha­las (comme dans la Côte-Rô­tie) té­moigne éga­le­ment de la dif­cul­té de la conduite du vi­gnoble. Par la route, l’est du Cap pa­raît plus doux que la côte ouest ! Si­nueuse, for­mant une cor­niche pas très haut per­chée, elle longe la mer al­ter­nant pay­sages de fa­laises ro­cheuses, tours gé­noises, villages ty­piques comme Er­ba­lun­ga et des baies ap­pe­lées lo­ca­le­ment des ma­rines avec tou­jours en vue les îles ita­liennes d’Elbe et de Ca­praïa. Trois routes trans­ver­sales per­mettent de pas­ser sur la côte ouest : par le vil­lage de Piaz­za, ce­lui de Me­ria ou la route la plus au nord, à Ma­ci­nag­gio via Ro­glia­no. Par Piaz­za, le pas­sage du col est im­pres­sion­nant. La route tra­verse la fa­laise creu­sée pour bas­cu­ler vers un pay­sage à vous cou­per le soufe ! Au loin, la Ba­lagne avec

le Monte Cin­to (2 706 m), point culmi­nant de la Corse et le dé­sert des Agriates. La route en la­cets des­cend vers le sud pour re­joindre le golfe de Saint-Florent et l’ap­pel­la­tion Pa­tri­mo­nio avec l’ar­ri­vée sur le Clos Marf­si qui marque la dé­li­mi­ta­tion avec la roche cal­caire. At­ten­tion aux conduc­teurs sen­sibles au ver­tige ! Une jour­née, deux jours, trois jours, quatre jours, un mois… Il faut prendre son temps pour faire le tour du Cap et ap­pré­cier plei­ne­ment la beau­té de ce lieu unique to­ta­le­ment pré­ser­vé du tou­risme de masse qui en­va­hit les plages du sud de l’île. Le Cap, c’est la tran­quilli­té, l’es­prit na­ture de la Corse, le res­pect des lieux et la symbiose la plus au­then­tique entre la mer et la mon­tagne. Le Cap, c’est en fait une pe­tite Corse à lui tout seul !

➊ La plage de sable noir de Non­za, sym­bole de la Haute-Corse. ➋ Li­na et Alain Ven­tu­ri, du do­maine de Pie­ret­ti, dans leurs vignes de mus­cat. ➌ L’église de Sis­co, une bâ­tisse qui date du XIIIe siècle.

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