Le Mé­doc des crus bour­geois

À l’ombre des mo­nu­men­taux crus clas­sés, les crus bour­geois, au contact plus di­rect avec les ama­teurs, laissent en­tre­voir un Mé­doc plus convi­vial.

La Revue du Vin de France - - SOMMAIRE - Par Jé­rôme Bau­douin

Comme une évi­dence, le Mé­doc est fa­ci­le­ment as­si­mi­lé aux pres­ti­gieux crus clas­sés. Mar­gaux, La­tour, Lafte, Mou­ton, Pal­mer, Clos d’Es­tour­nel et les autres. À l’ombre de ces mo­nu­ments, les crus bour­geois, beau­coup plus ac­ces­sibles au­près du pu­blic ne s’en laissent pas comp­ter et illus­trent un Mé­doc plus convi­vial. Peut-être faut-il y voir une ré­sur­gence du pas­sé. Car le terme cru bour­geois prend ra­cine au xviie siècle. Face à une no­blesse pro­prié­taire des plus beaux ter­roirs du Mé­doc (le marquis de Sé­gur pos­sède Lafte et La­tour), les com­mer­çants bor­de­lais qui font for­tune dans le né­goce de vin ac­quièrent des do­maines et y plantent de la vigne le long de l’es­tuaire. His­toire d’as­su­rer leur ap­pro­vi­sion­ne­ment. Il fau­dra tout de même at­tendre 1932 pour que cette dé­no­mi­na­tion soit of­ciel­le­ment re­con­nue et af­chée sur les éti­quettes.

Au­jourd’hui, des cen­taines de pro­prié­tés se re­ven­diquent “cru bour­geois”. Mais à la di­fé­rence des crus clas­sés évo­luant vers une forme de stan­dar­di­sa­tion de l’ex­cel­lence, les crus bour­geois livrent des vi­sages mul­tiples. Des pe­tites pro­prié­tés à taille hu­maine où le vi­gne­ron tra­vaille en fa­mille, aux vastes do­maines ca­pables de ri­va­li­ser avec les crus les plus pres­ti­gieux. Cette di­ver­si­té est presque ras­su­rante en cette terre entre deux eaux. En re­mon­tant le long de l’es­tuaire, par la route des châ­teaux, le vi­gnoble se dé­couvre par sauts de puce, d’une ap­pel­la­tion à l’autre, au fl des villages. Dès la sor­tie de l’ag­glo­mé­ra­tion bor­de­laise, des châ­teaux ont ou­vert leurs portes, comme ce­lui d’Ar­melle Cruse, du châ­teau du Taillan qui s’est as­so­ciée à sa co­pine Mar­tine Ca­ze­neuve, du châ­teau Pa­lou­mey, pour lan­cer conjoin­te­ment des vi­sites de leur do­maine. Le ma­tin, marche dans les vignes de Pa­lou­mey et l’après-mi­di dé­cou­verte des chais du châ­teau du Taillan. Avec une pause au­tour d’assiettes de char­cu­te­rie. À quelques ki­lo­mètres de là, le châ­teau d’Agas­sac, au mi­lieu de ses douves pro­pose un jeu de piste dans les vignes, aus­si bien pour les en­fants que pour les adultes. Et au châ­teau d’Ar­sac, ce sont les mo­nu­men­tales sculp­tures contem­po­raines que l’on peut dé­cou­vrir tout en vi­si­tant le châ­teau. Plus mo­des­te­ment, à Ma­cau, on peut rendre vi­site à Pa­trice de Bor­to­li, du châ­teau Moutte Blanc. Cet ex­cellent vi­gne­ron cultive 4,5 hec­tares de vignes sur trois appellations, dont Mar­gaux. Des vins re­mar­quables et un vi­gne­ron pas­sion­nant que l’on peut ren­con­trer uni­que­ment sur ren­dez-vous. Après Ma­cau, en al­lant vers Mar­gaux, il faut dé­cou­vrir la su­perbe col­lec­tion de faïences et de po­te­ries du châ­teau Si­ran, dans son chai. Re­mar­quable. Plus au nord, à Saint-Ju­lien, le châ­teau Glo­ria est éga­le­ment ou­vert au pu­blic, sur ren­dez-vous. À Saint-Es­tèphe, le châ­teau Phé­lan-Sé­gur est l’un des rares à or­ga­ni­ser des vi­sites, sui­vies d’un dé­jeu­ner ou d'un dî­ner gour­mand dans le châ­teau avec les vins du do­maine (à par­tir de 90 €), un me­nu com­po­sé avec la com­pli­ci­té des chefs du Taillevent à Pa­ris et des Crayères à Reims, pro­prié­tés de la fa­mille Gar­di­nier. L’un des musts est de par­ti­ci­per à la Table des ven­danges, en sep­tembre. Deux autres crus bour­geois se dis­tinguent, plus au nord, sur les rives de l’es­tuaire pour ac­cueillir confor­ta­ble­ment les vi­si­teurs. La Tour de By or­ga­nise des vi­sites du vaste do­maine avec un point de vue re­mar­quable sur le feuve de­puis la tour et Rol­lan de By, son voi­sin, dont le pro­prié­taire, Jean Guyon a trans­for­mé en très belle mai­son d’hôtes. Tout un pro­gramme.

➊ Les meilleurs vi­gnobles du Mé­doc sont te­nus comme des jar­dins et les roses feu­rissent au bout des rangs. ➋ Le châ­teau Si­ran vient d'ou­vrir sa col­lec­tion d'ob­jets sur l'art de la dé­gus­ta­tion. ➌ Au châ­teau Phé­lan-Sé­gur, il est pos­sible de par­ti­ci­per au dé­jeu­ner des ven­danges.

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