Les fu­sées an­ti­grêle clouées au sol par Vi­gi­pi­rate

La lutte an­ti-ter­ro­riste a fait une vic­time col­la­té­rale : le vignoble sa­voyard. L’usage et le sto­ckage des fu­sées an­ti-grêle y sont in­ter­dits. On se trompe de cible !

La Revue du Vin de France - - ACTUALITÉS - Florence Ken­nel

Les fu­sées an­ti-grêle uti­li­sées de­puis des di­zaines d’an­nées par les vi­gne­rons me­nacent-elles la sé­cu­ri­té pu­blique et le plan Vi­gi­pi­rate ? Les ter­ro­ristes pour­raient-ils les dé­tour­ner et les trans­for­mer en bombes ar­ti­sa­nales ? La pré­fec­ture de Sa­voie a pré­fé­ré ne pas ter­gi­ver­ser : dé­sor­mais, le sto­ckage des fu­sées à io­dure d’ar­gent par les vi­gne­rons est in­ter­dit. Fer­mez le ban !

De­puis, la grogne monte dans le vignoble. Dans une ré­gion mon­ta­gneuse où les orages de grêle sont très fré­quents et vio­lents, les vi­gne­rons ne peuvent plus pro­té­ger leurs vignes du fléau. Certes, la mé­téo de l’été fut plu­tôt clé­mente, mais per­sonne n’a ou­blié la dou­zaine d’orages qui a fait trem­bler le vignoble en 2014. À chaque fois, les fu­sées an­ti­grêle avaient éloi­gné le dan­ger...

Consti­tuées d’un tube d’un mètre de long et de 10 cm de dia­mètre, ces en­gins pos­sèdent une ogive rem­plie d’io­dure d’ar­gent. Pla­cées sur une rampe de lan­ce­ment, elles sont dé­clen­chées à dis­tance par un ti­reur. Elles s’élèvent alors jus­qu’à 1 200 m d’al­ti­tude, puis ex­plosent en en­se­men­çant les nuages d’io­dure d’ar­gent qui em­pêche la for­ma­tion des grê­lons.

Des ti­reurs par­tout

« Ce­la fonc­tionne grâce au re­lief fa­vo­ri­sant les cou­rants d’air as­cen­dants qui as­pirent lit­té­ra­le­ment les fu­sées en haut du nuage. Par­tout où il y a de la vigne, il y a des ti­reurs », té­moigne Mi­chel Que­nard, vi­gne­ron et pré­sident du syn­di­cat d’ap­pel­la­tion de Chi­gnin-Ber­ge­ron.

Grâce au maillage de bé­né­voles de l’As­so­cia­tion d’étude et de ges­tion des risques cli­ma­tiques, à la­quelle adhèrent aus­si les com­munes, ce sys­tème de lutte contre la grêle couvre l’en­semble du vignoble sa­voyard.

En­fin, les vi­gne­rons sa­voyards n’ont pas com­pris pour­quoi les sta­tions de ski avaient ob­te­nu de la Pré­fec­ture l’au­to­ri­sa­tion de conti­nuer à se ser­vir de fu­sées à ex­plo­sifs pour dé­clen­cher des ava­lanches. « Il n’y a pas de rai­son pour que nous n’ayons pas le droit de sé­cu­ri­ser nos vignes, alors que les sta­tions de ski peuvent en­core sé­cu­ri­ser leurs pistes » , s’in­digne Mi­chel Que­nard.

Le syn­di­cat des vins de Sa­voie a donc de­man­dé une dé­ro­ga­tion au­près du mi­nis­tère de l’In­té­rieur afin de per­mettre aux vi­gne­rons l’usage et le sto­ckage des fa­meuses fu­sées 614E à io­dure d’ar­gent. Si cette de­mande était re­fu­sée, l’été 2016 risque d’être ora­geux.

Une dé­ro­ga­tion de­man­dée au mi­nis­tère de l’In­té­rieur pour les fu­sées 614EÉ

Un re­dou­table com­bat­tant kurde en Sy­rie ? Non, c’est Mi­chel Que­nard qui, avec les vi­gne­rons de Sa­voie, veut conti­nuer à uti­li­ser ses fu­sées an­ti-grêle.

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