Les très riches pour­suivent leurs em­plettes dans le vi­gnoble

Le ré­as­su­reur Scor s’offre Tro­plong Mon­dot, l’hé­ri­tier de la phar­ma­cie An­dré Hoff­mann le do­maine Jayer-Gilles en Bour­gogne et le pro­duc­teur George Lu­cas croque Margüi en Pro­vence : le vin ai­guise les ap­pé­tits.

La Revue du Vin de France - - ACTUALITES - Jé­rôme Bau­douin

Après le ra­chat de Ney­mar et de Mbap­pé par le PSG dans le foot­ball, un autre re­cord est tom­bé dans le vi­gnoble fran­çais. An­non­cée fin juillet, au coeur de la tor­peur es­ti­vale, la vente du châ­teau Tro­plong Mon­dot, 1er Grand cru clas­sé “B” de Saint-Émi­lion, au ré­as­su­reur fran­çais Scor pour 220 mil­lions d’eu­ros fixe un nou­veau pa­lier dans l’en­vol des prix des grands châ­teaux.

Ce ra­chat avait été en réa­li­té ac­té au len­de­main de la mort de Ch­ris­tine Va­lette, au prin­temps 2014. Dès cette époque, Scor ra­chète 20 % du châ­teau, et place au poste de pré­sident du con­seil de sur­veillance Fran­çois de Va­renne, cadre di­ri­geant du groupe di­ri­gé par Denis Kess­ler. Ce n’est qu’en avril der­nier que la so­cié­té de ré­as­su­rance a le­vé une op­tion pour ra­che­ter les 80 % res­tants du cru de Saint-Émi­lion, pour 178 mil­lions d’eu­ros. Ce qui re­pré­sente, pour ce do­maine de 29 hec­tares, une somme to­tale avoi­si­nant 220 mil­lions d’eu­ros, soit 7,6 mil­lions d’eu­ros l’hec­tare ! Certes, la vente in­tègre éga­le­ment le res­tau­rant étoi­lé et les chambres d’hôtes ins­tal­lés sur le do­maine, mais ce­la reste du ja­mais vu à Bor­deaux. Ber­nard Ar­nault et Al­bert Frère, en 1998, avaient dé­bour­sé 131 mil­lions d’eu­ros pour les 37 hec­tares de Che­val Blanc, 1er Grand cru clas­sé “A”, un re­cord à l’époque : ils pas­se­raient au­jourd’hui pour des pe­tits bras !

Le der­nier achat d’en­ver­gure re­mon­tait à 2012, lorsque Su­ra­ve­nir, fi­liale du Cré­dit Mu­tuel Ar­kea, s’était of­fert les châ­teaux Ca­lonSé­gur (Se­cond cru clas­sé de Saint-Es­tèphe) et Cap­bern Gas­que­ton, soit 90 hec­tares de vignes au to­tal. Mon­tant de la tran­sac­tion : 170 mil­lions d’eu­ros. Soit “seule­ment” 1,9 mil­lion d’eu­ros l’hec­tare.

Mais pour­quoi le ré­as­su­reur Scor et son très avi­sé pré­sident in­ves­tissent-ils de telles sommes dans la vigne ? Parce qu’ils ont l’obli­ga­tion lé­gale de pla­cer une par­tie de leurs fonds propres dans du fon­cier, à l’écart des pla­ce­ments bour­siers, consi­dé­rés comme vo­la­tils. Et les Grands crus per­mettent de pla­cer, sur le long terme, des sommes consi­dé­rables.

Hoff­mann s’offre Jayer-Gilles

Il n’y a pas qu’à Bor­deaux que les vignes s’ar­rachent. En ap­pre­nant en août la vente du do­maine Jayer-Gilles, cer­tains ama­teurs se sont

of­fus­qués de voir un nou­veau pan du vi­gnoble fa­mi­lial bour­gui­gnon pas­ser entre les mains de grandes for­tunes. Si­tué sur les Hautes-Côtes de Nuits, à Ma­gny-lès-Villers, près de La­doixSer­ri­gny, le do­maine a été ven­du, cet été, à l’in­dus­triel suisse An­dré Hoff­mann, hé­ri­tier du groupe phar­ma­ceu­tique bâ­lois Roche et quin­zième for­tune eu­ro­péenne. Amou­reux des vins de Bour­gogne, An­dré Hoff­mann n’est pas un in­con­nu en France. De son en­fance en Ca­margue, il a conser­vé une pas­sion pour les oi­seaux sau­vages de la ré­gion. Il est le vice-pré­sident du World Wide Fund for Na­ture (WWF In­ter­na­tio­nal), dont son père est l’un des co­fon­da­teurs. Sa soeur Ma­ja est éga­le­ment très in­fluente dans l’art contem­po­rain en Arles.

Le vi­gne­ron Gilles Jayer-Gilles, aux com­mandes du do­maine de­puis 1982, res­te­ra quelque temps en­core avant de cé­der la place à deux jeunes vi­gne­rons, Ju­lien Gros (do­maine Ch­ris­tian Gros), qui a oeu­vré aux châ­teaux de Beau­cas­tel (Rhône) et Mi­ra­val (Pro­vence), et Alexandre Ver­net (do­maines Gil­bert, Phi­lippe Ger­main et Ma­nuel Olive). Le vi­gnoble d’une di­zaine d’hec­tares, prin­ci­pa­le­ment si­tué en Hautes-Côtes de Nuits, pos­sède des par­celles en Nuits-Saint-Georges Les Hauts Poi­rêts, Nuits-Saint-Georges 1er cru Les Da­modes et dans le Grand cru Éche­zeaux-du-Des­sus.

Sky­wal­ker en Pro­vence

Der­nier ava­tar de ces in­ves­tis­se­ments tous azi­muts, l’ar­ri­vée en Pro­vence du ci­néaste George Lu­cas, le père de La Guerre des Étoiles. Sui­vant les traces de Brad Pitt et d’An­ge­li­na Jo­lie à Mi­ra­val, le réa­li­sa­teur a ra­che­té, en avril der­nier, les 100 hec­tares, dont 15 de vignes, du châ­teau de Margüi à Châ­teau­vert, dans le Var. Le cru va in­té­grer la ga­laxie des pro­prié­tés vi­ti­coles dé­jà dé­te­nues par George Lu­cas, no­tam­ment Sky­wal­ker Vi­neyards et Som­mi­ta, dans le com­té de Ma­rin, au nord de San Fran­cis­co où il pro­duit dé­jà du ro­sé à par­tir de pi­not noir.

L’at­ter­ris­sage du pape de la science-fic­tion dans les Co­teaux va­rois illustre l’at­trait du ro­sé outre-At­lan­tique. Les ventes y sont en pleine crois­sance, et les Amé­ri­cains s’es­sayent dé­jà à pro­duire du ro­sé en Ca­li­for­nie. Se­lon le maire de la pe­tite com­mune de Châ­teau­vert, le châ­teau de Margüi au­rait été cé­dé pour 9,5 mil­lions d’eu­ros à George Lu­cas qui a pré­vu d’in­ves­tir 15 mil­lions sup­plé­men­taires pour ré­no­ver la cave et conce­voir une ré­si­dence hô­te­lière au sein de cette char­mante pro­prié­té. De quoi at­ti­rer les stars d’Hol­ly­wood.

Le ré­as­su­reur Scor, di­ri­gé par Denis Kess­ler, a dé­bour­sé 220 mil­lions d’eu­ros pour s’of­frir le châ­teau Tro­plong Mon­dot à Saint-Émi­lion.

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