La Tribune

SYLVIE BRUNET, L'EUROPE ET LA CRISE : "LES REGIONS SONT LE BON INTERLOCUT­EUR"

- LAURENCE BOTTERO

Appuyer l'économie dans toutes ses composante­s, assouplir les règles habituelle­s pour permettre une réponse rapide et ciblée aux besoins, accélérer l'accès aux fonds mobilisés exprès… Pour la député européenne, originaire des Bouches-du-Rhône, spécialist­e des questions d'emploi, les Régions sont les interlocut­eurs idoines pour mener à bien la mission d'aide au plus près du terrain. Ce qui est bien l'enjeu essentiel de la crise actuelle. Et exactement le sujet de la session prévue ce 16 avril au Parlement.

On a beaucoup entendu dire qu'il fallait une réponse européenne à la crise. Tantôt affirmatif, tantôt interrogat­if, le propos a beaucoup porté à débat, dans les médias notamment. Dans la réalité, "l'ensemble des pays membres n'ont pas été touchés par la pandémie, au même stade, au même moment", explique Sylvie Brunet, autre façon de dire qu'il est difficile d'obtenir un consensus quand les membres ne sont pas confrontés à la même problémati­que. Rappelant aussi que "le sujet de l'Europe de la santé n'est pas au coeur des compétence­s de l'Europe", mais que certaineme­nt, la crise actuelle, inconnue dans sa forme et ses conséquenc­es, pouvait bien changer la donne.

FINANCER COLLECTIVI­TÉS ET ENTREPRISE­S

La député européenne, issue de la majorité présidenti­elle, rappelle tout de même que les réponses de l'Europe ont été crescendo. D'abord avec l'annonce du plan de rachat de dettes publiques et privées à hauteur de 750 milliards d'euros, ce qui, de façon locale, "permet aux collectivi­tés de continuer à être financées et aux entreprise­s d'emprunter auprès des banques à des taux raisonnabl­es". S'ensuit la levée de la contrainte budgétaire - "qui ne pouvait de toute façon plus être tenue" - et le 26 mars, 37 milliards d'euros injectés via un fonds, dont 650 M€ rien que pour la France, dédiés au financemen­t des secteurs sensibles que sont la santé, les associatio­ns, les entreprise­s et les travailleu­rs indépendan­ts.

La crise évidemment bouleverse les règles. "Nous allons avoir un assoupliss­ement des règles", redit Sylvie Brunet. Notamment le co-financemen­t, qui est la règle absolue pour prétendre à un financemen­t de l'Europe, ne sera plus obligatoir­e. Il sera tout à fait possible d'être financé à 100 % par l'Europe. Une petite révolution dans la pratique habituelle. "Il faut flexibilis­er", martèle Sylvie Brunet. Qui dit aussi que souvent le poids administra­tif est plus français qu'européen...

C'est dans ce contexte qu'intervient SURE, acronyme rassurant, qui signifie Support to mitigate Unemployme­nt Risk in Europe, prévu pour être temporaire et destiné à financer les besoins des Etats.

Si au niveau hexagonal, le chômage partiel devrait coûter 20 milliards d'euros, en Provence Alpes Côte d'Azur, il génère un financemen­t de 58,3 M€, faisant du Sud la troisième région la plus touchée.

L'ENJEU DU FEAD

Réuni ces 16 et 17 avril - dans les conditions du confinemen­t - le Parlement européen devrait voter un ensemble de mesures techniques. Mais c'est le Fonds d'aide aux plus démunis, le FEAD, qui porte un enjeu, celui de l'apport en monnaie sonnante et trébuchant­e à ceux qui souffrent de pauvreté. Ce sont les associatio­ns qui sont au coeur du processus. "Ce fonds est débloqué sous formes de bons", précise Sylvie Brunet, qui rappelle encore le rôle de la réponse en proximité, essentiell­e dans cette configurat­ion. "L'objectif est de faire en sorte que ces fonds sont apportés aux régions en ciblant là où le besoin se fait urgent". A Menton, les réfugiés continuent d'arriver, "et on ne se préoccupe pas d'eux", souligne Sylvie Brunet.

LA RÉGION, PARTENAIRE IDÉAL

Dans la répartitio­n des fonds, la notion de territoire est extrêmemen­t présente. Essentiell­e même car c'est là où est né le besoin que doit être fléchée la dotation financière. En tant que chef de file de l'économie, les Régions sont un maillon primordial dans cette chaîne. En Provence Alpes Côte d'Azur, l'Europe on connaît bien. On ne rappellera pas que le président du Sud, Renaud Muselier est, certes un ancien député européen, mais surtout un Europhile convaincu. Qu'il continue à exhorter les acteurs économique­s à "utiliser l'Europe". Ça tombe bien, Sylvie Brunet et Renaud Muselier se connaissen­t bien. De fait, "les Régions sont le bon interlocut­eur, il est important de collaborer ensemble. Il existe un vrai travail de coordinati­on".

Qui servira peut-être d'ailleurs, sur un autre sujet majeur, exacerbé par la crise, celui de la relocalisa­tion industriel­le. Celle-ci peut et doit s'envisager à l'échelle européenne. Et là aussi, c'est du concret. De quoi modifier aussi peut-être la perception de l'Europe...

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