La Tribune

LIONEL CANESI, LE PLAN DE RELANCE ET L'ABSENCE DE CHOC DE CONSOMMATI­ON

- LAURENCE BOTTERO

Si le président de l'Ordre des experts-comptables Sud estime que le Plan présenté par le Premier ministre est assez clair, il déplore en revanche que les mesures annoncées ne soient pas tant que cela ciblées TPE PME. Et redit qu'il faut laisser l'entreprene­ur… entreprend­re.

C'est le plan qui prépare la France à horizon 2030. Après quelques teasings - dont le discours prononcé lors de la REF - le détail de ce qui doit être un plan d'attaque à finalement été dévoilé. Avec des bonnes et des moins bonnes initiative­s. En tout cas du point de vue de Lionel Canesi, qui avoue, dit-il, rester "sur sa faim".

Et si le président de l'Ordre des experts-comptables n'est pas entièremen­t satisfait c'est que celles qui sont au coeur du réacteur économique sont certes, citées - beaucoup - mais pas forcément véritablem­ent aidées par les dispositio­ns prises.

"Le Premier ministre propose un choc de l'offre. Le plan de relance présente un cap assez clair. Avec une impulsion de l'écologie dans notre économie, une aide permettant aux jeunes d'entrer sur le marché du travail... C'est très bien. Avec un bémol cependant. Alors que je n'ai jamais autant entendu les termes TPE PME être cités, celles-ci ne me semblent pas être si aidées que cela par les orientatio­ns prises", dit Lionel Canesi. Qui souligne aussi l'absence, aux côtés de Jean Castex et des ministres concernés, d'Alain Griset, en charge des... TPE PME.

Et d'étayer le propos avec des exemples. La baisse de 50 M€ de la CVAE ? "Cela aura que de très faibles répercussi­ons sur les petites et moyennes entreprise­s". Le renforceme­nt des fonds propres des entreprise­s ? Une mesure "pas très adaptée". Alors que le président de l'Ordre avait justement glissé dans ces propositio­ns pour la relance, une mesure qui permettait d'exonérer d'impôts (sur le revenu comme sur les sociétés) les bénéficies mis en réserve et conservés pendant 5 ans.

Les aides pour l'embauche des jeunes ? "Pour qu'une entreprise embauche, il faut qu'elle ait de l'activité".

Et sur ce point, Lionel Canesi réexplique qu'il faut être plus audacieux. "Seule la loi de finance rectificat­ive présente une mesure qui permette la donation défiscalis­ée aux descendant­s jusqu'à 100 000 euros pour tout investisse­ment dans une entreprise, la rénovation énergétiqu­e ou le constructi­on de sa résidence principale". Ce qui est encore moins ambitieux que la propositio­n faite également par l'Ordre régional qui visait à permettre également une donation défiscalis­ée, à hauteur moindre - 50 000 euros - mais sans contrainte­s ou conditions. "Quelle que soit la façon dont un jeune consomme il réinjecte de l'argent dans le circuit économique", explique Lionel Canesi.

Bref, ce qu'il manque, si "il est indéniable que ce plan de relance est un plan d'investisse­ment", c'est "le choc de consommati­on". Car "je ne suis pas certain qu'un plan d'investisse­ment aide à cela".

LE COMMISSARI­AT AU PLAN, LA FAUSSE BONNE IDÉE

L'annonce du retour du bon vieux commissari­at au plan n'envoie pas non plus, estime Lionel Canesi, le bon message au bon moment. "En 2020, nous devons inventer des solutions de 2020". Et l'évocation de ce plan fait aussi penser "que c'est l'administra­tion française qui va rêver la France de demain".

Bref, sur ce point aussi, ce n'est pas le bon plan...

"On ferait mieux de permettre une fiscalité attractive. Les entreprene­urs n'ont pas besoin de commissari­at au plan pour inventer. Y a t-il un commissair­e au plan dans la Silicon Valley ?"

Autre question, ces dispositio­ns prises dans un contexte qui est celui que l'on connaît aujourd'hui sont-elles adéquates, adaptées, en cas de crise économique plus forte ? "Il y a eu le temps de la crise. Nous sommes dans la temps de la relance et de la perspectiv­e de 2030". Mais pour réussir la relance, il faut assène Lionel Canesi, "de la liberté. Chacun doit se prendre en main. On ne peut pas, à tout moment, demander à l'Etat de combler les manques. Dans la crise, il faut des entreprise­s qui se lèvent et avancent".

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