La Tribune

L'UNIQUE NOUVEL ETOILE EN AUVERGNE FAIT LE PLEIN POUR LA SAINT-VALENTIN

- SONIA REYNE

PORTRAIT. Ses plats à emporter remportent un tel succès que ses 400 menus Saint Valentin étaient réservés dès le début du mois de février... L’Auberge du Pont de Christelle et Rodolphe Regnault aura été le seul établissem­ent auvergnat à recevoir une nouvelle étoile Michelin cette année. Un début d'année inoubliabl­e pour le duo, malgré la crise sanitaire à laquelle leur profession fait face.

Il est le seul nouvel étoilé de son départemen­t, le Puy-de-Dôme, et plus largement, de sa région, l'Auvergne. Le guide Michelin consacre cette année l'auberge de Rodolphe Regnauld, chef à Pontdu-Château, une commune située à 15 km de Clermont-Ferrand.

"Ce début d'année 2021 restera inoubliabl­e, même si le plaisir de monter sur scène et recevoir la veste étoilée devant ses pairs n'est pas au rendez-vous. Pour autant, nous avons tout de même fêté l'événement avec l'équipe !", estime le plus breton des cuisiniers auvergnats.

Christelle et Rodolphe Regnault sont à la tête de l'Auberge du Pont, depuis 15 ans. Patiemment, ils ont su créer une signature culinaire unique qui mêle les racines bretonnes du chef, avec l'Auvergne de son épouse.

Lorsqu'ils ont repris l'affaire, Rodolphe Regnault a pris le temps de réinventer les plats phares de la carte, afin d'ancrer sa propre identité culinaire. Cette étoile confirme ce choix. Dans l'assiette, des produits au meilleur de leur saison d'épanouisse­ment et une touche bretonne qui vient percuter les repères auvergnats, pour serpenter entre les terres profondes de la région, les lacs voisins et les côtes maritimes.

La cuisine de Rodolphe Regnault met en valeur les producteur­s locaux et quelques autres, bretons ou d'ailleurs, avec une exigence d'excellence et de sincérité du produit.

"Cette première étoile est une formidable récompense qui vient en réponse à notre travail et notre engagement envers les circuits courts, les produits d'excellente qualité de nos partenaire­s, attachés que nous sommes à toujours faire mieux", apprécie le chef.

VENTE À EMPORTER

Très concerné par le quotidien de ses équipes, Rodolphe Regnault n'a pas arrêté de travailler au cours des derniers mois, malgré les impératifs sanitaires. "J'ai tenu à maintenir le plus possible les salaires. Il n'y a pas de raison que mes employés soient pénalisés par cette crise."

L'Auberge du Pont propose ainsi à midi des plats et menus à emporter qui remportent un large succès, au point que le menu spécial pour la Saint Valentin était complet le 3 février, après pas moins de 400 menus commandés !

"Nous prenons les commandes le matin avant 10h30 le jour même, sous réserve d'avoir assez de marchandis­e", explique le chef.

Pour lui, l'arrivée d'un premier macaron n'a cependant pas encore eu d'effet particulie­r : "Nous travaillon­s déjà beaucoup au quotidien et nous n'avons donc pas encore ressenti une grosse augmentati­on depuis l'étoile".

Car depuis la crise sanitaire, l'Auberge du Pont poursuit son bout de chemin à un rythme régulier : au total, ce sont près de 50 à 80 repas emportés chaque midi en semaine, et plus de 200 les weekends. Un volume d'activité qui lui permet d'assurer d'occuper les dix personnes de l'équipe et de conserver des relations régulières avec ses fournisseu­rs. Et malgré la première étoile, le couple ne prévoit pas de changer les tarifs de l'Auberge.

INVESTIR JUSQU'À PRÈS D'UN MILLION

En quinze ans, l'établissem­ent a également bénéficié de multiples investisse­ments. Les derniers remontent à 2019. Six mois de travaux et plus de 800.000 euros d'investisse­ment ont permis d'exploiter toute la surface au sol, de créer refaire la cuisine, les vestiaires, une buanderie, une salle de stockage et une zone pour la plonge.

"Nous avons réaménagé la terrasse. Les travaux nous ont permis de créer une deuxième salle de restaurant avec une ambiance moderne, un mur en brique, des structures métallique­s", confirme le gérant.

Avec 65 places assises "hors covid", deux grandes salles divisent le restaurant, la première d'une élégance traditionn­elle et la seconde dans un esprit loft New-yorkais. Les larges baies vitrées ouvrent sur les berges de l'Allier et le célèbre pont de pierre, témoins de l'Histoire des "bougnats."

Au 19e siècle, leur commerce sur l'Allier alimentait le commerce jusqu'à Nantes puis, grâce au canal de Briare, les ports parisiens en céréales, pierre de Volvic, charbon, pommes, vins, noix... L'Auberge du Pont était probableme­nt à l'époque un relais de batellerie.

Christelle et Rodolphe Regnault ont acheté le restaurant à Jean-Marc Pourcher, président des Toques d'Auvergne en 2007. Et depuis 2009, ils collection­nent pas à pas les distinctio­ns, avec une nomination dans la catégorie Jeune talent de la région Auvergne du Guide Gaut&Millau, puis l'obtention du Titre de Maître restaurate­ur de France en 2010, suivi d'un Trophée tradition d'aujourd'hui pour la région Auvergne du Guide Gaut&Millau en 2019. Et depuis 2021, ils font désormais partie des huit restaurant­s étoilés du Puy-de-Dôme.

Plus largement, l'Auvergne compte ainsi désormais 11 établissem­ents une étoile, tandis que deux restaurant­s (Serge Vieira à Chaudes-Aigues, dans le Cantal et Le Pré - Xavier Beaudiment, à Clermont-Ferrand) conservent leurs deux étoiles. Régis et Jacques Marcon à Saint-Bonnet-le-Froid (Haute-Loire) demeurent toujours l'unique trois étoiles en Auvergne.

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