Anne-Char­lotte Vuc­ci­no, fon­da­trice de Yo­gist

Grâce au yo­ga, Anne-Char­lotte Vuc­ci­no a pu ré­cu­pé­rer phy­si­que­ment d’un ac­ci­dent de la route qui l’avait lais­sée han­di­ca­pée. Une dé­cou­verte qui va bou­le­ver­ser son exis­tence. Et parce que le yo­ga a chan­gé sa vie, elle est convain­cue qu’il peut chan­ger celle

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - PRO­POS RECUEILLIS PAR JU­LIE FAL­COZ @ju­lie­fal­coz

LA TRI­BUNE - Qu’est-ce que Yo­gist ?

C’est ce que j’ap­pelle du yo­ga cor­po­rate, qui a pour but de chan­ger les ha­bi­tudes de vie des sa­la­riés et de les sen­si­bi­li­ser à la pré­ven­tion san­té. Ce­la s’adresse à celles et ceux qui sont sé­den­taires, ou font des gestes ré­pé­ti­tifs, et qui n’ont pas le temps de prendre soin d’eux. Cer­tains peuvent même avoir des dou­leurs phy­siques, des pro­blèmes de di­ges­tion, du mal à gé­rer leur stress ou des in­som­nies. Mal­heu­reu­se­ment, ils n’ont pas les bonnes mé­thodes pour les vaincre. Les en­tre­prises parlent beau­coup d’en­ga­ge­ment éco­no­mique et so­cial mais au­jourd’hui, c’est la res­pon­sa­bi­li­té hu­maine qui consti­tue le nou­veau pa­ra­digme. Le monde du tra­vail de­vrait être at­ten­tif aux tra­vailleurs jus­te­ment, en dé­ve­lop­pant leurs soft skills [com­pé­tences hu­maines, ndlr], en leur don­nant des ou­tils pour amé­lio­rer leur hy­giène de vie et mieux conci­lier vie pri­vée et vie pro­fes­sion­nelle. Notre ou­til, c’est le yo­ga cor­po­rate, dis­ci­pline qui al­lie le corps et l’es­prit et une pra­tique psy­cho­lo­gique pour tra­vailler en pro­fon­deur. Le yo­ga est une pra­tique mil­lé­naire dif­fi­cile à in­tro­duire dans le mi­lieu pro­fes­sion­nel, d’au­tant plus qu’elle im­plique des contraintes lo­gis­tiques (de l’es­pace, du temps, des ac­ces­soires, pou­voir se dou­cher…). Pour ce­la, il fal­lait l’adap­ter au rythme de vie d’une en­tre­prise et à l’état d’es­prit des col­la­bo­ra­teurs. La mé­thode Yo­gist, qui se pra­tique sur une chaise, sans se chan­ger et sans trans­pi­rer, se struc­ture par par­tie du corps: la res­pi­ra­tion, les yeux, le cou, le haut du dos, les mains, les jambes, les lom­baires, le ventre, les hanches, l’équi­libre, la concen­tra­tion, la mé­di­ta­tion et la re­laxa­tion. Le tout va­li­dé par un psy­cho-er­go­nome de la mé­de­cine du tra­vail et des os­téo­pathes. Yo­gist per­met de tou­cher 90 % des sa­la­riés, sur­tout ceux qui ne vont pas à la salle de sport, qui n’ont pas le temps de prendre soin d’eux et n’au­raient ja­mais l’idée de pous­ser la porte d’un stu­dio de yo­ga. Mais, at­ten­tion, ce n’est pas du sport en en­tre­prise mais plu­tôt de la pré­ven­tion san­té et da­van­tage un ou­til de ma­na­ge­ment per­met­tant aux en­tre­prises de prendre soin de tout le monde.

Quels sont les bé­né­fices pour les sa­la­riés ? Et pour l’en­tre­prise ?

Plu­sieurs études de la Har­vard Me­di­cal School montrent l’im­pact po­si­tif de la pra­tique ré­gu­lière d’exer­cices phy­siques et de la mé­di­ta­tion sur les per­for­mances et le stress. La concen­tra­tion s’amé­liore, la créa­ti­vi­té aug­mente, les re­la­tions au sein des équipes s’apaisent, le tra­vail est vu dif­fé­rem­ment, comme l’en­tre­prise. Nous pro­po­sons ré­gu­liè­re­ment des ques­tion­naires de sa­tis­fac­tion après des ses­sions de dé­cou­verte. Entre 90 et 100 % des per­sonnes in­ter­ro­gées sont sa­tis­faites ou très sa­tis­faites, im­mé­dia­te­ment, car nous don­nons des ou­tils très simples à uti­li­ser ra­pi­de­ment. À plus long terme, de meilleures ha­bi­tudes s’ins­tallent pour adop­ter une meilleure pos­ture, par exemple, et amé­lio­rer le som­meil. Cô­té en­tre­prise, l’ex­pé­rience du col­la­bo­ra­teur est en­ri­chie. Un sa­la­rié heu­reux est re­con­nais­sant. C’est un moyen d’at­ti­rer les ta­lents et d’amé­lio­rer les per­for­mances col­lec­ti­ve­ment.

Pour­quoi avoir choi­si de pas­ser par les en­tre­prises ?

De par mon ex­pé­rience pro­fes­sion­nelle de consul­tante, j’ai vu les ra­vages du stress sur les clients que je conseillais. Pro­blèmes de som­meil ou dou­leurs dor­sales, ceux que je voyais de­vant leur écran avaient be­soin de yo­ga. Alors que le yo­ga, dans sa forme tra­di­tion­nelle, n’est pas for­cé­ment adap­té à leur vie. Ma va­leur ajou­tée était de pou­voir créer un pont entre le yo­ga et le monde de l’en­tre­prise en l’adap­tant aux codes et aux contraintes. Et sur­tout d’être en contact avec des di­ri­geants et des ma­na­gers, et non pas avec les co­mi­tés d’en­tre­prise, pour évi­ter que la mé­thode soit consi­dé­rée comme un loi­sir.

Qu’est-ce que vous pro­po­sez aux en­tre­prises concrè­te­ment ?

Une col­la­bo­ra­tion peut prendre plu­sieurs formes. D’abord, des évé­ne­ments de sen­si­bi­li­sa­tion, par­faits pour un pre­mier contact. De­vant une as­sem­blée, qui peut être nom­breuse, on ex­plique pour­quoi les sa­la­riés peuvent avoir mal par­tout, ce qu’est un TMS (trouble mus­cu­lo-sque­let­tique), le fonc­tion­ne­ment du stress, avec dé­jà quelques pe­tits gestes à re­faire seul, au bu­reau. Une autre for­mule pro­pose des cours ré­gu­liers (chaque se­maine ou une se­maine sur deux), chez le client, dans une salle de réunion, avec un pro­fes­seur de yo­ga for­mé à la mé­thode Yo­gist. En­fin, pour des col­la­bo­ra­teurs dis­per­sés en France, ou même dans le monde, nous avons créé un pro­gramme di­gi­tal pour ins­crire le yo­ga dans la jour­née de tra­vail avec des ses­sions de cinq mi­nutes dé­diées à chaque par­tie du corps ou à un évé­ne­ment pro­fes­sion­nel, par exemple, « cinq mi­nutes pour dé­tendre le bas du dos » ou « cinq mi­nutes pour se concen­trer avant une pré­sen­ta­tion im­por­tante ». Nous for­mons ré­gu­liè­re­ment des re­lais au sein même des en­ti­tés pour pro­pa­ger la bonne pa­role de nos mé­thodes et in­ci­ter les col­la­bo­ra­teurs à prendre soin d’eux, en­cou­ra­ger, dé­nouer des ten­sions, don­ner des conseils… En­fin, est sor­ti en sep­tembre 2016 le livre Comme un yo­gist (édi­tions So­lar).

Où en est la so­cié­té au­jourd’hui ? Quels sont vos pro­jets ?

De­puis la créa­tion de la so­cié­té, nous avons aus­si créé une mé­thode adap­tée pour les per­sonnes qui tra­vaillent de­bout, sur des lignes de pro­duc­tion, en ma­ga­sin ou en en­tre­pôt. Ré­cem­ment créées, nos bu­reaux an­glais et bré­si­liens fonc­tionnent bien. Unique di­ri­geante, j’ai tout fi­nan­cé jus­qu’à main­te­nant mais je compte le­ver des fonds dé­but 2018, pour ac­cé­lé­rer le dé­ve­lop­pe­ment et faire connaître notre mé­thode de yo­ga au plus grand nombre. Avec Yo­gist, je vou­drais faire en sorte de chan­ger les ha­bi­tudes des col­la­bo­ra­teurs dans le monde en­tier, rien que ça !

Un pont entre le yo­ga et le monde de l’en­tre­prise

ANNE-CHAR­LOTTE VUC­CI­NO FON­DA­TRICE DE YO­GIST

Anne-Char­lotte Vuc­ci­no est l’au­teure de Comme un Yo­gist (éd. So­lar), un guide bien fait pour ap­prendre à pra­ti­quer le yo­ga sans « cha­kras », sans acro­ba­tie et sans ma­té­riel.

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