Mar­ti­jn Roor­dink (Spaces)

Tous les star­tu­pers, ou au­toen­tre­pre­neurs qui louent un bu­reau par­ta­gé dans un lieu plus proche d’un « lounge » d’hô­tel bran­ché que d’un im­meuble de bu­reaux peuvent re­mer­cier Mar­ti­jn Roor­dink, qui a concep­tua­li­sé ces es­paces de « co­wor­king ».

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - PA­TRICK CAPPELLI @pat­de­par

Par­mi mes choses pré­fé­rées dans la vie, il y a la nour­ri­ture et le vin », avoue Mar­ti­jn Roor­dink, so­lide hol­lan­dais de 47 ans à la voix puis­sante. Il est l’un des concep­teurs des es­paces de co­wor­king, ces lieux hy­brides qui per­mettent l’ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle et les mo­ments de dé­tente. Ces im­meubles abritent des bu­reaux par­ta­gés et une salle com­mune au rezde-chaus­sée amé­na­gée à la ma­nière d’un « bou­tique hô­tel » : on y trouve des ca­na­pés, des ma­chines à ca­fé, un bar, des ta­bleaux aux murs, des plantes vertes, etc. Bref, tout ce qu’il faut pour se sen­tir à l’aise et échan­ger entre jeunes pa­trons de star­tups sans lo­caux, au­toen­tre­pre­neurs souf­frant de so­li­tude ou cadres no­mades.

Réin­ven­ter le bu­reau

Mais avant de fon­der Spaces en 2006 à Am­ster­dam, Mar­ti­jn Roor­dink a d’abord été cui­si­nier : « À 15 ans, j’étais chef d’un res­tau­rant ita­lien tout en fai­sant mes études au ly­cée. » Quatre jours par se­maine, le jeune homme part tra­vailler de 3 heures du ma­tin à 11 heures dans la cui­sine du res­tau­rant, avant de re­ga­gner les salles de classe. Il in­tègre en­suite l’uni­ver­si­té de Gro­ningue afin d’étu­dier le droit fis­cal, tout en créant sa propre so­cié­té de ca­te­ring (trai­teur) pour des groupes pou­vant comp­ter j us­qu’à 250 per­sonnes. « J’ai tou­jours com­bi­né les études et la res­tau­ra­tion », pré­cise ce père de trois en­fants, qui, après dix ans de ce ré­gime et « en quête de nou­veaux dé­fis » , dé­cide d’in­té­grer le ca­bi­net Ernst & Young (E&Y). Il y passe trois ans comme consul­tant en ges­tion des taxes à l’in­ter­na­tio­nal pour de grandes ­com­pa­gnies comme Cis­co ou Na­bis­co (au­jourd’hui Kraft Foods). En 2000, il est re­cru­té par Re­gus, un pro­mo­teur spé­cia­li­sé dans la lo­ca­tion d’es­paces de tra­vail. « J’ai été embauché comme consul­tant en droit in­ter­na­tio­nal. Mais, dé­jà, je pen­sais à créer ma propre en­tre­prise », évoque Mar­ti­jn Roor­dink. Trois ans plus tard, il re­prend sa li­ber­té : « Je me suis aper­çu que dans l’im­mo­bi­lier tra­di­tion­nel il n’y avait au­cune re­la­tion entre les pro­mo­teurs et les lo­ca­taires. J’ai eu en­vie de créer une ac­ti­vi­té qui dé­li­vre­rait des ser­vices à va­leur ajou­tée : pres­sing, en­tre­tien, ac­ti­vi­tés spor­tives, té­lé­coms, etc. » Mar­ti­jn Roor­dink créée en 2003 Ef­fic, un por­tail In­ter­net sur le­quel les gens peuvent com­man­der toute une pa­no­plie de ser­vices pour leurs bu­reaux. Il de­meure néan­moins frus­tré : « Les pro­mo­teurs se contentent de vendre ou de louer leurs es­paces mais, en réa­li­té, ils n’aiment pas leurs clients. C’est une des plus grosses in­dus­tries de ser­vices dans le monde et c’est tou­jours comme ça. » En 2005, il ren­contre Rat­tan Chadha (ex-CEO de la marque tex­tile Mexx et ac­tuel PDG de la chaîne d’hô­tels Ci­ti­zenM) et Fré­dé­rique Keu­ning (crea­tive di­rec­tor de Spaces), et co­fonde avec eux Ci­ty Spaces en 2006 « pour réin­ven­ter le bu­reau » . « Nous étions per­sua­dés que ce genre de chan­ge­ment ne pou­vait avoir lieu que dans les grandes villes, des lieux dy­na­miques et pro­pices à la co­créa­tion, dont le co­wor­king n’est qu’un élé­ment », ex­plique le co­fon­da­teur de la so­cié­té. Le trio achète un bâ­ti­ment sur le prin­ci­pal ca­nal d’Am­ster­dam et amé­nage cet es­pace dans l’es­prit d’un club ou d’un lounge d’aé­ro­port. « Si nous of­frons le meilleur ca­fé de la ville au sein d’un es­pace au de­si­gn unique, nous al­lons at­ti­rer un pu­blic nou­veau », se disent alors les concep­teurs de ce pre­mier es­pace de co­wor­king, de­ve­nu en dix ans une ten­dance forte de l’im­mo­bi­lier de bu­reaux, boos­tée par la ré­vo­lu­tion nu­mé­rique et l’éclo­sion de l’éco­sys­tème des star­tups.

Un mar­ché en pleine ex­pan­sion

Le pre­mier Spaces ouvre le 1er oc­tobre 2008, en plein krach bour­sier! « Je suis un op­ti­miste. Grâce à cette crise, nous avons pu ac­qué­rir des mètres car­rés très bon mar­ché. Et en 2010, nous avons ou­vert le plus grand es­pace de co­wor­king du monde de 18000 m2, qui s’est rem­pli en trois mois », ra­conte cet ama­teur de vin qui vi­site des ex­ploi­ta­tions vi­ni­coles deux fois par an. C’est le dé­but d’une ex­pan­sion eu­ro­péenne et in­ter­na­tio­nale (Am­ster­dam, Londres, New York, Mel­bourne…). « Nous avons cher­ché de l’ar­gent pour sou­te­nir ce dé­ve­lop­pe­ment in­ter­na­tio­nal et nous avons trou­vé notre par­te­naire, IWG, la hol­ding de Re­gus, qui a ra­che­té Spaces en 2014 », ex­plique le joueur de golf et de tennis. Ar­ri­vée en avril à Pa­ris, Spaces a inau­gu­ré son qua­trième lieu le 23 no­vembre der­nier au coeur de Si­li­con Sen­tier, 124, rue Réau­mur, dans l’im­meuble his­to­rique qui abri­ta entre autres Le Pa­ri­sien li­bé­ré et son im­pri­me­rie. La so­cié­té, qui pos­sède 67 lo­ca­tions dans 25 pays, compte en ou­vrir 50 de plus en 2018, soit trois à quatre ou­ver­tures par se­maine dans les plus grandes villes du monde. « Le co­wor­king ne re­pré­sente tou­jours que 3 % à 4 % du mar­ché glo­bal de l’im­mo­bi­lier de bu­reaux. Mais dans dix ans, nous pen­sons que ce se­ra 20 %. Ce mar­ché n’en est en­core qu’à ses dé­buts », conclut Mar­ti­jn Roor­dink.

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