En­tre­tien Flo­rence Parly : « Nous ne fa­bri­quons pas des ro­bots tueurs»

Loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire, ex­por­ta­tion, ré­gle­men­ta­tion Itar, in­no­va­tion, mi­li­ta­ri­sa­tion de l'es­pace, in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, co­opé­ra­tions in­dus­trielles eu­ro­péennes, Air­bus… La mi­nistre des Ar­mées, Flo­rence Parly, se confie dans une in­ter­view ex­clu

La Tribune Hebdomadaire - - SOUTIENNENT - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR MI­CHEL CABIROL @mca­bi­rol

FLO­RENCE PARLY MI­NISTRE DES AR­MÉES LA TRI­BUNE - Il est in­dé­niable que la pro­chaine loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire (LPM) acte une re­mon­tée en puis­sance des cré­dits pour les ar­mées mais l’une des cri­tiques ré­cur­rentes porte sur la marche bud­gé­taire très haute à at­teindre en fin de pro­gram­ma­tion (3 mil­liards par an sur la pé­riode 2023-2025). Que ré­pon­dez-vous aux cri­tiques qui es­timent que le gros des ef­forts de­vra être fait en fin de LPM ?

FLO­RENCE PARLY - Face à des pro­cès d’in­ten­tion, il faut d’abord ré­pondre par des faits. Quels sont-ils? De­puis quinze ans les moyens de ce mi­nis­tère ont été sans cesse ro­gnés. D’abord, les moyens en termes de cré­dits bud­gé­taires. En­suite les en­ga­ge­ments pris sur des pro­grammes, dont cer­tains ont été dif­fé­rés, puis en­core dif­fé­rés et, en­fin, an­nu­lés – ce qui a conduit à des sur­coûts consi­dé­rables in fine pour l’État. En­fin, les ef­fec­tifs – je rap­pelle qu’il y a eu 60000 sup­pres­sions de postes de­puis 2008. Cette ten­dance s’est ins­crite à un mo­ment où le mi­nis­tère des Ar­mées était en­ga­gé de fa­çon crois­sante dans un cer­tain nombre d’opé­ra­tions no­tam­ment ex­té­rieures. Face à cet ef­fet de ci­seau, qu’avons-nous fait de­puis quelques mois? Le pre­mier acte a consis­té à as­su­rer qu’à la fin de l’an­née 2017, le bud­get soit plei­ne­ment exé­cu­té mal­gré l’an­nu­la­tion de 850 mil­lions d’eu­ros qui a tant dé­frayé la chro­nique l’été der­nier. Le deuxième acte, c’est un bud­get 2018 en pro­gres­sion de 1,8 mil­liard d’eu­ros. C’est la pre­mière fois de­puis très long­temps que le bud­get du mi­nis­tère des Ar­mées aug­mente de fa­çon aus­si mar­quée. Par ailleurs, ces actes s’ins­crivent dans l’en­ga­ge­ment du can­di­dat à la pré­si­dence de la Ré­pu­blique Em­ma­nuel Ma­cron, de­ve­nu de­puis pré­sident, de por­ter pro­gres­si­ve­ment l’ef­fort de dé­fense à 2 % du PIB en 2025. La LPM res­pecte donc cet en­ga­ge­ment. Je me sou­met­trai an­née par an­née au contrôle du Par­le­ment, qui vé­ri­fie­ra si les en­ga­ge­ments de la LPM sont bien te­nus.

Ce qui est un atout pour vous face à ceux qui se­raient ten­tés de ro­gner dans l’in­dif­fé­rence les cré­dits de la mis­sion Dé­fense…

Tout à fait, c’est la Consti­tu­tion. C’est le contrôle nor­mal que le Par­le­ment exerce dans le cadre de l’un de ses actes ma­jeurs chaque an­née. Dans cette loi de pro­gram­ma­tion, nous avons dis­tin­gué deux pé­riodes. La pre­mière est celle dé­jà cou­verte par la loi de pro­gram­ma­tion des fi­nances pu­bliques sur la pé­riode 2018-2022, qui a été vo­tée à l’au­tomne 2017. Elle dé­crit la tra­jec­toire bud­gé­taire de tous les mi­nis­tères. La LPM re­prend na­tu­rel­le­ment les ar­bi­trages dé­ci­dés dans le cadre de la loi de pro­gram­ma­tion des fi­nances pu­bliques. S’est alors po­sée la ques­tion de sa­voir ce que nous pour­rions faire au-de­là de 2022. Nous avons fait le choix pour l’an­née 2023, qui est en­core une an­née sous notre res­pon­sa­bi­li­té en termes de pré­pa­ra­tion, d’in­di­quer que la pro­gres­sion dev­rait se pour­suivre. Mais pour les deux der­nières an­nées de la LPM, nous avons une in­cer­ti­tude lors­qu’il s’agit de dé­ter­mi­ner en va­leur ab­so­lue quel se­ra le point d’ar­ri­vée pour sa­tis­faire l’ob­jec­tif de 2 % du PIB. Au­jourd’hui bien ma­lin se­rait ce­lui qui pour­rait dire quel se­ra le PIB de 2025. C’est donc pour ce­la que nous avons fixé un ren­dez-vous en 2021, pour exa­mi­ner deux su­jets ma­jeurs : pre­miè­re­ment, dans quelles condi­tions les pre­mières an­nées de la LPM au­ront été exé­cu­tées et, deuxiè­me­ment, sur la base de don­nées ma­croé­co­no­miques plus fiables, d’écrire le che­min qui res­te­ra à par­cou­rir pour me­ner à bien la LPM. Au­jourd’hui nous es­ti­mons que le mon­tant du bud­get de la mis­sion dé­fense en 2025 hors pen­sions dev­rait être de 50 mil­liards d’eu­ros. Mais en 2021?

Il n’en de­meure pas moins que le gros des ef­forts se­ra fait en fin de pro­gram­ma­tion...

En pour­cen­tage la marche n’est pas haute! Lors des pre­mières an­nées de la LPM, les cré­dits pro­gressent de l’ordre de 5,5 % avec une aug­men­ta­tion de 1,7 mil­liard d’eu­ros par an. Puis, par rap­port à au ni­veau at­teint

en 2022, une hausse de 3 mil­liards d’eu­ros par an en fin de pro­gram­ma­tion re­pré­sente une crois­sance des cré­dits de 7 %. Ce n’est pas du tout le mur bud­gé­taire que l’on nous an­nonce. Nous sommes très res­pon­sables dans nos ap­proches et très réa­listes. Je donne ren­dez-vous tous les ans aux par­le­men­taires pour que l’on dis­cute de fa­çon sé­rieuse.

À vous écou­ter, la LPM 2019-2025 semble vrai­ment « blin­dée ». Est-ce le cas ?

Elle donne une ex­cel­lente vi­si­bi­li­té à l’en­semble des ac­teurs de la com­mu­nau­té de dé­fense et, comme toute loi de pro­gram­ma­tion, elle de­vra s’éva­luer à l’aune des en­ga­ge­ments qui se­ront confir­més loi de fi­nance après loi de fi­nance.

Com­ment ju­gez-vous l’an­née 2017 qui ap­pa­raît comme dé­ce­vante s’agis­sant des ex­por­ta­tions ?

Nous n’avons pas en­core d’élé­ments dé­fi­ni­tifs sur les chiffres des im­por­ta­tions réa­li­sées en 2017, où il y a eu un cer­tain nombre de dé­ci­sions sur des fu­turs contrats à l’ex­por­ta­tion. Je suis par exemple al­lée si­gner en Bel­gique le contrat sur le sys­tème Ca­mo (proche de Scor­pion), qui ne dev­rait pas être dé­comp­té en 2017, mais il s’agit d’un contrat ex­trê­me­ment struc­tu­rant. Par­mi les autres en­ga­ge­ments im­por­tants qui ont été si­gnés, il y a bien sûr le Qa­tar qui s’est en­ga­gé sur trois com­mandes. La pre­mière pour l’ac­qui­si­tion de 12 Ra­fale sup­plé­men­taires qui vient com­plé­ter la com­mande ini­tiale de 24, puis l’achat de vé­hi­cules blin­dés (VBCI) pour l’ar­mée de terre qa­ta­rie, qui a fait l’ob­jet d’une lettre d’in­ten­tion. Et puis plus ré­cem­ment, le Qa­tar a signé une com­mande ferme de 28 hé­li­co­ptères NH90. Le chiffre glo­bal des ex­por­ta­tions fran­çaises en 2017, plus bas que les an­nées pré­cé­dentes, est ce­pen­dant nor­mal car il s’agit d’une an­née d’élec­tion pré­si­den­tielle.

En re­vanche, l’an­née 2018 se­ra, semble-t-il, une très belle an­née. Est-ce votre sen­ti­ment ?

Nous avons un cer­tain nombre de pros­pects bien iden­ti­fiés avec les­quels nous pour­sui­vons des dis­cus­sions. Je ne vais pas en­trer dans les dé­tails au­jourd’hui mais j’ai ef­fec­tué des dé­pla­ce­ments à l’étran­ger au cours de ces der­niers mois pour faire avan­cer cer­tains dos­siers. Avec l’Inde, nous pour­sui­vons nos dis­cus­sions no­tam­ment sur deux pro­jets. Ce­lui du Ra­fale est bien connu. Un autre su­jet qui in­té­resse beau­coup les In­diens, est le pro­gramme Ka­ve­ri des­ti­né à mo­to­ri­ser leur avion de chasse, le Te­jas. Ce pro­jet pour­rait avan­cer en 2018 et nous al­lons conti­nuer à y tra­vailler très ac­ti­ve­ment avec Sa­fran. Nous tra­vaillons éga­le­ment beau­coup sur deux pros­pects : les sous-ma­rins avec la Po­logne et le re­nou­vel­le­ment de la flotte d’avions de com­bat en Suisse. Berne a ré­cem­ment pu­blié une de­mande d’in­for­ma­tion (RFI) à ce su­jet. En­fin, nous avons des dis­cus­sions qui se pour­suivent avec l’Égypte concer­nant une nou­velle com­mande de Ra­fale. Je m’y suis ren­due en dé­cembre.

L’in­no­va­tion est un dos­sier qui vous est cher. Mais quand on re­garde la LPM, les cré­dits amont n’at­tein­dront 1 mil­liard d’eu­ros qu’en 2022. N’est-ce pas pa­ra­doxal ?

Les moyens af­fec­tés à la Mis­sion dé­fense sont mas­sifs : 198 mil­liards sur la pé­riode 2019-2023 et 295 jus­qu’en 2025. Sur cette masse de cré­dits, une part très im­por­tante se­ra mo­bi­li­sée pour rat­tra­per ce qui a été re­por­té dans le pas­sé, no­tam­ment dans la pre­mière par­tie de la LPM en oc­troyant énor­mé­ment de moyens sur les pe­tits équi­pe­ments, les blin­dés mé­dians de l’ar­mée de terre, l’ac­cé­lé­ra­tion du pro­gramme d’avions ra­vi­tailleurs MRTT, les pé­tro­liers-ra­vi­tailleurs, les pa­trouilleurs de haute mer... pour dis­po­ser de forces ar­mées équi­pées de fa­çon ef­fi­cace et ef­fi­ciente. Nous al­lons al­ler le plus vite pos­sible dans cette phase pour pou­voir en­suite, dans un deuxième temps, concen­trer l’es­sen­tiel des in­ves­tis­se­ments sur les équi­pe­ments du fu­tur et, donc, l’in­no­va­tion. Mais nous ne né­gli­ge­rons pas pour au­tant l’in­no­va­tion dans cette pre­mière pé­riode. C’est pour ce­la que les études amont vont pas­ser de 720 mil­lions d’eu­ros au­jourd’hui à 1 mil­liard d’eu­ros à comp­ter de 2022.

Mais l’in­no­va­tion ne s’ar­rête pas qu’aux cré­dits amont…

Ef­fec­ti­ve­ment, les cré­dits amont n’en sont qu’un élé­ment. Il faut y ajou­ter toutes les études qui concourent aux pro­grammes fu­turs struc­tu­rants, comme celles sur le fu­tur porte-avions, sur le pro­gramme Scaf (sys­tème de com­bat aé­rien fu­tur) ou en­core sur le char de com­bat. Ce sont au­tant d’élé­ments dé­ci­sifs. Puis, nous avons lan­cé des ini­tia­tives qui sont moins vi­sibles sur le plan bud­gé­taire mais qui sont aus­si im­por­tantes du point de vue de l’ef­fi­ca­ci­té du sys­tème d’in­no­va­tion du mi­nis­tère, comme, par exemple, une plus grande ou­ver­ture aux pe­tites en­tre­prises, aux star­tups ou même à des centres de re­cherches aca­dé­miques. Ce se­ra l’un des rôles de l’Agence de l’in­no­va­tion [de dé­fense, ndlr] que nous al­lons lan­cer au cours de cette an­née, que de pou­voir créer un mode de tra­vail et de dé­ve­lop­per des col­la­bo­ra­tions avec un éco­sys­tème dé­jà per­for­mant dans l’in­no­va­tion. Ce monde-là n’était pas jus­qu’ici forcément l’in­ter­lo­cu­teur pri­vi­lé­gié des ar­mées, con­trai­re­ment à nos re­la­tions avec les grands groupes de l’in­dus­trie de dé­fense. Nous vou­lons pou­voir éga­le­ment prendre des par­ti­ci­pa­tions dans ces pe­tites en­tre­prises. C’est pour ce­la que nous avons créé, en par­te­na­riat avec Bpi­france, le fonds De­fin­vest.

Quelle est sa source de fi­nan­ce­ment ?

C’est le mi­nis­tère via son bud­get re­cherche amont. Bpi­france in­ter­vient sur la dé­tec­tion des cibles d’in­ves­tis­se­ment. En­fin, nous vou­lons en­cou­ra­ger et fa­ci­li­ter l’in­no­va­tion in­terne du mi­nis­tère, c’est ce qu’on ap­pelle « l’in­tra­preu­na­riat ». Toutes ces ini­tia­tives concer­nant l’in­no­va­tion se­ront fé­dé­rées sous une ban­nière unique de l’Agence de l’in­no­va­tion. Nous au­rons une ca­pa­ci­té de pi­lo­tage de l’en­semble des pro­jets qui concourent à l’in­no­va­tion beau­coup plus ar­ti­cu­lée, beau­coup plus or­ga­ni­sée qu’elle ne peut l’être au­jourd’hui.

Quelle se­ra l’ar­ti­cu­la­tion de l’Agence de l’in­no­va­tion avec la DGA, l’One­ra et les centres de re­cherche ?

L’Agence de l’in­no­va­tion se­ra sous l’om­brelle et le pi­lo­tage de la DGA. La DGA est et reste l’en­ti­té prin­ci­pale qui concourt no­tam­ment à l’in­no­va­tion du mi­nis­tère des Ar­mées. Il ne s’agit pas de désor­ga­ni­ser mais, au contraire, de réunir, de ras­sem­bler dans une struc­ture unique pi­lo­tée par la DGA des ini­tia­tives qui sont au­jourd’hui

Les moyens de ce mi­nis­tère ont été sans cesse ro­gnés

L’es­pace est un nou­veau do­maine de confron­ta­tion

Ce n’est pas l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle qui va ap­puyer sur le bou­ton

as­sez dis­per­sées au sein du mi­nis­tère et en­core une fois in­suf­fi­sam­ment ou­vertes à l’éco­sys­tème de l’in­no­va­tion. L’Agence au­ra un rôle d’ani­ma­tion et de pi­lo­tage.

La mi­li­ta­ri­sa­tion de l’es­pace exige au­jourd’hui d’être par­ti­cu­liè­re­ment in­no­vant. Que fait la France pour rat­tra­per son re­tard en ma­tière de sur­veillance de l’es­pace ?

La LPM fait le choix d’in­ves­tir dans des do­maines de confron­ta­tion par­ti­cu­liè­re­ment sen­sibles et nou­veaux. C’est pour ce­la que nous met­tons l’ac­cent sur le ren­sei­gne­ment, nous es­ti­mons ma­jeure la ca­pa­ci­té à com­prendre et à an­ti­ci­per de ma­nière au­to­nome. Nous pour­sui­vons et am­pli­fions l’ef­fort qui avait com­men­cé à être réa­li­sé sur le cy­ber. La re­vue stra­té­gique a clai­re­ment iden­ti­fié l’es­pace comme un nou­veau do­maine de confron­ta­tion po­ten­tiel ou avé­ré. Par consé­quent, la LPM re­nou­velle l’en­semble des ca­pa­ci­tés sa­tel­li­taires dont dis­pose le mi­nis­tère : trois sa­tel­lites Mu­sis, dont un se­ra lan­cé en fin d’an­née, deux sa­tel­lites d’écoute élec­tro­ma­gné­tiques Ceres lan­cés en 2020, deux sa­tel­lites Sy­ra­cuse 4 lan­cés pen­dant la LPM et un troi­sième qui se­ra lan­cé post-2025. Toutes les études sur le suc­ces­seur de Mu­sis se­ront éga­le­ment en­ga­gées. C’est un ef­fort ma­jeur et un atout stra­té­gique in­dis­pen­sable.

Et en ma­tière d’alerte avan­cée et de sur­veillance de l’es­pace ?

Ces deux su­jets vont de­man­der des in­ves­tis­se­ments co­los­saux. Il ne faut pas le ca­cher. La France ne pour­ra pas sup­por­ter seule un pro­gramme d’alerte avan­cée et de sur­veillance de l’es­pace. C’est pour ce­la que dans le cadre du Fonds eu­ro­péen de dé­fense, on pro­meut – et j’es­père que nous se­rons sui­vis – un pro­jet d’alerte avan­cée avec des par­te­naires eu­ro­péens. Sur la sur­veillance, nous ré­flé­chis­sons éga­le­ment à pro­po­ser un pro­jet au Fonds eu­ro­péen de dé­fense. Par ailleurs, dans le cadre du pro­jet ci­vil ho­ri­zon 2020, il y a un pro­jet sur la sur­veillance de l’es­pace. À plus court terme et de ma­nière tan­gible, est lan­cée la ré­no­va­tion du ra­dar Graves qui per­met­tra, jus­qu’à des or­bites à 1200 km, de dé­tec­ter des ob­jets en­core plus pe­tits de l’ordre de la di­zaine de cen­ti­mètres. Nous de­vrions di­vi­ser à peu près par deux la sur­face dé­tec­table de ces pe­tits dé­bris spa­tiaux. Il y a éga­le­ment des me­naces crois­santes dans l’es­pace, no­tam­ment de la part des sa­tel­lites bu­ti­neurs. La pre­mière étape est de les dé­tec­ter et c’est sur elle que nous fai­sons au­jourd’hui por­ter nos ef­forts.

Faut-il mettre de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle sur les champs de ba­taille ?

Il y en a dé­jà!

Mais jus­qu’ici en France, il y avait un ta­bou…

Il faut dis­tin­guer l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, qui est une tech­no­lo­gie, et la ma­nière dont elle est mise en oeuvre. Par exemple, s’agis­sant des drones, nous avons dé­jà eu ce dé­bat au mo­ment de l’an­nonce des drones ar­més.

L’homme se­ra-t-il dans la boucle sur l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle ?

Oui! C’est ce­la qui fait toute la dif­fé­rence. L’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, c’est une tech­no­lo­gie qui per­met sur la base d’une nu­mé­ri­sa­tion de trai­ter de fa­çon mas­sive des don­nées pro­ve­nant des cap­teurs. Dans dix ans, la masse des don­nées à trai­ter sur un sys­tème d’armes se­ra pro­ba­ble­ment bien plus im­por­tante en­core. Le pro­ces­sus d’ap­pren­tis­sage par les ma­chines elles-mêmes est dé­jà en cours et nous de­vons pou­voir bé­né­fi­cier d’un trai­te­ment en temps court d’une masse énorme de don­nées. Mais une fois cette masse de don­nées trai­tée, l’homme res­te­ra dans la boucle pour dé­ci­der ou pas d’en­clen­cher le sys­tème d’arme. Ce n’est pas l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle qui va ap­puyer sur le bou­ton pour en­clen­cher un tir. Il est vrai­ment es­sen­tiel de le rap­pe­ler. Nous ne sommes pas en train de fa­bri­quer des ro­bots tueurs mais nous sommes en train d’es­sayer de ti­rer le meilleur par­ti de don­nées qui se­ront de plus en plus nom­breuses et dont nous sa­vons que l’in­tel­li­gence hu­maine ne pour­ra pas à elle seule en ti­rer tout le sens.

Faut-il al­ler en­core plus loin ?

Il y a plu­sieurs étapes à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. Les sys­tèmes au­jourd’hui pré­sents sur le ter­rain ont fait leur ap­pren­tis­sage en amont et ap­pliquent leur ap­pren­tis­sage sur le ter­rain. Ils se trouvent dans les cap­teurs, dans les sys­tèmes de ren­sei­gne­ment, dans les sys­tèmes de main­te­nance et de lo­gis­tique. C’est quelque chose qui est in­té­gré dans la vie quo­ti­dienne et dans nos ar­mées. Il existe au­jourd’hui un dé­bat qui est lé­gi­time : est-ce que l’on peut mettre des sys­tèmes sur le ter­rain qui vont conti­nuer leur ap­pren­tis­sage dans l’en­vi­ron­ne­ment opé­ra­tion­nel? Il y a de nom­breux avan­tages à étu­dier au moins cette piste-là sur des fonc­tions qui ne mettent pas en jeu la chaîne de mis­sion et en­core moins la chaîne de feu. Par exemple, dans le do­maine de la main­te­nance pré­dic­tive, ces s y s t è me s peuvent se nour­rir de l’en­vi­ron­ne­ment qui en­toure nos ap­pa­reils en mis­sion. Ce­la semble être un gain évident et qui au­jourd’hui ne pose pas des ques­tions d’éthique. Il existe de nom­breux do­maines dans les­quels l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle pour­rait avoir toute sa place au sein d’un en­vi­ron­ne­ment de dé­fense. Les ques­tions re­la­tives à la place de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et de l’homme dans la chaîne de mis­sion mé­ritent un dé­bat. Le pré­sident de la Ré­pu­blique a ré­cem­ment pré­sen­té une feuille de route très am­bi­tieuse pour l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et a no­tam­ment sou­li­gné l’im­por­tance de dé­fi­nir ses en­jeux éthiques et po­li­tiques. Le mi­nis­tère des Ar­mées va s’ins­crire dans cette ré­flexion que le pré­sident de la Ré­pu­blique ap­pelle de ses voeux.

Com­ment peut-on conci­lier le pro­gramme Scaf (sys­tème de com­bat aé­rien fu­tur) avec les Al­le­mands et le pro­gramme FCAS (Fu­ture Air Com­bat Sys­tem) avec les Bri­tan­niques ? La France peut-elle fi­nan­cer ces deux pro­grammes ?

Pre­miè­re­ment, je suis confiante dans le fait que nous al­lons pou­voir conti­nuer à avan­cer avec les Al­le­mands sur le pro­gramme Scaf. Les dis­cus­sions sont ac­tives. J’ai l’es­poir que, fin avril, lors du sa­lon aéronautique de Ber­lin (ILA) nous pour­rons ma­té­ria­li­ser une pre­mière étape si­gni­fi­ca­tive. Les dis­cus­sions entre les équipes al­le­mandes et fran­çaises sont in­tenses. Les in­dus­triels tra­vaillent bien en­semble éga­le­ment. Main­te­nant il faut as­su­rer la conver­gence des deux pro­ces­sus. Pour ce qui concerne l’élar­gis­se­ment éven­tuel de ce pro­jet à d’autres par­te­naires, il faut évi­dem­ment ne pas l’ex­clure mais il y a un temps pour tout. Au­jourd’hui la prio­ri­té, c’est que le socle fran­co-al­le­mand soit bien so­lide avant de com­men­cer à nous ou­vrir à d’autres par­te­naires. Par ailleurs, il existe un tra­vail entre la France et le Royaume-Uni sur le pro­jet FCAS de drone de com­bat. Ce pro­jet est en train d’évo­luer de­puis le som­met fran­co-bri­tan­nique du 19 jan­vier. Nous y tra­vaillons ac­ti­ve­ment et les choses avancent. Nous sommes en train de dé­fi­nir un cer­tain nombre de briques tech­no­lo­giques qui sont très pré­ci­sé­ment iden­ti­fiées et qui vont nous per­mettre de pour­suivre ce pro­jet sur un pé­ri­mètre dif­fé­rent que ce­lui dé­fi­ni au­pa­ra­vant. Je suis tout à fait convain­cue que tout ce que nous fai­sons, avec les Bri­tan­niques, comme avec les Al­le­mands se­ra ex­trê­me­ment utile à la feuille de route sur l’avia­tion du fu­tur.

Pour­quoi ne pas les réunir tout de suite en­semble ?

Parce qu’il faut d’abord que nous conso­li­dions le socle fran­co-al­le­mand. En pa­ral­lèle, nous de­vons pour­suivre les tra­vaux fran­co­bri­tan­niques et nous ver­rons, lors­qu’ils au­ront at­teint une ma­tu­ri­té suf­fi­sante, s’ils peuvent être ver­sés – ou non – au pro­jet Scaf. Tout ce­la de­vra être né­go­cié avec les Bri­tan­niques.

Sur le pro­gramme Scaf, les in­dus­triels fran­çais es­timent qu’il y au­ra un trans­fert de tech­no­lo­gies vers l’Al­le­magne. As­su­mez-vous ce constat au ni­veau po­li­tique ?

Il y au­ra du tra­vail pour tout le monde. Il n’y au­ra pas que des ques­tions d’avions ou de concep­tion d’avions de com­bat en tant que tel mais il y au­ra beau­coup d’en­jeux sur les sys­tèmes, la connec­ti­vi­té… En fonc­tion des pays, il y a des com­pé­tences, des sa­voir-faire tech­no­lo­giques et in­dus­triels plus ou moins forts. Notre ob­jec­tif est que col­lec­ti­ve­ment nous mon­tions tous en gamme. Mais l’idée est de construire un pro­gramme sur des com­pé­tences exis­tantes. Tous ces pro­jets de co­opé­ra­tions, que ce­la soit avec l’Ita­lie, l’Al­le­magne ou le Royaume-Uni, des­sinent les op­por­tu­ni­tés de l’Eu­rope de la dé­fense de de­main. Nous sommes pion­niers d’un tel de­gré de co­opé­ra­tion. Êtes-vous sa­tis­faite du dé­noue­ment chez Air­bus ? L'an­née 2019 se­ra une an­née im­por­tante pour Air­bus et sa gou­ver­nance. Fac­tuel­le­ment, nous sommes sa­tis­faits de dis­po­ser d'un in­ter­lo­cu­teur dé­si­gné à la tête d'Air­bus He­li­cop­ters, qui est un en­jeu très im­por­tant pour nous, et que Guillaume Fau­ry conti­nue d'as­su­rer son rôle de ré­fé­rent dé­fense. Pa­trice Caine fe­rait-il un bon pré­sident d'Air­bus ? Pa­trice Caine est un très bon pré­sident de Thales. Il ne m'ap­par­tient pas de faire tout autre com­men­taire. n

En juillet 2017, Flo­rence Parly rend vi­site à une uni­té aé­ro­na­vale en Mé­di­ter­ra­née.

La mi­nistre des Ar­mées, sur un chan­tier de Na­val Group, à Lo­rient, le 29 mars.

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