Va­lé­rie Pé­cresse : "Moi, je de­mande qu'on me juge sur mes actes"

La Tribune Toulouse (Edition Quotidienne) - - SOMMAIRE -

[En­tre­tien Vi­déo] Va­lé­rie Pé­cresse, pré­si­dente du Conseil ré­gio­nal d'Île-de-France, a été l'in­vi­té le 27 mars der­nier des Mar­dis de l'Es­sec, dont La Tri­bune est par­te­naire. Re­trou­vez ici la vi­déo de son in­ter­ven­tion et le texte ré­di­gé à l'is­sue par un des étu­diants.

Mar­di 27 mars 2018, Va­lé­rie Pé­cresse était l'in­vi­tée de l'as­so­cia­tion étu­diante les Mar­dis de l'Es­sec. Après le « Wau­quiez Gate », le pu­blic at­ten­dait une Va­lé­rie Pé­cresse plus dis­po­sée à rendre la mon­naie de sa pièce au vi­si­teur de l'EM Lyon qu'à par­ta­ger son ex­pé­rience de pré­si­dente du conseil ré­gio­nal d'Île-de-France. Il n'en fut rien car, si la té­nor de la droite n'a pas mâ­ché ses mots lors­qu'il s'agis­sait de don­ner son avis sur ses pré­dé­ces­seurs et in­ter­lo­cu­teurs, elle a tou­te­fois pré­fé­ré lais­ser en loge les cri­tiques et in­vec­tives, pour évo­quer plus en dé­tail les su­jets de fond et ses ac­tions à la tête de la ré­gion Île-de-France.

Re­tour sur les points clefs de cette soi­rée.

« RÉPUBLICAINE, MAIS LIBRE »

Lors­qu'on l'in­ter­roge sur sa sur­pre­nante dé­ci­sion de conti­nuer à oeu­vrer au sein d'un par­ti dans le­quel elle ne se re­trouve plus vrai­ment, elle ré­pond sans sour­ciller :

« C'est ma fa­mille. C'est le par­ti du gé­né­ral de Gaulle, de Jacques Chi­rac, de Ni­co­las Sar­ko­zy. Ce n'est pas que le par­ti de Laurent Wau­quiez. »

Au moins, avec Va­lé­rie Pé­cresse, la preuve est faite que les fi­gures de droite dites

« prag­ma­tiques » ou « ré­for­mistes » n'ont pas be­soin de re­joindre la ban­niè­reEn Marche pour conti­nuer en po­li­tique. Car, n'en dé­plaise aux « Cas­ta­ner & co », il faut ar­rê­ter avec cette idée se­lon la­quelle le prag­ma­tisme se­rait l'apa­nage des seuls Mar­cheurs.

Si on a vo­lon­tiers par­lé après les élec­tions pré­si­den­tielles de mai 2017 de l'éro­sion du cli­vage droite/gauche au pro­fit du cli­vage pro­gres­siste/conser­va­teur, les par­tis aus­si sont confron­tés, en leur sein, à ces re­com­po­si­tions. Et Les Ré­pu­bli­cains ne font pas ex­cep­tion à la règle. D'un cô­té, Wau­quiez et ses « troupes conser­va­trices », de l'autre Pé­cresse et son « mou­ve­ment d'idées » Libres ! (créé en juillet 2017), sorte de « la­bo­ra­toire d'une droite mo­derne au­then­tique qui peut s'in­car­ner sans fri­co­ter avec le FN » lui per­met­tant de « dire ce que je veux, quand je veux sur les su­jets que je veux ».

Aux yeux de celle qui est à la tête de la ré­gion Ca­pi­tale, le seul cli­vage qui vaille à droite est ce­lui op­po­sant une « droite des dé­ci­bels » à une autre, celle de la cré­di­bi­li­té.

Une for­mule claire, suc­cincte, in­ci­sive, un rien ca­ri­ca­tu­rale ?

Qu'im­porte, les cli­chés en noir et blanc ont au moins ce mé­rite de gom­mer pour par­tie les dé­tails dé­ran­geants et les im­per­fec­tions du réel.

Il est vrai que, pour ga­gner en cré­di­bi­li­té, mieux vaut s'abs­te­nir de prendre des risques in­utiles et « fri­co­ter avec le FN » en est as­su­ré­ment un. Et il faut bien re­con­naître que se faire in­ten­ter un pro­cès pour at­teinte aux bonnes moeurs se­rait un comble pour cette an­cienne maître des re­quêtes au Conseil d'État.

Au risque de par­fois las­ser un pu­blic avec quelques for­mules conve­nues comme « Moi, je de­mande qu'on me juge sur mes actes », Va­lé­rie Pé­cresse a rap­pe­lé avec in­sis­tance que la cré­di­bi­li­té est moins af­faire de rhé­to­rique que de preuve par l'exemple et par les ac­tions. Après cette pa­ren­thèse spi­ri­tuelle digne des meilleures (ou des pires ?) ho­mé­lies de cette se­maine sainte, la fi­gure de proue de la droite est ren­trée dans le vif du su­jet en se li­vrant avec les étu­diants à un bi­lan de mi­man­dat de son en­ga­ge­ment à la tête du conseil de la ré­gion Île-de-France.

« RÉ­GION : NOU­VELLE AN­TI­CHAMBRE DU POU­VOIR OU VOIE DE GA­RAGE POUR AN­CIEN MI­NISTRE DÉSOEUVRÉ ? »

Éva­luer un man­dat im­plique de mettre en pers­pec­tive les me­sures mises en place par rap­port à l'ob­jec­tif ini­tial. Et pour ceux d'entre nous qui l'au­raient ou­blié, notre in­vi­tée l'a pa­tiem­ment rap­pe­lé en dé­cla­rant n'avoir d'autre am­bi­tion que « de cons­truire une ré­gion mul­ti­po­laire qui ac­cep­te­rait que le centre ne soit pas né­ces­sai­re­ment Pa­ris ». S'adres­sant à un pu­blic ma­jo­ri­tai­re­ment consti­tué d'étu­diants cer­gys­sois, cette dé­cla­ra­tion ne pou­vait être que sa­luée si­non ap­plau­die. Pour ceux qui res­te­raient en­core scep­tiques, sa­chez que Va­lé­rie Pé­cresse se dis­tingue des beaux par­leurs en ce qu'elle ne re­chigne pas à mon­trer l'exemple ; en té­moigne sa dé­ci­sion de dé­mé­na­ger à Saint-Ouen les lo­caux du conseil ré­gio­nal d'Île-de-France, an­cien­ne­ment si­tués dans le 7ème ar­ron­dis­se­ment. Mais par-de­là la sym­bo­lique, l'en­ga­ge­ment de Va­lé­rie Pé­cresse à la tête de la ré­gion Île-de-France est réel. La preuve un peu plus bas.

La pre­mière thé­ma­tique à l'hon­neur fut sans grande sur­prise celle des tran­sports en Île-de-France. À l'heure où les mou­ve­ments so­ciaux bloquent une par­tie de la France du fait du pro­jet de ré­forme de la SNCF, Va­lé­rie Pé­cresse n'a pas vrai­ment sur­pris en se plai­gnant de la marge de ma­noeuvre que laisse le mo­no­pole pu­blic (SNCF) aux au­to­ri­tés pu­bliques.

C'est « très très frus­trant » in­siste-elle.

Va­lé­rie Pé­cresse est éga­le­ment re­ve­nue sur ses dif­fé­rends avec la maire de Pa­ris, Anne Hi­dal­go, au su­jet de la fer­me­ture des voies sur berges qu'un ar­rêt d'un tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif avait in­va­li­dée en fé­vrier der­nier. Au-de­là de la simple ba­taille d'ego que les mé­dias ont dé­peint, notre in­vi­tée a ex­pli­qué qu'elle sou­hai­tait at­teindre les mêmes ob­jec­tifs que la maire de Pa­ris, à sa­voir une baisse dras­tique de la pol­lu­tion et des nui­sances so­nores, mais a pré­ci­sé que sa res­pon­sa­bi­li­té en tant que pré­si­dente du conseil ré­gio­nal était de mettre de la co­hé­rence dans les dif­fé­rents pro­jets por­tés par les mu­ni­ci­pa­li­tés de la ré­gion. Et à en croire Va­lé­rie Pé­cresse, le pro­jet de pié­ton­ni­sa­tion de Anne Hi­dal­go man­quait à tel point de co­hé­rence qu'il avait pa­ra­doxa­le­ment dé­bou­ché sur une aug­men­ta­tion de la pol­lu­tion (consé­quence des noeuds d'étran­gle­ment). Une dé­ci­sion pré­ci­pi­tée ? Va­lé­rie Pé­cresse n'en doute pas et prône d'y al­ler pas à pas en res­pec­tant les « ha­bi­tants qui ont le droit d'al­ler tra­vailler le ma­tin, de ne pas être stres­sé ». Elle sug­gère en lieu et place d'une in­ter­dic­tion de la cir­cu­la­tion au­to­mo­bile, de tra­vailler à ac­cé­lé­rer le chan­ge­ment de type de vé­hi­cule (vers des voi­tures plus si­len­cieuses et moins pol­luantes) et d'ai­der au rem­pla­ce­ment des vé­hi­cules les plus an­ciens en veillant tout par­ti­cu­liè­re­ment à la mo­to­ri­sa­tion.

Va­lé­rie Pé­cresse a en­fin ex­pli­qué ses am­bi­tions et pro­jets pour l'amé­lio­ra­tion des tran­sports en Îlede-France. Si les trains et de ma­nière gé­né­rale les tran­sports en com­mun restent des ser­vices prio­ri­taires qu'il faut conti­nuer à amé­lio­rer, il est à ses yeux tout aus­si urgent, si­non plus, de sou­te­nir et d'en­cou­ra­ger les pro­jets in­no­vants, en lien avec l'éco­no­mie col­la­bo­ra­tive. Et ce­la vaut aus­si bien pour Pa­ris que pour l'en­semble de la ré­gion. Va­lé­rie Pé­cresse veut donc pro­mou­voir le co­voi­tu­rage, ain­si qu'in­ci­ter les Fran­ci­liens à uti­li­ser da­van­tage leurs vé­los. Comment ? En construi­sant plus de pistes cy­clables. Et pour ceux que la géo­gra­phie un tant soit peu val­lon­née de la ré­gion lais­se­rait du­bi­ta­tifs, elle ré­pond avec convic­tion que la so­lu­tion n'est pas à cher­cher ailleurs que dans les vé­los élec­triques. Moyen­nant un lé­ger in­ves­tis­se­ment (comp­ter au bas mot 1.000 eu­ros), votre quo­ti­dien s'en trou­ve­ra chan­gé !

Pour ce qui est des ques­tions ré­ga­liennes, les po­si­tions de Va­lé­rie Pé­cresse sont bien moins ré­for­mistes que pour ce qui touche à l'éco­no­mique et au so­cial. Le débat fai­sant suite aux at­ten­tats de Trèbes, l'am­biance était grave et il a ma­jo­ri­tai­re­ment été ques­tion du risque ter­ro­riste en France.

Pour la pré­si­dente du conseil ré­gio­nal, il n'y a pas lieu de dé­cré­ter un état d'ex­cep­tion : « la me­nace ter­ro­riste est là pour du­rer, des an­nées et il faut vivre avec ça. » Mais Va­lé­rie Pé­cresse ne s'ar­rête bien évi­dem­ment pas là. S'il n'est pas be­soin de créer de toute pièce un état d'ex­cep­tion, il convient de ren­for­cer dras­ti­que­ment la sé­cu­ri­té et ce­la passe, aux dires de l'an­cienne ju­riste, par une ré­vi­sion des mo­da­li­tés d'in­cri­mi­na­tion des ter­ro­ristes en puis­sance. Elle sug­gère de re­voir la baisse le seuil de pour­suite en jus­tice et d'in­cri­mi­na­tion des dé­lits dits « d'in­tel­li­gence avec l'en­ne­mi », en par­ti­cu­lier ceux du res­sort des dé­cla­ra­tions d'apo­lo­gie du ter­ro­risme. Elle es­time que les gou­ver­ne­ments pré­cé­dents n'ont pas suf­fi­sam­ment as­su­mé « la va­leur dis­sua­sive et édu­ca­tive de la pri­va­tion de li­ber­té ». Si l'idée est louable d'un point de vue théo­rique, elle risque de se confron­ter à des dif­fi­cul­tés d'ordre pra­tique. Comment désen­gor­ger les pri­sons ? Faut-il cons­truire de nou­veaux éta­blis­se­ments pé­ni­ten­tiaires ? Et si oui, où et avec quel ar­gent ? Et comment fi­nan­cer les nom­breux pro­cès qu'im­pli­que­rait une ré­vi­sion de ce seuil de to­lé­rance avec le bud­get ac­tuel de la Jus­tice ? Au­tant de ques­tions aux ré­ponses in­cer­taines et pro­vi­soires...

C'est en­suite de la sé­cu­ri­té en Île-de-France et plus par­ti­cu­liè­re­ment dans les tran­sports en com­mun dont il a été ques­tion. Va­lé­rie Pé­cresse et son équipe ont no­tam­ment tra­vaillé à la gé­né­ra­li­sa­tion de dis­po­si­tifs de vi­déo­sur­veillance au sein des tran­sports en com­mun : trains, RER, bus. Si cette ins­tal­la­tion né­ces­site du temps et est donc tou­jours en cours, la pré­si­dente du conseil ré­gio­nal d'Île-de-France a sou­li­gné le rôle dis­sua­sif des ca­mé­ras. Après quelques mois d'ex­pé­ri­men­ta­tion, on a re­mar­qué une baisse consé­quente du nombre d'agres­sions dans les bus por­tant une éti­quette « sou­riez, vous êtes fil­més » à dé­faut d'être ef­fec­ti­ve­ment équi­pés de ca­mé­ras. Mais face à ceux qui craignent le désen­ga­ge­ment hu­main et le tout-ca­mé­ra, Va­lé­rie Pé­cresse a sa ri­poste toute prête : il faut faire les deux. Plus d'hu­mains et en même temps plus de ca­mé­ras, ce qu'elle met dé­jà en pra­tique, au ni­veau des bri­gades ca­nines.

L'an­cienne d'HEC n'a pas re­nié son an­cienne mai­son en se dé­cla­rant « pro-en­tre­pre­neu­riale » et « pro-bu­si­ness. » Sa prio­ri­té ? Le nu­mé­rique bien sûr, et le né­ces­saire ac­com­pa­gne­ment de la ré­gion dans cette tran­si­tion afin qu'elle bé­né­fi­cie le plus pos­sible aux Fran­ci­liens. L'an­cienne mi­nistre de l'Édu­ca­tion et de l'En­sei­gne­ment su­pé­rieur a té­moi­gné à ce titre son sou­tien à toutes les ini­tia­tives de for­ma­tion en ligne -avec au pre­mier plan d'entre elles les MOOC-. Va­lé­rie Pé­cresse a aus­si te­nu à sou­li­gner les ac­tions me­nées pour sou­te­nir les fi­lières pro­fes­sion­na­li­santes. Celles-ci ne doivent plus souf­frir de l'image ré­duc­trice et pé­jo­ra­tive de

« cur­sus ré­ser­vé aux élèves ayant échoué jus­qu'alors dans leur par­cours sco­laire » et il faut, ajou­tet-elle, prendre conscience que « l'ap­pren­tis­sage est une fi­lière d'ex­cel­lence ». Et Va­lé­rie Pé­cresse n'a pas at­ten­du pour pro­po­ser sa propre so­lu­tion, la pla­te­forme Oriane.in­fo, bien­tôt dis­po­nible, qui am­bi­tionne de cu­mu­ler ou­tils d'orien­ta­tion et re­cen­se­ment de toutes les offres de for­ma­tion.

On l'au­ra com­pris, Va­lé­rie Pé­cresse semble ac­cor­der un point d'hon­neur à s'adres­ser à la jeu­nesse -et pas ex­clu­si­ve­ment à celle de sa ré­gion. Pour elle, la droite n'est pas par­ve­nue ces der­nières an­nées à convaincre ce pu­blic et elle en paie au­jourd'hui les frais car « comment pour­rait-on es­pé­rer di­ri­ger ef­fi­ca­ce­ment un pays sans la confiance de ceux qui construi­ront la France de de­main ? ».

« COMMENT POUR­RAIT-ON DI­RI­GER EF­FI­CA­CE­MENT UN PAYS ... »

Faut-il se gar­der de voir dans ces mots de fin plus qu'une simple ques­tion rhé­to­rique ?

Lors­qu'on lui pose la ques­tion, Va­lé­rie Pé­cresse dé­clare que son rôle n'a d'autres buts que « d'of­frir des idées » et qu'elle ne fait « ja­mais deux chose à la fois ». Aus­si, nous l'au­rons com­pris, sa prio­ri­té est de pour­suivre son man­dat au mieux à la tête du conseil ré­gio­nal d'Île-de-France.

Mais qu'en est-il de la suite ?

Il sem­ble­rait que pour le mo­ment, l'an­cienne di­plô­mée d'HEC ne soit pas dis­po­sée à ac­cor­der sa confiance aux étu­diants de l'ES­SEC pour se li­vrer à de tels aveux. Nous ne nous en for­ma­li­se­rons pas, mais une chose reste sûre, Va­lé­rie Pé­cresse est une fi­gure de droite à suivre de près.

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