Gold­man Sachs ra­chète l'ap­pli de ges­tion de bud­get Cla­ri­ty Mo­ney

La Tribune Toulouse (Edition Quotidienne) - - SOMMAIRE - DEL­PHINE CUNY

La star­tup new-yor­kaise de la Fin­tech, fon­dée par le frère de Mi­chael Dell et fi­nan­cée par Ci­ti Ven­tures et George So­ros, est ra­che­tée par Mar­cus, la marque di­gi­tale grand pu­blic de la banque d'af­faires amé­ri­caine. Dé­cryp­tage.

L'opé­ra­tion se­ra re­gar­dée de près par les star­tups de la fi­nance eu­ro­péennes qui pro­posent des ser­vices de ges­tion des fi­nances per­son­nelles (PFM en an­glais) comme les fran­çaises Lin­xo et Ban­kin ou la sué­doise Tink. Gold­man Sachs Bank USA, la fi­liale de dé­tail de la cé­lèbre banque d'af­faires, a an­non­cé di­manche soir l'ac­qui­si­tion de la Fin­tech amé­ri­caine Cla­ri­ty Mo­ney, se di­sant « ra­vie d'ac­cueillir ses plus d'un mil­lion d'uti­li­sa­teurs chez Mar­cus », la marque de prêt per­son­nel grand pu­blic et en­tiè­re­ment di­gi­tale de Gold­man. Le prix n'est pas com­mu­ni­qué mais le Wall Street Jour­nal avait évo­qué il y a quelques se­maines une tran­sac­tion à huit chiffres, entre 50 et 100 mil­lions de dol­lars.

L'ap­pli­ca­tion, gra­tuite, qui « aide les consom­ma­teurs à mieux gé­rer leurs fi­nances », se­ra par la suite re­bap­ti­sée Mar­cus by Gold­man Sachs. Lan­cée en oc­tobre 2016, cette pla­te­forme en ligne, qui tient son nom du fon­da­teur de la banque d'af­faires en 1869, Mar­cus Gold­man, a ac­cor­dé pour plus de 2,5 mil­liards de dol­lars de prêts et comptent en­vi­ron 350.000 clients. Elle dé­tient plus de 17 mil­liards de dol­lars de dé­pôts, dont l'es­sen­tiel pro­vient de l'ac­qui­si­tion de l'ac­ti­vi­té de col­lecte de dé­pôts de dé­tail en ligne de GE Ca­pi­tal.

Le fon­da­teur de Cla­ri­ty Mo­ney, Adam Dell, l'un des frères de l'in­ven­teur du PC sur me­sure Mi­chael Dell, a as­su­ré dans une lettre ou­verte à ses uti­li­sa­teurs que l'ap­pli­ca­tion, qui tourne à l'in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et l'ap­pren­tis­sage au­to­ma­tique, res­te­rait « 100% gra­tuite. »

DIS­COURS DE STAR­TUP ET MO­DÈLE DI­GI­TAL

Fon­dée en avril 2016, la star­tup avait le­vé 14,5 mil­lions de dol­lars au­près de Ci­ti Ven­tures (le bras de ca­pi­tal-risque de Ci­ti­group) et de fonds VC comme Bes­se­mer Ven­ture, RRE Ven­tures (Ven­mo et Avant dans la Fin­tech) ou Sher­pa Ca­pi­tal, ain­si que du fi­nan­cier George So­ros. Adam Dell va re­joindre Gold­man Sachs en tant qu'as­so­cié et conti­nue­ra de di­ri­ger Mar­cus mais sous la res­pon­sa­bi­li­té des res­pon­sables de la fi­nance di­gi­tale

« Nous avons lan­cé Cla­ri­ty Mo­ney pour ai­der les gens à prendre de meilleures dé­ci­sions fi­nan­cières. Je suis ex­trê­me­ment im­pres­sion­né par l'équipe de Mar­cus et son en­ga­ge­ment à trans­for­mer les ser­vices fi­nan­ciers au pro­fit du consom­ma­teur » a dé­cla­ré Adam Dell dans le com­mu­ni­qué.

Mar­cus a adop­té le dis­cours des star­tups qui veulent bous­cu­ler la banque, pro­po­sant des prêts per­son­nels de 3.500 à 40.000 dol­lars à taux fixe « sans com­mis­sion. Ja­mais » et des comptes d'épargne ré­mu­né­rés « quatre fois plus la moyenne na­tio­nale. » Gold­man Sachs avait dé­bau­ché un di­ri­geant de Len­dingC­lub, la pla­te­forme de prêts par­ti­ci­pa­tifs, Da­rin Cline, pour di­ri­ger Mar­cus. La pla­te­forme, au mo­dèle 100% di­gi­tal, em­ploie 700 per­sonnes entre Salt Lake Ci­ty, New York et Dal­las.

« Les consom­ma­teurs veulent une meilleure fa­çon de gé­rer leurs fi­nances », fait va­loir Ste­phen Scherr, le di­rec­teur gé­né­ral de GS Bank et res­pon­sable des ser­vices ban­caires aux par­ti­cu­liers et de la banque com­mer­ciale. « Cla­ri­ty Mo­ney a mis au point une ap­proche cen­trée sur le consom­ma­teur en ma­tière de fi­nances per­son­nelles qui ai­de­ra Mar­cus à conti­nuer à mettre le pou­voir entre les mains des consom­ma­teurs. »

MONÉTISATION DES AGRÉGATEURS

L'in­cur­sion dans la banque de dé­tail en ligne de la banque star de Wall Street et des fu­sions et ac­qui­si­tions avait sur­pris le mar­ché. Les am­bi­tions de Gold­man Sachs dans le sec­teur semblent dé­ci­dé­ment sé­rieuses. Il fau­dra ce­pen­dant de trou­ver un équi­libre entre la neu­tra­li­té af­fi­chée par l'ap­pli de ges­tion de bud­get et les in­té­rêts bien com­pris de Mar­cus.

Cla­ri­ty Mo­ney agrège les dif­fé­rents comptes ban­caires de ses uti­li­sa­teurs pour les ai­der à trou­ver une meilleure carte de cré­dit ou fixer des ob­jec­tifs d'épargne, dans un pays où la vie à cré­dit est an­crée dans la cul­ture, et se ré­mu­nère sur les com­mis­sions d'ap­por­teur d'af­faires au­près des autres en­tre­prises fi­nan­cières ou émet­teurs de cartes de cré­dit. Un mo­dèle sem­blable à ce­lui des agrégateurs de comptes tels que Lin­xo, Ban­kin ou en­core Fi­du­ceo, qui avait été ra­che­té en 2015 par Bour­so­ra­ma (fi­liale de So­cié­té Gé­né­rale).

La monétisation d'un agré­ga­teur passe sou­vent par la four­ni­ture de ser­vices BtoB ou l'in­té­gra­tion chez un ac­teur à la base de clients dé­jà large, mais le suc­cès n'est pas tou­jours au ren­dez-vous : Ca­pi­tal One avait ac­quis en 2015 Le­vel Mo­ney avant de l'ar­rê­ter au bout de 18 mois. L'an der­nier, la pla­te­forme de prêts Pros­per a éga­le­ment ar­rê­té l'ap­pli Bill­guard deux ans après l'avoir ra­che­tée pour 30 mil­lions de dol­lars.

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