Ma­cron sur les frappes en Sy­rie : des mis­siles pour "ou­vrir le dia­logue"

La Tribune Toulouse (Edition Quotidienne) - - SOMMAIRE -

Em­ma­nuel Ma­cron s'est pré­sen­té, di­manche, comme étant au coeur du jeu di­plo­ma­tique mon­dial et a van­té le ca­rac­tère juste de sa po­li­tique face aux cri­tiques lors d'un en­tre­tien té­lé­vi­sé mus­clé, son deuxième en quatre jours.

(Ar­ticle pu­blié le 16 avril à 11h20, mis à jour à 13h20 avec l'in­fo­gra­phie de notre par­te­naire Sta­tis­ta)

C'est en tant que chef de guerre qu'Em­ma­nuel Ma­cron a d'abord du s'ex­pli­quer, hier soir, face aux jour­na­listes Jean-Jacques Bour­din et Edwy Ple­nel, dans le foyer du pa­lais de Chaillot. Un lieu sym­bo­lique, car c'est entre ces murs que s'est te­nue, à deux re­prises, l'As­sem­blée gé­né­rale de l'ONU, res­pec­ti­ve­ment en 1948 et 1852, et où a été adop­tée la Dé­cla­ra­tion uni­ver­selle des droits de l'Homme, le 10 dé­cembre 1948.

Sans hé­si­ta­tion, le pré­sident a ain­si dé­fen­du les frappes fran­çaises, amé­ri­caines et bri­tan­niques me­nées le 14 avril contre des sites du ré­gime sy­rien à Dou­ma, ex-en­clave re­belle de la Ghou­ta orien­tale, hors du cadre des Na­tions unies, et s'est pré­sen­té comme étant au coeur du jeu mon­dial.

"Nous avons la pleine lé­gi­ti­mi­té in­ter­na­tio­nale", a dit le chef de l'État, car le droit a été ba­foué par l'uti­li­sa­tion d'armes chi­miques.

Cette dé­ci­sion au­rait été prise dès le len­de­main de l'at­taque chi­mique sur la foi de preuves, se­lon lui, at­tes­tées, et "confor­mé­ment à (ses) en­ga­ge­ments". Il cite pour ce­la la ré­so­lu­tion non res­pec­tée de l'ONU da­tant de 2013 pour le dé­man­tè­le­ment de l'ar­se­nal chi­mique sy­rien.

(La ma­jo­ri­té des pays ont si­gné la Conven­tion contre les armes chi­miques dès 1993, mais trois pays n'y ont tou­jours pas adhé­ré : l'Egypte, le Sou­dan et la Co­rée du Nord. Un gra­phique de notre par­te­naire Sta­tis­ta)

PAS DE DÉ­CLA­RA­TION DE GUERRE À BA­CHAR AL-AS­SAD

Lors de l'in­ter­view té­lé­vi­sée d'hier soir, Jean-Jacques Bour­din s'in­ter­roge : "Peut-on ob­te­nir la paix par un acte de guerre ?" Em­ma­nuel Ma­cron ré­pond pas la né­ga­tive, en pré­ci­sant "qu'on ob­tient pas la paix en fai­sant des bom­bar­de­ments", tout en res­tant clair sur son ob­jec­tif : pré­pa­rer la tran­si­tion po­li­tique à Bar­chal al-As­sad.

"La France n'a pas dé­cla­ré la guerre au ré­gime de Ba­char al-As­sad. Nous avons oeu­vré pour que le droit in­ter­na­tio­nal ne soit plus vio­lé, ain­si que les ré­so­lu­tions de l'ONU", af­firme-til. "Nous pré­pa­rons une so­lu­tion po­li­tique" en Sy­rie afin de "per­mettre une tran­si­tion", pré­cise-til.

MA­CRON A "CONVAIN­CU" TRUMP DE RES­TER EN SY­RIE. VRAI­MENT ?

Em­ma­nuel Ma­cron n'a pas man­qué de van­ter son in­fluence en ex­pli­quant avoir convain­cu le pré­sident amé­ri­cain Do­nald Trump de main­te­nir ses troupes en Sy­rie, et de ne frap­per que des sites chi­miques. Mais quelques heures seule­ment après l'in­ter­view té­lé­vi­sée, la Mai­son Blanche s'est fen­due d'un com­mu­ni­qué qui dit l'in­verse.

La mis­sion amé­ri­caine n'a pas chan­gé : le pré­sident a été clair sur le fait qu'il veut que les forces amé­ri­caines rentrent à la mai­son le plus vite pos­sible", a dit sa porte-pa­role, Sa­rah San­ders.

Pour au­tant, les États-Unis ont aus­si fait sa­voir qu'ils ne re­ti­re­raient pas leurs troupes en Sy­rie tant que leurs ob­jec­tifs n'au­ront pas été at­teints, à sa­voir "écra­ser" le groupe État is­la­mique (ISIS), avoir la cer­ti­tude qu'au­cune arme chi­mique ne puisse être uti­li­sée de ma­nière consti­tuer une me­nace pour les in­té­rêts amé­ri­cains et être en me­sure de sur­veiller les ac­ti­vi­tés ira­niennes. Le jour­na­liste Edwy Ple­nel n'a d'ailleurs pas man­qué de sou­li­gner que l'en­ga­ge­ment des Amé­ri­cains en Sy­rie est sur­tout mo­ti­vé par leurs di­vi­sions pro­fondes avec l'Iran, no­tam­ment sur la ques­tion du nu­cléaire ira­nien.

POU­TINE PRÉ­DIT LE CHAOS EN CAS DE NOU­VELLES FRAPPES EN SY­RIE

Ce­la étant, Em­ma­nuel Ma­cron a ajou­té dia­lo­guer de fa­çon franche avec le pré­sident russe Vla­di­mir Pou­tine, ex­pli­quant qu'il lui avait dit qu'il était com­plice de l'uti­li­sa­tion de ces armes chi­miques par le ré­gime sy­rien qu'il pro­tège. Se­lon lui, les Russes « testent les lignes rouges », pa­riant sur la fai­blesse des dé­mo­cra­ties.

"Bien sûr qu'ils sont com­plices, ils n'ont pas eux uti­li­sé le chlore mais ils ont construit mé­tho­di­que­ment l'in­ca­pa­ci­té de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale par la voie di­plo­ma­tique à em­pê­cher l'uti­li­sa­tion d'arme chi­mique (...)"

Se­lon lui, ces frappes au­raient per­mis à l'Oc­ci­dent de mar­quer des points face à la Rus­sie et à ga­gner de la cré­di­bi­li­té en fai­sant res­pec­ter la ligne rouge qui avait été édic­tée no­tam­ment par Pa­ris. Pour au­tant, di­manche, le pré­sident russe avait fer­me­ment condam­né cette in­ter­ven­tion en Sy­rie, es­ti­mant que de nou­velles frappes oc­ci­den­tales contre la Sy­rie en­traî­ne­raient un "chaos mon­dial". Mal­gré ce contexte ten­du, Em­ma­nuel Ma­cron se ren­dra bien à Saint-Pe­ters­bourg fin mai à l'oc­ca­sion d'un fo­rum éco­no­mique, dans le cadre de la ligne di­plo­ma­tique qu'il prône de­puis le dé­but de son quin­quen­nat et qui consiste à "par­ler à tout le monde".

SÉ­PA­RER AN­KA­RA ET MOS­COU

Les pre­miers ef­fets di­plo­ma­tiques des frappes mi­li­taires co­or­don­nées com­mencent donc à se faire sen­tir, veut-on croire à Pa­ris. Le pré­sident a aus­si es­ti­mé qu'elles avaient per­mis, en di­vi­sant An­ka­ra et Mos­cou, de fis­su­rer le trio du pro­ces­sus d'As­ta­na (Rus­sie, Tur­quie et Iran), un pro­ces­sus lan­cé en 2017 en pa­ral­lèle aux ten­ta­tives de né­go­cia­tions de Ge­nève conduites par l'ONU.

Les Turcs ont "condam­né les frappes chi­miques" sur Dou­ma et ont "sou­te­nu l'opé­ra­tion que nous avons me­née", a-t-il sou­li­gné, au len­de­main d'un en­tre­tien té­lé­pho­nique avec le pré­sident turc Re­cep Tayyip Er­do­gan.

Tout l'en­jeu au­jourd'hui est de pou­voir convaincre les Russes et les Turcs de ve­nir au­tour de la table des né­go­cia­tions.

En tout cas au ni­veau eu­ro­péen, la si­tua­tion en Sy­rie se­ra l'un des points abor­dés par les mi­nistres eu­ro­péens des Af­faires étran­gères lors d'un conseil qui se tient ce lun­di au Luxem­bourg.

+ Et lire aus­si Ce qu'il faut re­te­nir de l'in­ter­view "élec­trique" d'Em­ma­nuel Ma­cron, notre ré­cap de l'in­ter­view té­lé­vi­sée du chef de l'Etat en di­rect sur BFMTV, le site Mé­dia­part et, à la ra­dio, sur RMC, face aux jour­na­listes Jean-Jacques Bour­din et Edwy Ple­nel.

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