Li­brai­rie Sau­ramps : sau­ve­tage en cours

La Tribune Toulouse (Edition Quotidienne) - - SOMMAIRE - CE­CILE CHAI­GNEAU

Neuf mois que la li­brai­rie Sau­ramps a été ra­che­tée par Amé­tis et son di­ri­geant Fran­çois Fon­tès. Un temps de ges­ta­tion qui a don­né ses pre­miers fruits : les ren­trée sco­laire et lit­té­raire ain­si que les fêtes de Noël ont re­mis l’en­tre­prise sur de bons rails. Une nou­velle étape, celle de la ré­no­va­tion et de l’in­no­va­tion, s’ouvre…

Le 19 juillet 2017, la li­brai­rie Sau­ramps à Mont­pel­lier tour­nait une page en étant ra­che­tée par la so­cié­té mont­pel­lié­raine Amé­tis, spé­cia­li­sée dans le dé­ve­lop­pe­ment de lo­ge­ments lo­ca­tifs so­ciaux et di­ri­gée par l'ar­chi­tecte Fran­çois Fon­tès et son as­so­cié, Ber­trand Ba­ras­cud.

De­puis, la fré­né­sie mé­dia­tique qui avait ac­com­pa­gné les mul­tiples re­bon­dis­se­ments de cette re­prise s'est apai­sée. Fin août, les re­pre­neurs avaient nom­mé Flo­rence Dou­menc, l'ex-DRH de Sau­ramps, di­rec­trice gé­né­rale, et les 101 sa­la­riés re­pris (sur les 120) s'at­te­laient à pré­pa­rer les ren­trées sco­laire et lit­té­raire et les fêtes de fin d'an­nées, temps forts ma­jeurs pour une li­brai­rie.

LA CONFIANCE EST RE­VE­NUE

« Concer­nant la ren­trée sco­laire, les mar­chés ont été four­nis dans les dé­lais, dé­taille Flo­rence Dou­menc. Cô­té li­brai­rie, nous avons dû rou­vrir les comptes four­nis­seurs, re­ga­gner leur confiance et pas­ser les com­mandes après tout le monde. Ber­trand Ba­ras­cud m'a ac­com­pa­gnée chez les édi­teurs et nous avons aus­si été bien conseillés par le ser­vice ju­ri­dique d'Ame­tis. Fi­na­le­ment, tout s'est bien pas­sé... Pour ce qui est de la ren­trée lit­té­raire, c'était comme si on ou­vrait une nou­velle li­brai­rie ! Il a fal­lu re­cons­ti­tuer le fonds en en­tier, ce qu'on a réus­si à faire pour la fin sep­tembre. Et les clients étaient là. Les fêtes de Noël ont été très bonnes. En termes de chiffre d'af­faires, nous avons at­teint le pré­vi­sion­nel fixé. »

Si Ju­lien Do­mergue, dé­lé­gué syn­di­cal Sud, confirme que les re­pre­neurs ont fi­nan­ciè­re­ment per­mis un re­dé­mar­rage dans les meilleures condi­tions pos­sibles, no­tam­ment par des ap­ports fi­nan­ciers, il pointe pour­tant des ré­sul­tats 10 % en des­sous des at­ten­dus.

« Nous sommes peut-être lé­gè­re­ment en de­çà des ré­sul­tats es­comp­tés, mais beau­coup de choses sont à re­mettre en dy­na­mique pour as­su­rer l'équi­libre et le dé­ve­lop­pe­ment, ré­pond Fran­çois Fon­tès. Tou­te­fois, nous sommes sa­tis­faits de voir que le sau­ve­tage tel qu'on l'avait ima­gi­né peut fonc­tion­ner. »

LA FORCE DES ÉQUIPES

La confiance re­ga­gnée chez les four­nis­seurs et édi­teurs a-t-elle opé­ré en mi­roir chez les sa­la­riés, dé­sta­bi­li­sés par la longue crise éco­no­mique qu'a tra­ver­sée leur li­brai­rie ?

« Elle était re­ve­nue alors que beau­coup de gens étaient scep­tiques au dé­part, sou­ligne le syn­di­ca­liste. Mais elle s'est étio­lée, et des ten­sions ont sub­sis­té du fait de la pré­sence main­te­nue de cer­tains cadres te­nus en par­tie res­pon­sables de l'échec de Sau­ramps... »

In­ter­ro­gé sur ce point, Fran­çois Fon­tès ré­pond : « Nous avons ex­pli­qué aux sa­la­riés que nous n'avions pas une stra­té­gie de ges­tion dure, avec une pers­pec­tive de sup­pres­sion de sa­la­riés, que nous avions vrai­ment des pro­jets. Quant aux ten­sions qui sub­sistent, ce sont des choses que nous al­lons ré­gler ra­pi­de­ment. Nous sou­hai­tons que les gens qui sont mo­ti­vés trouvent la me­sure de leur qua­li­té. C'est la force des équipes qui nous a sé­duits ».

Le re­cru­te­ment d'un DRH est en cours, et une di­rec­trice ad­mi­nis­tra­tive et fi­nan­cière a pris ses fonc­tions la pre­mière se­maine d'avril.

« Chez les sa­la­riés, j'ai ob­ser­vé une cer­taine im­pa­tience à voir les ré­no­va­tions se faire, constate Flo­rence Dou­menc. Sym­bo­li­que­ment, on au­ra alors tour­né la page. »

600 M2 NOU­VEAUX POUR POLYMÔMES

Mais les tra­vaux de ré­no­va­tion at­ten­dus, tant dans la bou­tique du centre ville que dans celle d'Odys­seum, ne sont pas près de dé­mar­rer...

« On ne peut pas mettre la char­rue avant les boeufs, s'ex­clame Fran­çois Fon­tès. Il faut que nous trou­vions un che­min éco­no­mique pour ce pro­jet cultu­rel. Quand vous avez un na­vire dont la coque est per­cée, vous n'es­sayez pas de ga­gner la ré­gate, vous ré­pa­rez et vous sau­vez l'équi­page ! L'es­sen­tiel était de confor­ter le per­son­nel dans la sé­cu­ri­té de leur em­ploi, de re­cons­ti­tuer les stocks, de lan­cer une cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion pour mar­quer le re­nou­veau. Les pro­jets sont des­si­nés mais il faut main­te­nant les faire va­li­der. »

Flo­rence Dou­menc confirme : « Chaque ma­ga­sin fait l'ob­jet d'un pro­jet, qui a été tra­vaillé avec les li­braires au tra­vers d'ate­liers une fois par se­maine de­puis jan­vier ».

Au Tri­angle, 600 m2 sup­plé­men­taires viennent d'être loués par la li­brai­rie pour y dé­pla­cer l'es­pace jeu­nesse Polymômes à comp­ter du 1er sep­tembre pro­chain. L'es­pace ac­tuel de Polymômes de­vien­dra une pa­pe­te­rie, vente de ma­té­riel de beaux-arts et re­pro­gra­phie, « qui était le 1e mé­tier de Sau­ramps », rap­pelle la di­rec­trice gé­né­rale.

Les tra­vaux de ré­no­va­tion du ma­ga­sin du centre-ville in­ter­vien­dront en coor­di­na­tion avec les pro­prié­taires des murs.

BIEN­TÔT DES CA­FÉS LIT­TÉ­RAIRES

Quant à la li­brai­rie d'Odys­seum, les ré­amé­na­ge­ments sont tou­jours à l'étude pour « rendre le lieu plus at­trac­tif, faire re­ve­nir les jeunes », pré­co­nise Fran­çois Fon­tès.

« Seuls 2000 m2 sur les 3000 sont com­mer­cia­le­ment ex­ploi­tés, ajoute Flo­rence Dou­menc. L'ob­jec­tif se­rait de ré­cu­pé­rer de la sur­face de vente sur les fonc­tions sup­ports et la lo­gis­tique, qui elle, se­rait dé­lo­ca­li­sée sur notre site de Mau­guio. »

Quant à l'idée d'ou­vrir un ca­fé lit­té­raire dans cha­cun des deux ma­ga­sins, elle est tou­jours d'ac­tua­li­té, « pour que les gens ré­in­ves­tissent la li­brai­rie comme un lieu com­mer­cial mais aus­si comme un lieu où on prend du plai­sir », sou­haite Fran­çois Fon­tès.

Com­mer­cia­le­ment, les re­pre­neurs ont no­tam­ment exi­gé un axe de dé­ve­lop­pe­ment : les col­lec­ti­vi­tés (lycées, col­lèges, écoles, bi­blio­thèques, etc.).

« Sau­ramps n'al­lait plus sur ce sec­teur alors qu'il y a du po­ten­tiel, c'était une er­reur, com­mente la di­rec­trice gé­né­rale. Nous avons aus­si une mis­sion au plan de l'édu­ca­tion et j'y tiens beau­coup. Nous nous at­te­lons à re­con­qué­rir ce seg­ment de­puis dé­but de l'an­née en ré­pon­dant à deux ou trois ap­pels d'offres par se­maine, comme par exemple ce­lui por­tant sur 15 lots du nou­veau mar­ché à l'échelle de la ré­gion Oc­ci­ta­nie. Et nous avons élar­gi notre pé­ri­mètre d'in­ter­ven­tion sur tout le grand sud, de Bor­deaux jus­qu'à Lyon. »

LE DÉ­FI DU DI­GI­TAL

Mais le « Sau­ramps nou­veau » pas­se­ra par l'éla­bo­ra­tion d'un pro­jet re­nou­ve­lé pour la li­brai­rie, te­nant compte des exi­gences di­gi­tales qui s'im­posent à tous les sec­teurs d'ac­ti­vi­té, y com­pris ce­lui de la li­brai­rie.

« Le pro­blème ma­jeur pour la li­brai­rie in­dé­pen­dante, c'est la concur­rence presque dé­loyale d'Ama­zon, énonce Fran­çois Fon­tès. Je pense que l'ave­nir n'est pas à ce mo­dèle-là, tout di­gi­tal, mais à un an­cien mo­dèle re­vi­vi­fié, car le contact hu­main est es­sen­tiel. Cer­taines li­brai­ries in­dé­pen­dantes s'en sortent bien, comme la li­brai­rie Mol­lat à Bor­deaux. »

Le cur­seur est po­sé, l'exemple à suivre don­né. Les re­pre­neurs at­tendent des pro­po­si­tions de la part des sa­la­riés de la li­brai­rie.

« Au­jourd'hui, on peut com­man­der sur in­ter­net, et à la fin du mois d'avril, on pour­ra ré­cu­pé­rer en ma­ga­sin, in­dique Flo­rence Dou­menc. Dès ce mois d'avril éga­le­ment, nous avons confié à une en­tre­prise pres­ta­taire le dé­ve­lop­pe­ment de la com­mu­ni­ca­tion sur les ré­seaux so­ciaux. Sau­ramps est un ac­teur cultu­rel im­por­tant et il faut le faire sa­voir. Il faut ré­veiller la belle en­dor­mie ! »

EN AT­TENTE D'IN­NO­VA­TION

Mais Ju­lien Dou­mergue s'in­quiète et rap­porte un point d'achop­pe­ment dans le pro­ces­sus de ré­no­va­tion du mo­dèle : « Les re­pre­neurs ont rem­pli leur part de mar­ché et en re­tour, ils at­tendent des idées, une ré­vo­lu­tion des mé­thodes de vente. Or dans la li­brai­rie, on n'est pas dans la cul­ture de pro­jet... ».

La di­rec­trice gé­né­rale est plus op­ti­miste : « Fran­çois Fon­tès et Ber­trand Ba­ras­cud sont des dé­ve­lop­peurs et ils at­tendent en ef­fet des sa­la­riés de Sau­ramps qu'ils soient in­no­vants. Il faut que les col­la­bo­ra­teurs sortent du cadre, alors qu'ils sont ha­bi­tués de­puis un long mo­ment main­te­nant à gé­rer des dif­fi­cul­tés. Mais je suis confiante, ce sont des gens pas­sion­nés et en­ga­gés ».

Elle évoque dans le même temps le tra­vail sur la ges­tion qui est me­né pour amé­lio­rer l'ou­til et se mo­der­ni­ser.

« Nous avons ré-in­for­ma­ti­sé tout le parc de tous les ma­ga­sins et sites ad­mi­nis­tra­tif et lo­gis­tique. En cinq se­maines, tout le monde au­ra été for­mé. Et nous tra­vaillons sur le sys­tème de fac­tu­ra­tion avec un nou­veau lo­gi­ciel de dé­ma­té­ria­li­sa­tion qui nous fe­ra ga­gner en temps et en fia­bi­li­té. Les li­brai­ries éditent quand même près de 3 000 fac­tures d'achat par mois ! »

« UNE AM­BI­TION PEUT-ÊTRE FOLLE »

Les pro­jets de dé­ve­lop­pe­ment éla­bo­rés par les sa­la­riés pas­se­ront entre les mains de con­sul­tants spé­cia­li­sés dans le sec­teur de la li­brai­rie

« Les équipes, qui sont for­mi­dables, font des pro­po­si­tions per­ti­nentes mais dif­fé­ren­ciées, et nous avons la pru­dence de dire qu'il faut les faire va­li­der par des gens ex­perts, af­firme Fran­çois Fon­tès. Sau­ramps, c'est une am­bi­tion peut-être folle mais que Ber­trand et moi ne soyons pas des spé­cia­listes est une bonne chose. Nous fai­sons des pa­ris, nous re­le­vons des en­jeux so­cié­taux, c'est notre ADN. Nous avons réus­si sur le lo­ge­ment so­cial en mon­trant qu'il était pos­sible de faire de la qua­li­té. Si nous réus­sis­sons avec Sau­ramps à Mont­pel­lier, il n'est pas ex­clu que nous en ou­vrions d'autres ailleurs en France ! »

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