Deux « ver­rues » à dé­mo­lir

Le maire de Brionne at­tend im­pa­tiem­ment que deux im­meubles in­ha­bi­tés de la Val­lée aux Boeufs soient dé­mo­lis. Mais Eure Ha­bi­tat n’est pas en me­sure de me­ner cette opé­ra­tion fi­nan­ciè­re­ment coû­teuse.

Le Courrier de l'Eure - - La Une - An­tho­ny Bon­net

Par­te­na­riat avec Eure Ha­bi­tat « Dé­mo­li­tion dans un ave­nir proche »

« Dra­ma­tique in­cen­die. 1 mort, 12 bles­sés. » Le titre bar­rait la une du Cour­rier de l’Eure le 27 no­vembre 2013. Per­sonne à Brionne n’a ou­blié le dra­ma­tique in­cen­die qui s’était dé­rou­lé quatre jours au­pa­ra­vant vers 4 h 30 du ma­tin au deuxième étage de l’im­meuble Les Vio­lettes. Il avait coû­té la vie à un père de fa­mille de 29 ans. Douze oc­cu­pants, in­com­mo­dés par les fu­mées, avaient été hos­pi­ta­li­sés. « Le bé­ton s’est fis­su­ré, sous l’ef­fet de la cha­leur in­tense. Les lo­ca­taires n’ont pas été au­to­ri­sés à re­tour­ner dans leur ap­par­te­ment. L’im­meuble se­ra pro­ba­ble­ment dé­truit » , écri­vait- on dans l’ar­ticle.

Mais près de quatre ans plus tard, ce bâ­ti­ment de quatre étages est tou­jours là dans le quar­tier de la Val­lée aux Boeufs. Les traces de l’in­cen­die sont en­core vi­sibles sur les murs noir­cis. Va­lé­ry Beu­riot qua­li­fie l’im­meuble vide de « ver­rue » . Il y en a même une deuxième quelques mètres plus loin avec les Roses, un an­cien foyer désaf­fec­té, in­oc­cu­pé lui aus­si. C’est peu dire que le maire at­tend im­pa­tiem­ment de les voir dis­pa­raître. Mais il n’est pas le seul dé­ci­deur et doit te­nir compte du pro­prié­taire, Eure Ha­bi­tat, dont les fi­nances sont très dé­gra­dées. D’ailleurs, le maire a eu l’oc­ca­sion de dire plu­sieurs fois pu­bli­que­ment, l’an­née der­nière, tout

le mal qu’il pen­sait de la ges­tion pas­sée du bailleur so­cial « en pleine déshé­rence » . Et de cri­ti­quer « des mau­vais choix » et des pro­grammes im­mo­bi­liers qui ont sur­tout « pro­fi­té à Evreux, à Lou­viers, à Ver­non, mais pas à l’ouest de l’Eure, pas aux ru­raux » .

Au mois d’avril, le ton était plus mo­dé­ré et le conseil mu­ni­ci­pal l’a au­to­ri­sé à si­gner une con­ven­tion de par­te­na­riat pour la dé­cons­truc­tion des Roses et des Vio­lettes. Car Eure Ha­bi­tat n’est pas en ca­pa­ci­té fi­nan­cière de por­ter seul l’in­té­gra­li­té des dé­mo­li­tions de cer­tains im­meubles de son parc.

L’Éta­blis­se­ment pu­blic fon­cier de Nor­man­die (l’EPFN aide les communes dans leurs af­faires im­mo­bi­lières) et la ré­gion Nor­man­die ont donc l’in­ten­tion d’in­ter­ve­nir fi­nan­ciè­re­ment sur les opé­ra­tions de bâ­ti­ments amian­tés. L’EPFN au­rait même dé­jà don­né son ac­cord pour ins- crire dans sa phase de test les deux dé­mo­li­tions de Brionne dont le coût est es­ti­mé à 1 mil­lion d’eu­ros par la mu­ni­ci­pa­li­té (de son cô­té, Eure Ha­bi­tat ne sou­haite pas com­mu­ni­quer de chiffre car « des études sont en cours pour pré­ci­ser les coûts » ). Il s’agi­rait d’une ini­tia­tive pi­lote.

La ville s’en­ga­ge­rait en­suite à re­prendre les ter­rains nus, au prix fixé par le ser­vice des Do­maines, pour les re­con­ver­tir en es­paces de jeux. « Tout mon tra­vail est de m’as­su­rer que les en­ga­ge­ments soient te­nus dans des dé­lais rai­son­nables, in­dique Va­lé­ry Beu­riot, qui a re­çu deux fois la pré­si­dente d’Eure Ha­bi­tat en l’es­pace d’un an. Il faut que ce­la soit dé­mo­li le plus ra­pi­de­ment pos­sible. Les Vio­lettes, ce­la reste un trau­ma­tisme pour les gens. »

Le maire es­père que Brionne se­ra une prio­ri­té d’Eure Ha­bi­tat et en­vi­sage une dé­mo­li­tion en 2018. Mais le bailleur so­cial reste très pru­dent sur les échéances. « On cherche des so­lu­tions fi­nan­cières pour une dé­mo­li­tion dans un ave­nir proche, si­gnale Ri­chard Pic­car­di, di­rec­teur de la maî­trise d’ou­vrage à Eure Ha­bi­tat. Les par­te­na­riats ne sont pas bou­clés. C’est un pro­jet com­plexe à mon­ter et la dé­mo­li­tion est une opé­ra­tion lourde à por­ter pour un bailleur so­cial. Eure Ha­bi­tat a plus de 16 000 lo­ge­ments, on éla­bore un plan de stra­té­gie pa­tri­mo­niale pour éche­lon­ner les dé­penses. »

Les « ver­rues » risquent de res­ter in­crus­ter en­core un mo­ment dans la Val­lée aux Boeufs.

L’im­meubles les Vio­lettes n’est plus oc­cu­pé de­puis le dra­ma­tique in­cen­die qui a coû­té la vie à un homme en 2013.

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