Deux jour­na­listes passent la jeu­nesse des Mu­si­ciens à la loupe

Dans Une jeu­nesse fran­çaise pa­ru en mars der­nier (édi­tions An­dré Frère), les jour­na­listes Her­vé Le­queux et Sé­bas­tien Deslandes s’in­té­ressent au quo­ti­dien et à la vie des jeunes dans dif­fé­rents quar­tiers po­pu­laires dont ce­lui des Mu­si­ciens.

Le Courrier de Mantes - - Les Mureaux - Pro­pos re­cueillis par Ke­vin Bur­lot

Le Cour­rier : Vous avez voya­gé du nord au sud de la France, pour­quoi être pas­sé par Les Mu­reaux ?

Sé­bas­tien Deslandes : On avait dé­jà des contacts aux Mu­reaux de­puis la pé­riode des émeutes de 2005, no­tam­ment grâce à un tra­vail d’Her­vé qui avait fait un pro­jet pho­to avec un groupe de rap de la ville, la Ouf Ma­fia. On a re­trou­vé quelques an­ciens membres du groupe qui avaient de­puis ar­rê­té le rap mais qui te­naient un bar, aux Bou­gi­monts. On leur a ex­pli­qué qu’on tra­vaillait à Ville­ta­neuse et Epi­nay mais qu’on vou­lait aus­si pas­ser du temps aux Mu­reaux. Le but était de dé­cou­vrir la jeu­nesse, son quo­ti­dien, des iti­né­raires per­son­nels. Il y avait aus­si la ques­tion plus large de la jeu­nesse au ni­veau so­cial et éco­no­mique. On a pas­sé des heures et des heures au pied des ci­tés à dis­cu­ter du pro­jet mais sur­tout d’eux, de ce qui les ani­mait.

Qui avez-vous ren­con­tré ?

On a sui­vi Sa­ber, sur la ter­rasse du bar, un jeune des Mu­si­ciens qui avait 24 ans à l’époque. On a com­men­cé par une pe­tite in­ter­view qui en réa­li­té était plus une dis­cus­sion avec lui et puis le contact est pas­sé. Il y avait des choses qui nous in­té­res­saient dans ce dis­cours et il avait sur­tout de la dis­po­ni­bi­li­té et l’en­vie de nous par­ler. Ce ca­fé était un lieu in­té­res­sant car il y avait des pu­blics dif­fé­rents se­lon les heures. Grâce à Sa­ber, on s’est in­té­res­sé à son en­vi­ron­ne­ment, ses amis d’en­fance aux Mu­si­ciens, à Cho­pin, dont un édu­ca­teur so­cial. C’est d’ailleurs grâce à Sa­ber qu’on a pu suivre une fa­mille des Mu­reaux lors d’un re­tour au bled pour un ma­riage par exemple.

Qu’est ce qui se­lon vous fait la sin­gu­la­ri­té de cette ville ?

La dif­fé­rence se passe dans la géo­gra­phie des lieux. Si on com­pare à Cli­chy-sous-Bois par exemple, les quar­tiers sont plus es­pa­cés et la concen­tra­tion de po­pu­la­tion est moins dense. Au-de­là de ça, ce qui nous a in­té­res­sés, c’est le lien avec les usines PSA et Re­nault. Ces jeunes qui veulent faire mieux que leurs pères mais qui se voient pro­po­ser des contrats en in­té­rim dans les usines. La pro­blé­ma­tique ou­vrière nous in­té­res­sait. On a aus­si re­mar­qué que mal­gré la proxi­mi­té de Pa­ris, on se sent vrai­ment dans une deuxième cou­ronne. Il y a presque un cô­té cam­pagne avec de grands es­paces et des parcs à proxi­mi­té. Ça se voit aus­si par­mi les op­por­tu­ni­tés qui s’offrent à cette jeu­nesse qui n’hé­site pas à se tour­ner vers Evreux et la Nor­man­die. Ce sont les dif­fi­cul­tés lo­gis­tiques pour al­ler à Pa­ris qui les poussent à re­gar­der ailleurs et du coup, leur vi­sion est dif­fé­rente des jeunes de ban­lieue proche.

Com­bien de temps avez­vous pas­sé aux Mu­reaux ?

En­vi­ron six mois es­pa­cés entre 2011 et 2012. On y est re­tour­né en­suite de fa­çon plus ami­cale en 2015 pour ren­con­trer Sa­ber qui de­ve­nait édu­ca­teur spor­tif.

Qu’avez-vous pen­sé du rap­port aux jour­na­listes dans les quar­tiers ? Avez-vous per­çu de la mé­fiance ?

Oui, bien sûr, mais avoir des contacts fait ga­gner pas mal de temps. On a « do­mes­ti­qué » des zones, mais ça passe par des liens de confiance. On avait im­pri­mé chez un pe­tit édi­teur du coin des textes et des pho­tos qu’on avait fait au­pa­ra­vant et qu’on ame­nait avec nous, c’était un peu notre pas­se­port. Quand les gens voyaient sur les pho­tos qu’on nous avait ac­cep­tés dans d’autres quar­tiers, il y avait un ef­fet un peu com­pé­ti­tion qui s’est ins­tal­lé. Aux Mu­reaux, il y avait no­tam­ment cette mé­fiance par rap­port à une émis­sion de té­lé­vi­sion sur M6 qui a été mal per­çue dans le quar­tier, les té­moins avaient eu le sen­ti­ment d’être trom­pés.

Les jour­na­listes Sé­bas­tien Deslandes et Her­vé Le­queux sont res­tés six mois aux Mu­reaux es­pa­cés entre 2011 et 2012.

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