DE L’IN­FLUENCE DES FEMMES

Le Figaro Magazine - - Quartiers Libres - LA BONNE ME­SURE DU TAILLEUR SCAVINI

Je me sou­viens, en An­gle­terre, de la bou­tique d’un tailleur où, sur la fa­çade, un écri­teau en tôle émaillée af­fi­chait « Les femmes ne sont pas ad­mises ». L’hu­mour Bri­tish ? Pas sûr. Le fait est que du strict point de vue du com­mer­çant, la ques­tion peut ef­fec­ti­ve­ment se po­ser. On ou­blie sou­vent à quel point l’avis fé­mi­nin s’im­pose très tôt dans le par­cours d’un élé­gant. Sou­vent, ce­la com­mence par l’ha­bit du ma­riage. Lors du pre­mier ren­dez-vous, mo­ment im­por­tant pour tran­quilli­ser le jeune homme, je conseille tou­jours, s’il sou­haite ve­nir ac­com­pa­gné d’une dame, que ce soit sa fian­cée ou sa mère, de le pré­voir dès la com­mande, et pas seule­ment à l’es­sayage. Si­non, c’est à coup sûr une pa­lan­quée de cri­tiques : « Quoi ? Tu as choi­si ça ? » ou « Ah non ! Mais ça ne va pas du tout ! », etc. Si l’on tra­vaille bien le su­jet en amont, le trio for­mé avec le tailleur fonc­tionne mieux, et la réa­li­sa­tion se fait dans de bonnes condi­tions.

Les hommes tou­te­fois ne sont pas égaux face à leur femme. Ils peuvent être clas­sés en plu­sieurs ca­té­go­ries. Cer­tains consi­dèrent qu’ils doivent choi­sir seuls, et qu’al­ler chez le tailleur est un ins­tant pri­vi­lé­gié au même titre qu’un bon ci­gare ou un verre de whis­ky. D’autres aiment faire par­ti­ci­per leur épouse ou leur mère. Ils passent un mo­ment de par­tage agréable, avant de dé­ci­der seul. Par­fois, ma­dame dit d’un ton cha­touilleux : « Oh moi je n’aime pas, mais c’est toi qui choi­sis. » La ré­ac­tion des mes­sieurs face à ce type de re­marque en dit long. Il y a ceux qui res­tent sur leur po­si­tion (une telle poigne est par­fois ap­pré­ciée en re­tour) et ceux, as­sez nom­breux, qui se montrent do­ciles… C’est tout le plai­sir du mé­tier de tailleur, sa dif­fi­cul­té aus­si, d’être confron­té à la psy­cho­lo­gie hu­maine et au fonc­tion­ne­ment des couples, pour le meilleur et pour le pire. Les femmes en ont conscience. Et je ne m’en lasse pas. Je me re­mé­more d’ailleurs avec dé­lec­ta­tion cette ti­rade d’une épouse à son dis­cret mais at­ten­tif ma­ri : « Ne vous te­nez pas comme ça avec les mains croi­sées de­vant, on di­rait le ma­rié du vil­lage ! »

Confron­té à la psy­cho­lo­gie hu­maine

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.